La roue de la fortune.
Regret, regrets des jeux d’antan. La Roue de la fortune. Les
claquements de dents de la roue et les plaques colorées comme
autant d’arcs-en-ciel en aluminium. Les lettres éclairées
qu’Annie Pujol retournait sans perdre son sourire ni sa concentration.
La Roue de la fortune n’existerait pas de nos jours. La plaque
de cinq cents francs, d’un bleu banal qui ne soulevait qu’une
légère déception, devrait aujourd’hui multiplier
les milliers d’euros pour surmonter une profonde indifférence.
Les titres de films et les chansons de Joe Dassin deviendraient des
émissions de télé réalité et des
partenaires de Julie Lescaut. Et qui écrirait correctement
le Jonatan de la Nouvelle Star, le Patxi de la Star Academy, l’Eva
Kowalewska de La ferme célébrités ? Et pourquoi
faudrait-il savoir écrire ?
Dallas.
Regret des feuilletons passés, qui ne se laissaient pas affadir
par le politiquement correct. Regrets des passages diffusés,
au cours desquels les acteurs buvaient verre de whisky sur verre de
whisky, drames on the rocks, alors qu’aujourd’hui acteurs
et animateurs se nourrissent de drogues lorsqu’ils ne sont plus
à l’antenne. Dallas n’existerait pas de nos jours.
Il serait, pourtant, tellement bon que le monde entier croie encore
à la toute-puissance de l’Amérique triomphante.
Que Bobby foule encore de ses bottes les champs de pétrole,
que désormais l’Amérique effrayante doit conquérir
au Moyen-Orient. Que George Bush se satisfasse de cette mission civilisatrice,
millions de spectateurs colonisés qui n’avaient pas à
aller plus loin que le bout de leur nez pour faire monter leur moutarde.
Olive et Tom.
Dessins animés anciens. Non, celui-ci passerait encore. Moche,
pas cher, parfait. Pardon.
Don Camillo.
Regrets des films d’une autre époque. D’un noir
et blanc vaporeux que l’on colorise aujourd’hui pour flouer
les spectateurs. Les intrigues manichéennes que l’on
n’aurait pas contestées pour un oui ou pour un non. Devant
Don Camillo et les Tontons flingueurs, on regardait la télévision
pour suivre une histoire, échanger des dialogues comme des
cartes Panini ; pas pour être le reflet de la suffisance des
réalisateurs, avec leurs effets spéciaux qui se suffisent
à eux-mêmes. De nos jours, de telles soirées n’existent
plus vraiment. Parfois un après-midi férié ou
un dimanche pluvieux nous offrent ces souvenirs. Mais les jours fériés
disparaissent, et la Terre se réchauffe.
* * *
En aparté.
Le problème de cette émission vient de ce que ne sont
invités que des humains, ainsi que quelques chanteurs. La gamme
des émotions étant ce qu’elle est, c’est-à-dire
étroitement limitée, les interviews invisibles de Pascale
Clark gagneraient à inviter des objets, et ce pour
au moins deux raisons :
1- Plus encore que les artistes, les objets sont très souvent
en promotion. J’en veux pour preuve les incroyables rabais du
télé-achat de M6, même si j’ai cru pendant
dix minutes qu’il s’agissait d’une rediffusion de
Fréquenstar.
2- Les claquements des dents d’un couteau électrique
ou les aspirations d’un aspirateur sont fréquemment plus
émouvants que les réflexions d’un artiste moderne,
perdues dans le creux d’une lame jusqu’à son dernier
souffle.
Sans compter qu’avec un objet, il est inutile de faire une photo
à la fin, puisqu’il figure déjà dans le
catalogue de La Redoute.
La minute boursière de la 1.
Un vrai paradoxe : seules les classes moyennes supérieures
et celles disposant de moyens supérieurs parviennent à
passer outre l’austérité de ce programme. De fait,
les catégories pauvres passent à côté de
ce jeu passionnant en attendant la diffusion plus colorée des
Feux de l’Amour.
Il serait donc bon qu’à l’image de la météo
sur M6, la minute boursière soit présentée,
en alternance, par des jeunes filles sous-habillées et
sous-alimentées (volontairement : il s’agit d’un
effet de mode), issues d’un quelconque programme de télé-réalité.
La faiblesse des taux de couverture et les dégraissements possèderaient,
en plus de leur flamboyance télévisuelle, un indéniable
atout pédagogique.
La Chance aux chansons.
S’il fallait supprimer une chose à cette émission
musicale, ce serait sa réputation de n’attirer
que des spectateurs nés dans l’entre-deux-guerres (1870
et 1714, la succession d’Espagne). De cette aura de naphtaline
sont nés de douloureux mythes :
1- La Chance aux chansons aurait été le lieu
des premiers grattements de Bob Quibel, l’homme qui accompagna
un temps Pino Lattuca, dans le but de couvrir la voix des enfants
enfermés dans l’Ecole des fans.
2- Le nom du personnage de Derrick serait tiré d’un
quatuor pour accordéons et luth découvert par l’acteur
allemand, Horst Tappert, au cours d’une émission, et
en particulier des bruits musicaux couinés pendant le mouvement
lent.
La météo sur les chaînes locales.
Budgets limités en région. Par conséquent, proposition
inverse que pour la minute boursière de la Une. Puisque les
images de synthèse censées évoquer un ciel obscur
au-dessus d’un département rappellent les simulations
boursières d’André Théron (TF1, années
80, © Amstrad pour les diagrammes), il serait bon que Jean-Marc
Sylvestre et Jean-Pierre Gaillard remplacent les professionnels
du temps (qui est de l’argent). Leur apologie des montages
financiers serait bien utile à une chaîne habituée
aux économies d’échelle.