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Karoo est un salaud
mais la presse l’adore.
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5 W C L U B
U N E X T R A I T D E
S P R É L I M I N A I R E S
PAR THIERRY
ACOT-MIRANDE
Il était vingt heures. Sortant de l’hôtel
Élysée, je me tenais immobile, respirant la douceur
de l’air, sur le trottoir sud de la 54e Rue, entre Park et
Madison Avenue. Je me suis mis en marche vers l’ouest. Je
marchais lentement, regardant New York. Il n’y avait peut-être
qu’une
seule ville au monde, une seule du moins où les hypothèses
les plus imaginatives se trouvaient débordées par
la réalité
des choses. Je traversai Madison et tournai à gauche dans
Fifth Avenue pour reprendre presque aussitôt, par la 53e rue,
mon chemin vers l’ouest, pénétrant dans la zone
nord de Rockfeller Center. Je passai devant le Museum of Modern
Art et, un peu plus loin, entrai dans le hall gigantesque d’une
tour dénommée
Usher Building. La hauteur sous plafond pouvait atteindre une vingtaine
de mètres. Le sol de marbre était ponctué de
statues
à l’antique, grandeur nature, représentant les
figures héroïques ou divines les plus courantes du paganisme
gréco-romain,
qu’on aurait pu attribuer à Paul Manship ou Lee Lawrie.
Les hautes surfaces aveugles des murs étaient décorées
de fresques immenses d’un réalisme agressif. Les parties
basses étaient encombrées de boutiques aux prix
exorbitants, de salons de thé, de vitrines d’exposition,
d’ascenseurs
et d’ouvertures donnant sur un dédale de halls secondaires.
L’élément architectural le plus discret était
une porte de chêne sombre à battant simple, surmontée
d’une petite enseigne où on pouvait lire cette inscription
noire sur fond blanc, en cursive : The 5 Ws, Philosophical and
Metaphysical Club. Et cette exemplaire sobriété,
qui pouvait apparaître
de loin comme une espèce de timidité, une modestie égarée
au milieu de l’étalage ostentatoire du luxe, devenait,
d’assez près pour que l’intitulé fût
lisible, le comble de la morgue élitaire, l’occurrence
idéale, presque poussée à la caricature,
d’un
bon goût classique européen plus imaginaire que réel.
Il s’agissait en fait d’un des hauts lieux de la vie
secrète
et nocturne de New York. Les cinq W symbolisaient cinq questions
pouvant passer pour fondamentales : Who are we ? What are we doing
here ? Why are we doing ? Where are we doing ? When are we doing
? Je n’y
étais venu qu’une fois ; j’y avais été
entraîné par une relation, un universitaire américain
qui avait là ses coudées franches.
Le bar du club ouvrait à dix-huit heures et fermait
à six heures du matin.
La panoplie des boissons proposées, spécialement des
alcools exotiques et des cocktails, était sans doute la plus
large et la plus variée qui fût au monde.
Quant au solide, on servait en permanence les ingrédients froids
ordinaires de la prospérité, du genre caviar, foie gras,
crustacés et lamellibranches, et, entre vingt heures et minuit,
des plats chauds s’inspirant exclusivement des traditions extrême-orientales.
Je poussai la porte et me trouvai dans une sorte de salon d’accueil
richement décoré, comprenant un vestiaire et un énorme
bureau agrémenté d’un vase de roses blanches et
d’un terminal d’ordinateur, derrière lequel trônait
un réceptionniste en habit. Ou plutôt un cerbère,
car il était plus accoutumé à faire obstacle
qu’à introduire. Il pouvait avoir une quarantaine d’années,
était d’une exquise urbanité, bâti en hercule,
et ces deux qualités donnaient à son éloquence
quelque chose de persuasif forçant les gens les plus exaspérés
ou les plus humiliés par son refus poli à une certaine
circonspection. Selon mon informateur, il était spécialiste
des arts martiaux et diplômé de langues. Il en parlait
couramment une douzaine. Je me présentai, ajoutant que mon
nom ne lui dirait sans doute rien mais que j’avais rendez-vous
avec l’honorable Bernard Woolf, qui avait ici, semblait-il,
ses entrées.
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