Stéphane Sanchez
Sur son bureau, il y a lui, effondré sur ses papiers épars,
et au milieu de ce chaos trône une plante. C’est une orchidée.
Une phalaenopsis schilleriana. Il aurait dû se méfier
de cet étrange végétal: ses fleurs rares et ses
longues feuilles plates – séparées par une quarantaine
de centimètres de tige nue – se détestent. Si
l’on veut d’elle des feuilles saines et bien vertes, un
arrosage régulier est requis; mais alors, point de fleur. Juste
une tige dressée, ridicule et stérile. À l’inverse,
si l’on veut voir ses délicates fleurs roses calicées
de blanc éclore, peu d’eau il faut. Toutefois, pendant
ce temps, les feuilles à sa base jauniront et s’affaisseront
comme un carton humide.
— Regardant sa plante, il comprit qu’il ne valait guère
mieux qu’elle. Lui aussi était une histoire.
Et sans rien connaître de la philosophie allemande, il rit de
son auteur et de sa triste imagination, il rit sans fin, de ce rire
nietzschéen que personne n’entendra jamais.
. . . . . .
Didier Rouge-Héron
Rien. Sur son bureau il n’y a rien. D’ailleurs, un écrivain
ça n’a pas de bureau. Ou alors partout, nulle part. Ça
ne produit pas à la demande, attaché à sa chaise,
un écrivain, ça ressent et à tout instant. Chaque
seconde de sa vie est une pétoire à émotions.
Le bureau, il lui servirait à quoi, hein, quand il se promène
dans le noir, quand il nage dans le vague, quand il baise ou qu’il
pisse et continue de penser? Les images défilent en permanence,
à toute vitesse, souvent beaucoup trop vite pour pouvoir les
saisir. Le stylo, le clavier, c’est juste pour fixer ce qu’il
a pu attraper au passage, les débris de la tornade quoi.
— En 2006 paraîtra aux Belles lettres la nouvelle «À
l’ouest du paradis», une fugue amoureuse poétique
et dépressive sur toile chromo de ciel californien. La dérive
stroboscopée en noir et blanc de deux âmes égarées,
deux êtres rongés de solitude qui luttent pour ne pas
se perdre dans leur propre néant. Avant même de penser
à s’aimer.
. . . . . .
Pierre Cendors
Une boîte d’aquarelle, un pot rempli d’eau,
six dessins finalisés, cinq numéros de Pestry Tyden
(La semaine multicolore, un illustré tchécoslovaque
de 1941), des pinceaux, un carnet, une lampe, deux CDs (Mystère
des voix bulgares et le dernier Tiersen)
— 1) L’homme caché, un recueil de nouvelles
sur Endsen. Parution chez Finitude, en février 2006. 2) Un
roman sur Endsen (encore sans titre). Environ deux cent pages jusqu’ici.
On y découvrira son vrai visage avec celui de Flora Lunebourg,
Lars Norstrom et Harry Houdini. 3) Une commande d’illustrations
pour un recueil musical. Parution en fin de cette année. 4)
«Talismans mythographiques», un cycle de douze toiles
(100 x 100cm), huit terminées. 5) Sur moi ! 6) Et sur
l’appartement. Je viens de déménager. 7) Le questionnaire
d’un certain représentant…
. . . . . .
Cécilia Colombo
Elle a installé son bureau sous son lit, parce que c’est
une idée plaisante, ce qui est une justification suffisante.
Peut être aussi parce que la situation quasi souterraine de
son aire de jeu limite le nombre de choses qu’elle peut y entasser.
Equipée d’une lampe, de dizaines de crayons de toutes
les couleurs, de pinceaux, d’un suzuri, de carnets, de sable
rouge du Maroc, de littérature érotique, de piles usagées
qui attendent le recyclage, d’un Monsieur Jack et de son chien
Zéro, de tickets de métro usagés ou neufs, d’encre
de Chine en bâton et en flacon, d’une tasse de thé
blanc, de mots rares et précieux, d’échantillons
de crèmes, de parfums et de shampoings très chers, d’un
galet de cade, d’un pliage origami qui représente un
Totoro, de marque- pages en papier, de trousses en cuir, de plioirs,
de mouchoirs de papier, d’une planche à découper
auto-cicatrisante, de photos de famille et d’amis qui rigolent,
de celle d’une femme endormie, de fleurs fanées, de pommes
de pin, de boîtes en bois, d’un page’up à
motif vache, de pièces italiennes, d’aquarelles en godet,
de bouts de cuir, d’une déclaration d’impôts,
de livres de Yoko Ogawa, de BK77 bleus, d’un palm, de roses
dans une fiole pleine d’une solution ambrée trouvée
dans une poubelle, de kaléidoscopes, de numéros de téléphone,
de Kusanagi et d’Akira, d’une boite à musique qui
joue en boucle les premières mesures de la «Sonate au
clair de lune» de je sais plus qui, d’un plan rafistolé
de Toulouse, de papiers méga chers et d’autre pas, et
d’un ordinateur d’une marque très classe, le tout
organisé en strates, elle s’attelle à raconter
des histoires portant sur des choses dont elle n’a aucune idée,
et se déroulant dans des endroits où elle n’a
jamais mis les pieds, se situant à l’est de Toulouse
et au-delà de Marseille.
. . . . . .
Pascale Dietrich
Une lampe à ressort, un bloc-notes à poils, une cuillère
à doser, un teckel miniature, une gomme à conneries,
un stylo à bulles, une loupe grossissante, un téléphone
muet, une trompe à vélo, la tête de ma voisine
en plastique mou, une épingle à tricoter plantée
dedans, bien au centre du crâne, voici les éléments
indispensables à ma concentration qui sont en permanence sur
mon bureau (une grande planche soutenue par deux piles de cent cinq
numéros de la RNB, Revue Nationale de la Broderie).
— Mais j’allais oublier l’essentiel : mon écran
plat dernier cri et mon ordinateur qui renferme dans son ventre l’un
de mes premiers romans, Pustule, publié chez Manuscrit.com,
ma première nouvelle de science fiction primée, «Le
Hasard destructeur», ainsi qu’une autre nouvelle primée
et publiée il y a deux ans à l’occasion de la
Manifestation Lire en fête à Paris, «Le silence
des machines». Il contient également, entre autres, deux
étranges romans encore inconnus du public et est actuellement
en train d’ingurgiter une histoire dont le narrateur principal
est un SMS.
. . . . . .
Mathias Gosselin
Trop de choses car je voudrais qu’il n’y ait rien. Tout
le temps nécessaire. Des dictionnaires : des synonymes, analogique,
Petit Robert, Larousse. Des chemises contenant des nouvelles à
réécrire pour la cinquième fois. Dans le coin
gauche, un écran d’ordinateur hors d’usage qui
sert de panneau photos, surmonté d’une toile peinte tendue
sur un cadre. Des recueils de nouvelles de grands maîtres, et
le modeste mien, «Le Tas», paru chez Editinter. Des coquillages,
des clefs, des boîtes, des têtes de personnages en papier
qui tirent la langue. Beaucoup de bazar en attente. Juste la place
pour poser mon ordinateur portable.
— Sur une nouvelle. Sur une méthode d’écriture
un temps délaissée : ne pas commencer une phrase tant
que la précédente ne me satisfait pas. Que du plaisir
!
. . . . . .
Ibis Sepùlveda Santana
Mon bureau est toujours surchargé, pourtant,il est très
spacieux. La charge se compose des mêmes – chers
– objets qui m’accompagnent et me ravissent depuis une
éternité. Bien sûr, il y a eu des ajouts, comme
l’ordinateur et l’imprimante; des changements, comme le
téléphone, mais les boîtes à stylos, à
crayons et à pinceaux restent. Les boîtes pour l’aquarelle
et la peinture à l’huile s’empilent dans un coin.
Les papiers ne sont pas partout , ils ne s’éparpillent
que dans la moitié droite où je peins et fais mes collages.
Au milieu ou au fond du bureau, il reste toujours une place pour TIGRILLO
(alias Margay) qui adore m’embêter lorsque «je travaille»
et pour qui ce n’est qu’un jeu de plus pour nous deux.
Il s’endort en jouant avec la colle, un morceau de tissu, une
gomme. Souvent, il y a aussi un Lapsang Souchong qui fume et qui me
réchauffe le cœur et les pensées. Il y a aussi,
au moins, quatre paires de ciseaux? c’est que j’aime faire
du découpage! En ce moment, je peins et je fais des collages
car je prépare une petite exposition pour le mois de février.
Mes tableaux se composent de divers éléments. Celui-là,
qui est presque fini, raconte l’histoire d’un «
poichou » (poisson) bleu qui, en jouant avec des perles, rêve
de devenir un joli vase bleu qui porterait de belles fleurs rouges
! À moins que ce ne soit le vase qui aurait déjà
rêvé d’être un poichou. Hou là-là!
. . . . . .
Julien Campredon
Mon bureau est assez petit, d’un côté une caisse
de rangement contient quelques livres, et de l’autre une caisse
de vin contenant des numéros zéro de MTL surélève
mon ordinateur portable pour des questions ergonomiques. Une autre
caisse (cette fois-ci c’est une boîte de matériel
médical de l’armée) contient tout ce que je ne
sais pas où ranger. Sur le petit carré libre qui reste,
une masse informe de documents plus ou moins importants traîne.
Heureusement j’ai une annexe à mon bureau : mon
lit. Dessus il y a une lettre de refus de publication pour une nouvelle
publiée depuis un an dans MTL, des livres sans doute et des
mouchoirs. Mais il reste une place libre… J’attends une
réponse d’un éditeur pour publier un petit livre
contenant une seule nouvelle, celle-ci ayant pour sujet le Salon du
livre de Paris de l’année dernière. Rien n’est
encore sûr. Le titre en est: «Boris le Babylonien contre
l’Aligot Littéraire».
— L’idée de cette nouvelle m’est venue l’année
dernière, période au cours de laquelle j’ai eu
pas mal d’idées: j’avais alors noté trois
autres projets de nouvelles. Je suis en train d’entamer la dernière
qui a pour sujet la difficulté du logement, celle-ci poussant
le personnage principal à sous-louer une tombe. Concernant
les deux que je finis de corriger actuellement, «Condevielh!»
parle de l’ANPE et du choc générationnel larvé
que nous connaissons aujourd’hui, et «Jean-François
Cérious ne répond plus» a pour sujet la mégalomanie,
et un tout petit peu Montauban, ville que contrairement à ce
que l’on pourrait croire, je connais peu. Aujourd’hui
la logique voudrait que je m’attaque à un roman, mais
je ne suis pas certain que la forme romanesque me corresponde. En
attendant, je vais lire Don Quichotte, que je n’ai toujours
pas lu (c’est un scandale!)
. . . . . .
Bernard Quiriny
Un ordinateur portable Hewlett Packard Pavilion ze4500 ; un bocal
de stylos; une lampe de bureau; un avis d’imposition pour la
taxe d’habitation 2005, reçu hier; un Petit Larousse
illustré 1989 rafistolé au scotch; un porte-documents
bourré à bloc; un exemplaire de mon recueil L’Angoisse
de la première phrase (Phébus, 2005); Les Fous littéraires
d’André Blavier, à rendre à la bibliothèque
universitaire le 15 octobre; une clef USB de petite contenance; un
exemplaire du Droit du contentieux administratif de René Chapus,
onzième édition.
— Sur le Droit du contentieux administratif de René Chapus,
onzième édition; sur un texte de commande concernant
l’excellent libraire d’anciens et romancier Gérard
Oberlé; sur une série d’articulets littéraires
et musicaux; sur toutes sortes de nouvelles nouvelles, en états
d’achèvement variés; sur Chronique des Indiens
Guayaki de l’anthropologue Pierre Clastres, en vue d’une
histoire qui se passerait dans une tribu amérindienne complètement
louche.
. . . . . .
Céline Robinet
Sur mon bureau, de gauche à droite: Le dieu des petits riens
d’Arundhati Roy, Accordez-moi cette valse de Zelda Fitzgerald,
une clé, une disquette, un ordinateur portable, deux carnets
de notes, l’étui de mes lunettes de piscine, une pile
de Monde Diplomatique et Courrier international non lus, les nouvelles
de Kafka, un bloc de post-it, une tasse de thé, Portrait d’un
juif d’Albert Memmi, deux autres carnets de notes, un pot de
crayon gris et un de stylos, une pile de dossiers (banque, appartement,
assurance, téléphone, électricité…),
mon portefeuille et un bougeoir.
— Projets en cours: recueil de nouvelles plus roman (sortie
prévue septembre 2006). Synopsis: Manipulation. Grande soeur.
Journal intime. Complexe d’infériorité. Fuite.
Berlin. Schizophrénie. Paranoïa. Mythomanie. Dédoublement
de personnalité. Inceste. Jeux. Destruction perverse, affective.
Projections. Chimères. Optimisme désespéré.
Impasse. Suicide. Manipulation?
. . . . . .
Christian Zorka
Au-dessus du bureau de Christian Zorka, on verra surtout des reproductions
de tableaux sous forme de cartes postales (portraits réalisés
par Van Dongen, Schiele, Heckel, Goya). Sous son bureau, il n’y
a guère que des fils électriques. Sur la surface de
travail elle-même, il n’y a guère que des Post-It,
un peu d’émotion et encore des cartes postales. À
présent, Zorka est à l’écriture d’un
roman (presque terminé), de plusieurs recueils de poésies
et d’une sorte de journal intitulé Brooklyn-Montréal.
Il travaille également à l’élaboration
de son site web: www.christianzorka.com
. . . . . .
Thierry Acot-Mirande
Sur son bureau, il y a, comme d’habitude les éléments
de son ordinateur. À sa droite, une bibliothèque…
Il se trouve face à une fenêtre.
— Aujourd’hui, je n’ai rien fait, mais de nombreuses
choses se sont accomplies en moi (Roberto Juaroz, Poésies verticales)
Au moment où sort ce recueil, Thierry travaille à la
traduction en anglais de l’un de ses recueils de poèmes;
l’une de ses nombreuses nouvelles, «Interview»,
vient d’être publiée dans une anthologie sur les
tatouages et une autre, «Ghost», dans une anthologie consacrée
au jazz. Il vient de finir un roman fantastique Paradis perdu qu’il
cherche à publier, s’apprête à créer
une collection d’entretiens, prépare une étonnante
anthologie sur les anti-religions, et enfin, collabore à une
anthologie sur les écrivains oubliés ou enterrés.
Samarkand ! Samarkand
!