LA NUIT DES GENS M'APPELLENT - LES PRÉLIMINAIRES, UN EXTRAIT

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« Tous les hommes du roi commence
comme une comédie du pouvoir, emprunte les chemins
de la fresque historique et se conclut sur un entrelacs
de tragédies, la somptuosité de l’écriture le disputant
dans chacun de ces registres à la profondeur de la pensée.
Chef-d’œuvre ? Oui, dix fois plutôt qu’une. »
Les Inrocks

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LA   N U I T
D E S   G E N S   M ' A P P E L L E N T
U N   E X T R A I T   D E S   P R É L I M I N A I R E S

PAR SARAH B.

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La nuit des gens m'appellent. Des hommes ou des femmes. La nuit. Je dors et le téléphone sonne. La nuit je regarde un film et mon téléphone sonne. D'une main je me prépare un café et en lisant de l'autre j'écoute. Le téléphone sonne. La nuit. Des femmes se dessinent dans ma tête des seins des sexes et mon téléphone sonne. Des hommes ou des femmes. Mon immeuble est paisible la climatisation ronronne et mon téléphone sonne. La nuit.
Quand je décroche. Parce que je ne décroche pas toujours. Je décroche quand je suis là. Quand j'ai une main de libre. Quand je suis là et que ma main droite est disponible. Je décroche. La nuit des gens m'appellent. Mon téléphone sonne. Je décroche.
« Euh…Tom ? »
Je dis « Oui ». Des fois je dis autre chose. Je viens de me réveiller. Alors ça ressemble à autre chose. Je dis aussi « Uhm Uhm ». Je bouge la tête en le disant. J'acquiesce. La nuit. Des hommes ou des femmes. J'ai dans l'idée de dire autre chose.
« Non ».
J'ai dans l'idée d'être drôle. J'ai dans l'idée d'être agressif. La nuit quand mon téléphone sonne.
Mais je dis le plus souvent. « Oui ». Pas d'interrogation. Juste une affirmation. À des hommes ou à des femmes. Ou quelque chose de proche. Dans les modulations de ma gorge sèche j'ai pas le choix. Dans le combiné trouvé sans allumer la lumière. Je fais mon possible. « Mmhoui ». Je sais exactement où se trouve mon téléphone. La nuit. Quand il sonne. Des hommes ou des femmes.
Souvent ils en redemandent. « Tom ? »
Un peu plus sûr il me semble. C'est quand même la nuit. Et la seconde fois en moins d'une minute que cette question est posée par la même personne à la même personne. Ça devrait pas être dur. J'ai dans l'idée de me moquer. De dire une blague. Dans le combiné saisi comme avec les yeux bandés. Parce que j'en parle avec mes amis. Dans la journée. Des coups de téléphone de la nuit. Je pourrais sortir des répliques sans même avoir à les penser. La nuit à des femmes ou à des hommes. Au téléphone. Des répliques que mes amis me disent d'apprendre par cœur. Des réponses toutes faites. Agressives. Estomaquantes. Drôles. Stupides. La nuit. Ils me disent de raccrocher. Comme ça. Au téléphone. Mes amis le jour me disent de raccrocher au téléphone la nuit. Puis de rappeler. Des hommes ou des femmes. De noter le numéro quand mon téléphone sonne. De décrocher. Ça pourrait être ma mère. De dire mon court texte et de raccrocher. Puis je rappelle. Pour dire quoi. La nuit. Il faudrait que j'allume. Je trouve le téléphone sans lumière. À des hommes ou des femmes. Alors je redis. « Oui ». Ou quelque chose d'équivalent. Ça dépend de l'heure. De ce que je suis en train de faire. De la mobilité ou non de ma main droite. De ma présence dans mon petit appartement. Souvent je redis. « Oui ». J'acquiesce aussi la seconde fois. C'est plus fréquent qu'au premier « Oui ». Ou alors je m'en souviens mieux. Puis ça raccroche. 

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E