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Le Séducteur de Jan Kjærstad,
une merveille romanesque venue de Norvège.

Fanny Ardant invite Monsieur Toussaint Louverture
à La Grande Librairie, irréel !

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H O N O R A B L E S   P R O G R A M M E S
T . V .   R E C O N S I D É R É S

PAR SYLVAIN ZORZIN

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La roue de la fortune.
Regret, regrets des jeux d’antan. La Roue de la fortune. Les claquements de dents de la roue et les plaques colorées comme autant d’arcs-en-ciel en aluminium. Les lettres éclairées qu’Annie Pujol retournait sans perdre son sourire ni sa concentration. La Roue de la fortune n’existerait pas de nos jours. La plaque de cinq cents francs, d’un bleu banal qui ne soulevait qu’une légère déception, devrait aujourd’hui multiplier les milliers d’euros pour surmonter une profonde indifférence. Les titres de films et les chansons de Joe Dassin deviendraient des émissions de télé réalité et des partenaires de Julie Lescaut. Et qui écrirait correctement le Jonatan de la Nouvelle Star, le Patxi de la Star Academy, l’Eva Kowalewska de La ferme célébrités ? Et pourquoi faudrait-il savoir écrire ?

Dallas.
Regret des feuilletons passés, qui ne se laissaient pas affadir par le politiquement correct. Regrets des passages diffusés, au cours desquels les acteurs buvaient verre de whisky sur verre de whisky, drames on the rocks, alors qu’aujourd’hui acteurs et animateurs se nourrissent de drogues lorsqu’ils ne sont plus à l’antenne. Dallas n’existerait pas de nos jours. Il serait, pourtant, tellement bon que le monde entier croie encore à la toute-puissance de l’Amérique triomphante. Que Bobby foule encore de ses bottes les champs de pétrole, que désormais l’Amérique effrayante doit conquérir au Moyen-Orient. Que George Bush se satisfasse de cette mission civilisatrice, millions de spectateurs colonisés qui n’avaient pas à aller plus loin que le bout de leur nez pour faire monter leur moutarde.

Olive et Tom.
Dessins animés anciens. Non, celui-ci passerait encore. Moche, pas cher, parfait. Pardon.

Don Camillo.
Regrets des films d’une autre époque. D’un noir et blanc vaporeux que l’on colorise aujourd’hui pour flouer les spectateurs. Les intrigues manichéennes que l’on n’aurait pas contestées pour un oui ou pour un non. Devant Don Camillo et les Tontons flingueurs, on regardait la télévision pour suivre une histoire, échanger des dialogues comme des cartes Panini ; pas pour être le reflet de la suffisance des réalisateurs, avec leurs effets spéciaux qui se suffisent à eux-mêmes. De nos jours, de telles soirées n’existent plus vraiment. Parfois un après-midi férié ou un dimanche pluvieux nous offrent ces souvenirs. Mais les jours fériés disparaissent, et la Terre se réchauffe.

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En aparté.
Le problème de cette émission vient de ce que ne sont invités que des humains, ainsi que quelques chanteurs. La gamme des émotions étant ce qu’elle est, c’est-à-dire étroitement limitée, les interviews invisibles de Pascale Clark gagneraient à inviter des objets, et ce pour au moins deux raisons :
1- Plus encore que les artistes, les objets sont très souvent en promotion. J’en veux pour preuve les incroyables rabais du télé-achat de M6, même si j’ai cru pendant dix minutes qu’il s’agissait d’une rediffusion de Fréquenstar.
2- Les claquements des dents d’un couteau électrique ou les aspirations d’un aspirateur sont fréquemment plus émouvants que les réflexions d’un artiste moderne, perdues dans le creux d’une lame jusqu’à son dernier souffle.
Sans compter qu’avec un objet, il est inutile de faire une photo à la fin, puisqu’il figure déjà dans le catalogue de La Redoute.

La minute boursière de la 1.
Un vrai paradoxe : seules les classes moyennes supérieures et celles disposant de moyens supérieurs parviennent à passer outre l’austérité de ce programme. De fait, les catégories pauvres passent à côté de ce jeu passionnant en attendant la diffusion plus colorée des Feux de l’Amour.
Il serait donc bon qu’à l’image de la météo sur M6, la minute boursière soit présentée, en alternance, par des jeunes filles sous-habillées et sous-alimentées (volontairement : il s’agit d’un effet de mode), issues d’un quelconque programme de télé-réalité. La faiblesse des taux de couverture et les dégraissements possèderaient, en plus de leur flamboyance télévisuelle, un indéniable atout pédagogique.

La Chance aux chansons.
S’il fallait supprimer une chose à cette émission musicale, ce serait sa réputation de n’attirer que des spectateurs nés dans l’entre-deux-guerres (1870 et 1714, la succession d’Espagne). De cette aura de naphtaline sont nés de douloureux mythes :
1- La Chance aux chansons aurait été le lieu des premiers grattements de Bob Quibel, l’homme qui accompagna un temps Pino Lattuca, dans le but de couvrir la voix des enfants enfermés dans l’Ecole des fans.
2- Le nom du personnage de Derrick serait tiré d’un quatuor pour accordéons et luth découvert par l’acteur allemand, Horst Tappert, au cours d’une émission, et en particulier des bruits musicaux couinés pendant le mouvement lent.

La météo sur les chaînes locales.
Budgets limités en région. Par conséquent, proposition inverse que pour la minute boursière de la Une. Puisque les images de synthèse censées évoquer un ciel obscur au-dessus d’un département rappellent les simulations boursières d’André Théron (TF1, années 80, © Amstrad pour les diagrammes), il serait bon que Jean-Marc Sylvestre et Jean-Pierre Gaillard remplacent les professionnels du temps (qui est de l’argent). Leur apologie des montages financiers serait bien utile à une chaîne habituée aux économies d’échelle.

K2000.
Impérativement, changer le nom du « personnage » principal. La voiture noire qui parle avec une voix de garage se nomme Kitt : qui n’a jamais songé aux meubles à monter soi-même à l’énoncé de cet acronyme ? Il est vrai que les décors en carton-pâte, les dialogues rasoirs et les intrigues jetables renforcent cette impression de faire ses courses au Ikea d’Evry.

 

Des chiffres et des lettres par Sylvain Zorzin.

Le Bigdil par Sylvain Zorzin.

 

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E