Nous avons demandé à leur auteur – Philippe Lemaire – de
se présenter, il nous a répondu par un modeste et touchant
courrier qu’il
lui semblait difficile de le faire. Comme nous n’avons pas trouvé de
meilleur moyen
de vous introduire son formidable travail sans tomber dans un panégyrique,
voici un extrait de la lettre en question, enfin, peut-être:
Les collages que je vous ai adressés ont été réalisés
entre 2001 et 2005. Jusqu’en 2001, la plupart de mes collages,
composés à partir de photos, étaient en couleur.
L’utilisation de gravures anciennes est donc pour moi assez récente.
Par sa simplicité d’accès, la technique du collage
m’est toujours apparue comme la meilleure façon possible
de prolonger la fameuse devise arrachée aux Poésies de
Lautréamont: La poésie doit être faite par
tous. Non par un. Le collage est pour moi la façon la
plus immédiate, la plus évidente, d’accéder à la
poésie: jouer avec les images, éparpiller les pièces
du monde et les remonter à ma façon. Il existe un vrai
plaisir à jouer librement avec elles en les découpant,
en les déchirant, en les combinant dans un ordre différent
de l’ordre logique. Bouleverser l’ordre des images comme
la poésie bouleverse l’ordre des mots ne peut suffire à changer
le monde, mais cela permet au moins de le voir et de l’imaginer
autrement. Cela change un petit peu la vie et cela permet de partager
un peu ses rêves.
En redécouvrant à ma façon,
ces dernières
années, le charme du collage en noir et blanc, réalisé à partir
de gravures du XIXe siècle, je me place dans une situation un
peu paradoxale en ce début
du XXIe siècle, où le règne de l’image prend
des formes très différentes.
Les illustrations que j’utilise ne sont pas travaillées à l’ordinateur.

Elles proviennent directement de romans populaires ou de revues tels
que Le Tour du Monde, Le Journal des Voyages, Le Monde Illustré,
Le Magasin Pittoresque… Des titres qui sont déjà un
appel au rêve. Avant toute intervention de ma part, elles portent
la marque du romantisme et possèdent souvent une dimension fantastique
en rapport avec la littérature et les tourments du temps: matérialisme
conquérant, angoisse sociale, conquête du monde et prémices
de la mondialisation… En les réutilisant bien avant moi,
Max Ernst «l’alchimiste» avait su créer son
propre monde sans en altérer la magie, en les propulsant dans
une dimension nouvelle et inconnue. Les collages de Max Ernst sont
une des plus belles manifestations de l’alliance secrète
entre les deux grandes insurrections poétiques de l’époque
moderne: celle du romantisme au xixe siècle, et celle de dada
et du surréalisme
au XXe. À l’aube d’un nouveau siècle où le
matérialisme se transcende en hyper-matérialisme et où la
poésie n’a plus de place que dans les marges, il me semble
que ces précédentes tentatives pour repoétiser
le monde ont encore quelque chose à nous apprendre.
La Nouvelle
Revue Moderne que j’anime depuis 2002 est un caillou
minuscule dans le jardin de la littérature, mais participe aussi
de cet état d’esprit. Elle est l’occasion de mettre
en rapport mes collages avec certains des textes publiés, ou
encore de nouer des collaborations avec des auteurs qui, comme Jacques
Abeille ont souhaité parfois s’en inspirer.
Je vous ai
livré ces quelques éléments en évitant
d’être trop prolixe. Vous trouverez sous ce pli deux textes
critiques publiés antérieurement (Guy Ferdinande et Armand
Olivennes), ainsi que quelques notes que j’avais prises après
avoir réalisé le collage Les Acrobates oniriques, que
je vous ai confié et qui a initié pour moi cette série
de collages en noir et blanc.
Je vous souhaite bonne réception
de l’ensemble et vous
remercie pour l’attention portée à mon travail,
Philippe Lemaire
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