ils ont dit du Livre du chevalier Zifar

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« Tous les hommes du roi commence
comme une comédie du pouvoir, emprunte les chemins
de la fresque historique et se conclut sur un entrelacs
de tragédies, la somptuosité de l’écriture le disputant
dans chacun de ces registres à la profondeur de la pensée.
Chef-d’œuvre ? Oui, dix fois plutôt qu’une. »
Les Inrocks

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I L S   O N T   D I T   D U
 L I V R E   D U   C H E V A L I E R
Z I F A R

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Héros et anonymes

Voici bien un livre mystérieux, cachant tout à la fois, sous les cuirs et les ors de sa couverture, et entre les lignes d'une édition de poids - 1 120 grammes, pas moins, par temps sec - les parfums capiteux d'un scandale littéraire, les senteurs épicées de contrées inconnues, les exemplaires comportements de personnages hors du commun et de très riches leçons de vie. Oui, tout cela foisonne dans cet ouvrage proposé par une maison d'édition attentive à ses lecteurs au point de publier par ailleurs un "catalogue borgne pour lecteurs n'ayant qu'un coup d'oeil à donner".

Côté scandale, nous avons affaire à un écrivain qui revendique sans ambages sa volonté d'être copié, qui plus est avec la bénédiction de la Bible : "Cette œuvre pourra être corrigée par ceux qui voudront l'amender, et certes, ceux qui désireront et sauront l'améliorer doivent le faire, ne serait-ce que parce que l'Ecriture dit que ce qui est corrigé avec subtilité mérite d'être davantage loué que le premier qui l'a trouvé." Voilà qui casse le métier, fait voler en éclats toute notion de plagiat, "plagiomnie" et autres désirs plus ou moins inconscients d'être piraté, et de piller, incognito.

Cet ouvrage, anonyme, aurait été écrit dans les premières années du XIVe siècle à Tolède. L'auteur prétend qu'il aurait été traduit du chaldéen au latin, du latin au roman, avant que lui-même ne le passe du roman au castillan. Et puis quoi encore ! Dans le doute, et en suivant la pente logique de la citation ci-dessus, force est d'attribuer la véritable paternité du Chevalier de Zifar à Jean-Marie Barbera, présenté comme traducteur de la présente édition. D'autant que ce dernier avoue que, "lorsqu'une obscurité apparaît, que le traducteur ne peut résoudre par la consultation des avatars du texte ou de ses sources, il lui reste le cotexte, le contexte et son bon sens".

Bref, ce Barbera-là n'a rien fait d'autre qu'inventer. En cela, il est un second Pierre Ménard - auteur d'un double du Quichotte sorti de l'imagination de Jorge Luis Borges, qui en connaissait un rayon en romans de chevalerie. Même modestie, même style archaïsant, il croit lui aussi que la vérité historique est ce que nous pensons qu'il s'est passé : "Certains ont pensé que les faits qu'il (ce livre) contient ne sont pas authentiques et qu'il n'y a rien à en tirer (...). Même si ces événements n'étaient pas vrais, on ne doit ni les mépriser ni en douter."

Le Chevalier Zifar conduit ses lecteurs un peu partout à travers le monde civilisé d'une époque incertaine, soit le Moyen-Orient jusqu'à ses ultimes extrémités. Originaires de l'Inde, Zifar, sa dame Grima et leurs enfants Garfin et Roboam nous entraînent dans leur sillage pour notre plus grand profit : "Ces précisions sur les trois parties du monde ont été insérées ici à l'intention de ceux qui veulent le parcourir, et principalement de ceux qui veulent s'épanouir et goûter des pays où ils pourront se sentir mieux et vivre de même." Après de multiples errances, Zifar deviendra le patron du merveilleux royaume de Menton, qui n'est pas sans rappeler celui de Monte-Carlo.

Chevalier modèle, Zifar parcourt donc le monde malgré le maléfice qui l'accable : ses chevaux périssent systématiquement au bout de dix jours, ce qui finit par lui revenir très cher, aucune de ses montures n'étant sous garantie. Cela ne l'empêche pas, lui et ses fils, de multiplier les exploits, de faire le bien et de rendre la justice : "J'ordonne que l'on vous arrache la langue par le cou pour les laides paroles que vous avez proférées contre moi, et que l'on vous décapite, puisque vous avez pris la tête de ceux qui ont couru toutes mes terres."

"SUBLIMES TENTATRICES"

Il ne faudrait pas en conclure que Zifar et les illustres chevaliers de sa suite sont d'épaisses brutes. Bien que fortement couillus, ils savent aussi pleurer lorsqu'ils découvrent la mort d'un des leurs. Dans le fond, ces gars-là sont des tendres : "Le chevalier se coucha et posa sa tête dans le giron de sa femme, et celle-ci s'endormit en l'épouillant." N'est-ce pas poignant ?

Question amours, on croisera de "sublimes tentatrices", des femmes qui aiment plusieurs hommes et en veulent toujours plus "car le désir ardent jamais ne s'assouvit". Les moeurs de l'époque peuvent parfois étonner : Dame Grima n'est-elle pas surprise au lit entre deux superbes jouvenceaux ? "S'il le voulait, l'homme pourrait facilement refréner son penchant pour ses vices, excepté lorsque cela a été ordonné par Dieu, comme dans le mariage", explique Zifar. Sans entrer dans les détails, on comprendra ainsi que ce dernier puisse accepter de bon coeur quatre ans d'abstinence avant de passer légalement à table avec son épouse.

Raison de plus pour suivre attentivement ses leçons de morale. On y apprend que le vrai sens du mot libéral est "généreux" ou qu'il est vain de se croire "noble par le sang illustre de (son) lignage ni par sa moralité". "Tu ne le seras que par tes propres vertus, si tu en as." Et bien d'autres choses encore.

Enfin, l'auteur sait à quels lecteurs il a affaire puisqu'il souligne que "les esprits grossiers vilipendent" des ouvrages tels que le sien. Ne reste donc plus qu'à faire preuve de subtilité, et à se précipiter, à cheval ou même à pied, dans la première librairie venue.

— Jean-Louis ARAGON, Le Monde.

Itinéraire d'un preux

Prendre en main Le Livre du chevalier Zifar, c'est comme pousser une porte, immense, lourde, austère. Sauf qu'elle donne sur un pays. On s'y installe, on s'y promène. On y suit le chevalier Zifar dans sa vie, ses adversités et prospérités comme le propose le titre de cet ouvrage gigantesque de 478 pages, hors annexes, et que l'on prête à un certain Ferrand Martinez, clerc de Tolède qui l'aurait écrit dans la première moitié du XIVe siècle. Un pays plein de messages.

C'est un livre d'aventures, et d'initiation à l'intention des jeunes gens du XIVe siècle et de ceux à venir. Un chemin passionnant et peuplé, la légèreté du conte et la profondeur du sens, la drôlerie et le fantastique de la vie. Il aurait, dit-on, inspiré Miguel de Cervantès pour son personnage de Don Quichotte. Et il est vrai qu'on retrouve dans ce texte, qui mêle roman de chevalerie, conte oriental et chanson de geste, des éléments du chef-d'œuvre de la littérature espagnole.

Ce pauvre chevalier Zifar est donc l'objet de l'intérêt du narrateur parce qu'il lui arrive quelque chose d'extraordinaire, une sorte de malédiction sur laquelle on s'interroge sans trouver de réponse : quel que soit le cheval qu'il monte, celui-ci meurt systématiquement au bout de dix jours. C'est le départ de son errance, de sa quête, de ses épreuves. Il y a dans ce livre, une part des « Mille et Une Nuits » et les prémices du roman picaresque. Il est de ceux dans lesquels on plonge en sachant qu'il nous accompagnera longtemps et, dès les premières pages, on s'en réjouit d'avance.

— Danièle HOURSIANGOU, Sud Ouest.

Les Soleils noirs de la chevalerie

Monsieur Toussaint Louverture nous offre un chef-d’œuvre du Moyen-âge castillan. Découverte d’une matière de Bretagne revisitée par un chevalier africain et qui, sous le soleil méditerranéen, prend des éclats neufs.

Zifar est un preux, un féroce combattant, serviteur loyal de Dieu et bon père de famille. Mais – ainsi naissent les histoires – il est aussi abominablement pauvre puisque par une étrange et burlesque malédiction, son cheval meurt sous lui tous les dix jours, le forçant à aller à pied comme un valet. Chevalier errant, Zifar l’est donc par nécessité là où les soudards d’Arthur enfourchaient, eux, leurs destriers pour le plaisir de l’aventure.

Le voilà donc lancé dans les contrées imaginaires ou réelles du Moyen Âge, à la recherche d’un pays où il puisse vivre en paix avec femme et enfants. Et peut-être même retrouver sa place, car Zifar, descendant d’une royauté déchue d’« Inde » est très probablement un héros Arabe : « Les histoires anciennes disent qu’il y a trois Indes : la première confine à la terre des Noirs. C’est l’Inde dont fut originaire le chevalier Zifar et souverain le Roi Tared ». Dans l’Espagne peu à peu reconquise, Zifar est même un héros pluriculturel et marqué par le syncrétisme mozarabe : né à Tolède, sous la plume d’un anonyme probablement juriste et lettré, qui l’aurait « traduit du Chaldéen », il incarne la rencontre fertile, durant les cinq siècles précédents, de la chrétienté, de l’islam, du judaïsme et de Byzance.

De toutes ces influences, le « conte » garde une trace très nette. En tant que récit de chevalerie, il s’avère éminemment composite, mélangeant les épisodes héroïques et les batailles aux petites fables allégoriques ou didactiques, digressant dans des sermons chrétiens, introduisant tour à tour des merveilles et des saynètes de farce, rappelant dans sa structure la trame et les entrelacs des récits enchâssés des Mille et une nuits. Fruit de généalogies littéraires diverses, le Zifar fait de chaque être rencontré par son héros le dépositaire d’une morale et d’une mémoire illustrées sous la forme d’un conte miniature, parfois avec un humour étonnant. Ainsi de la reine de Galapia, qui refuse de relâcher le fils de son ennemi, sans l’avoir épousé au préalable. Ou du serviteur de Zifar, qui raconte à un paysan comment une tornade l’a précipité dans son champ, a déterré les précieux légumes pour les souffler miraculeusement… au fond de son sac. Héros de la perte et de la dissémination là où la logique chevaleresque exigerait au contraire que l’on accrût progressivement son bien en même temps que son honneur, Zifar perdra en une journée ses deux fils, puis sa femme. Il lui faudra passer par la folie feinte, supporter les conseils d’un ribaud insolent quoique fidèle que l’on a souvent comparé à Sancho Pança (mais qui, autre originalité de ce texte, finira lui-même par devenir « Chevalier Ami »), déchoir socialement comme Lancelot pour enfin, parvenir à régner sur Menton au terme d’un parcours comprenant son inévitable et délicieux lot de combats à l’épée ou à la lance, d’interventions providentielles, de nefs magiquement menées à bon port, d’ermites avisés, de chevaliers orgueilleux, de belles dames et de pirates aux pensées douteuses. La perte, pour Zifar, n’est que les prémices d’un parcours qui mène à le rédemption. « Bienheureux est donc celui qui a su endurer avec patience toutes les pertes de ce monde », philosophe le chevalier à l’attention de son valet. Également tributaire du modèle hagiographique et en l’occurrence de la vie de Saint-Eustache, comme nous l’apprend une érudite et passionnante postface, le Livre du chevalier Zifar évoque un processus historique semblable à ce qu’avait fait en France, la Queste du Saint Graal, deux siècles après les écrits arthuriens de Chrétien de Troyes : il christianise et moralise les prouesses terrestres en empêchant leur héros d’en récolter le fruit en échange du salut. D’ailleurs Zifar ne survit pas à son couronnement. Sitôt proclamé roi de Menton, il devient pour le conte « Le chevalier de Dieu ». la disparition du patronyme est ainsi remplacée par le signe d’une sagesse infinie : le roi peut à sa guise, prodiguer à ses deux fils, et dans toute la seconde partie du récit, les conseils avisés d’un père, sous forme d’histoires morale et merveilleuses. Enfin, c’est sur les aventures de Roboam, cadet des deux princes que le récit se concentre, et sur les péripéties qui le conduiront, après bien des batailles, à devenir empereur de Tigride, c’est-à-dire de Mésopotamie.

L’auteur nous a d’emblée prévenus : voilà un récit conçu comme une noix. «Il présente au dehors une dure coquille ligneuse et cache son fruit à l’intérieur.» On aurait su dire mieux que l’auteur du Livre du chevalier Zifar pour évoquer la belle réalisation éditoriale de Monsieur Toussaint Louverture. Mis à part que ce gros grimoire à la reliure brune couverte de motifs cabalistiques dorés, très joliment illustré par Zeina Abirached, s’avère en plus aussi beau du dehors qu’il regorge à l’intérieur d’aventures passionnantes.

— Étienne LETERRIER, Le Matricule des Anges

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Inédit en France jusqu’à ce jour, le Livre du chevalier Zifar, roman de chevalerie écrit en castillan au XIVe siècle, vient d’être publié par les éditions Toussaint Louverture, paré du plus grand soin éditorial. Sa couverture de maroquin ornée de dorures qui évoquent les recueils de contes ou les fameuses éditions Hetzel des œuvres de Jules Verne, le géométrisme graphique de ses illustrations en noir et blanc, signées Zeina Abirached, et sa luxueuse typographie forment un écrin de cuir et de papier à la mesure du joyau de la littérature médiévale qu’il recèle.

Affublé d’une malédiction qui, régulièrement, le prive de sa monture, le chevalier Zifar, dont le nom arabe signifie « le voyageur », quitte sa ville avec femme et enfants en quête de sagesse et de perfection morale, et, humble pèlerin dévoué à la volonté de Dieu, se rend « où le mènent ses pas ». Ses pérégrinations sont semées d’embûches, plus rocambolesques les unes que les autres, et rythmées de rencontres fabuleuses : rois, chevaliers, princesses, animaux bavards se succèdent au gré de chausse trappes haletants ou de haltes dans des lieux enchanteurs.

Dans la troisième partie du récit, ce sont les aventures de Roboam, en tous points symétriques de celles de son père, qui nous sont contées. Comme lui, ce preux héros ne peut se résoudre à demeurer là où une vie confortable lui est pourtant assurée. « Quel honneur, demande-t-il, obtiendrais-je à jouir d’une vie tranquille dans votre royaume, si par mes oeuvres je ne gagnais pas une bonne renommée ? Le jour où je mourrai mourra tout le plaisir et tout le repos de ce monde, et je ne laisserais après moi rien dont les hommes pourraient me louer. » Le texte, qui entre autres matériaux, retravaille l’épopée homérique, fait de son héros un nouvel Achille, qui mettra aussi ses pas dans ceux d’Ulysse lorsque, au cours de son odyssée, il séjournera près d’un an dans l’empire des îles Dotées, lieu de toutes les séductions. Suivant des trajectoires parallèles, Zifar et Roboam commencent tous deux leur quête en volant au secours d’une jeune femme menacée, subissent tous deux des épreuves initiatique, et, séparés de leur bien-aimée, sont soumis à la tentation de l’oubli.

Le découpage en trois parties – datant d’un manuscrit de 1512 – met en évidence le thème essentiel du livre : la transmission. Entre les aventures du chevalier Zifar qui occupent la première partie et celles de son fils, dans la dernière, le legs de valeurs d’une génération à l’autre occupe la place médiane. La transmission de cette sagesse offre une philosophie pratique de l’existence en même temps qu’elle retrace l’histoire d’une famille, de l’ancêtre évoqué au début du livre, au descendant qui vient le clore. Elle est enfin le principe qui préside à la composition du livre lui-même : comme nous le montre le commentaire sur les contextes, un autre atout de cette édition, le Livre du chevalier Zifar puise à différentes sources, occidentales comme orientales, religieuses, philosophiques, littéraires et reflète cet idéal d’œcuménisme culturel qui régnait dans l’Espagne médiévale du XIVe siècle. À mi-chemin entre le roman de formation édifiant et la tradition hagiographique des fleurs de saints, le Livre du chevalier Zifar est un creuset où se rencontrent les traditions et, à l’image de ces histoires imbriquées qui rappellent les Mille et une nuits, le livre est un palimpseste que l’auteur confie à « ceux qui voudront l’amender ». De la couverture aux dernières pages, tout indique la jubilation avec laquelle éditeur, traducteur, illustratrice et essayiste ont travaillé à cette magnifique édition, jubilation communicative.

— Caroline PLICHON, Centre national du Livre.

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Désormais, aux côtés de ces héros de la littérature qui font rêver et même aimer la vie (Martin Eden, Don Quichotte...), il nous faut accueillir le chevalier Zifar. Zifar, âme noble éprise de justice, personnage aussi valeureux que naïf, sort du lourd sommeil dans lequel il était plongé, le pauvre, depuis la nuit des temps, ou presque... le début du XIVe siècle. Zifar ressuscite. Zifar nous comble. Ecrit en castillan par on ne sait qui, et jusqu'à présent inédit en France, le Livre du chevalier Zifar est un ovni précieux, un don du ciel (il était croyant !), un de ces romans monstres qui défient le temps, manient la belle langue et brassent tous les genres littéraires, du rocambolesque au fantastique, sans dédaigner la veine intime.

Zifar est frappé d'une malédiction terrible : tous les dix jours, son cheval meurt, il lui faut en changer, ce qui hélas coûte cher. Que peut un chevalier sans un canasson sur lequel guerroyer ? Zifar, couvert de honte d'être si pauvre, choisit l'exil... Avec femme et enfants, il s'en va tenter sa chance sous d'autres cieux, qui ne seront pas très cléments, pour le plus grand plaisir des lecteurs. Dans une narration effrénée, pétrie d'humour, l'auteur — brillant anonyme — mêle aventures et soif de vérité entre cultures orientale et occidentale. Et c'est comme s'il nous parlait de notre monde...

Cette publication a été concoctée par Monsieur Toussaint Louverture éditeur et sa bande d'amoureux de la belle ouvrage. Traduction, repères historiques, typographie, reliure et même dorures honorent ce roman. Le bon chevalier Zifar méritait bien cela.

— Martine LAVAL, Télérama.

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Imagine-t-on encore au XXIe siècle être séduit par des histoires de dames et chevaliers, de sagesse humaine et principes divins, de raison et justice ? Difficile de souscrire à cette recette quelque peu défraîchie par les âges et pourtant, un éditeur balaye nos certitudes avec la parution d'une fable médiévale datée du XIVe siècle. L'auteur anonyme, inscrit au panthéon des écrivains castillans, puise dans bien des registres littéraires : les modèles classiques n'étant pas encore établis, la prose mêle avec une insolente liberté, intrigue romanesque, gloses, philosophie morale, préceptes religieux, aventures, fantastique, roman d'apprentissage...

Il était une fois — n'ayons pas peur de la formule — un chevalier Zifar, époux de la vertueuse dame Grima, et père de deux enfants, Garfin et Roboam. Le grimoire rapporte comment la famille connut une existence épanouie après avoir traversé mille tribulations et supporté fléaux et malheurs. Un exemple : tous les dix jours, le cheval de Zifar décède sous l'emprise d'on ne sait quel mauvais sort. Les yeux se délectent à la lecture toute décalée des prouesses de notre héros.

Reste à savoir quel malin génie inspire Monsieur Louverture qui, depuis 2004, ne cesse de nous surprendre par la publication de surprenantes pépites...

— Aurélie JULIA, La Revue des Deux Mondes.

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Le Livre du chevalier Zifar, le premier roman d'aventures espagnol traduit en français

C'est un classique en Espagne, mais c'est une première en France. Jusqu'alors boudé par les éditions françaises, le premier roman d'aventures espagnol est enfin publié dans l'Hexagone. Un coup de force magistral que l'on doit à la maison d'édition Monsieur Toussaint Louverture. Et pourtant rien ne la prédestinait à ce type de projet. «Nous ne sommes pas des spécialistes de ce genre», confirme Dominique Bordes, le directeur. Porté par son goût du challenge, c'est d'une main de maître qu'il a mené à bien son défi : publier le Livre du chevalier Zifar en français.

«Ce livre est énorme. On ne le trouve nulle part.»

«Ce roman est hilarant, s'exclame Dominique Bordes, conquis. J'ai tellement ri que j'ai voulu le traduire». Ce n'est pas la seule raison. L'histoire est simple — Zifar part en quête de vérité et de justice malgré sa malédiction : son cheval meurt tous les dix jours —, et pourtant il est le livre précurseur de nombreux romans d'aventures de l'époque, même si son auteur est anonyme. Le Livre du chevalier Zifar est un inédit. Un argument qui n'est pas des moindres pour le directeur. «Ce livre est énorme. On ne le trouve nulle part.» Un monstre du genre peut-être, mais l'amadouer requiert du travail. Quatre ans de dur labeur. L'éditeur a mené une dure tâche, mais sa quête vers la perfection est accomplie. Il a embarqué avec lui une jeune dessinatrice, Zeina Abirached. Elle était sa garantie «d'une touche moderne pour un roman du XIVe». Novice dans le domaine de l'illustration, elle a été néanmoins immédiatement fascinée par le projet. «Je n'avais jamais dessiné de chevaux, de scènes de bataille avec autant de figurants. C'était très intéressant.» Son inspiration ? Elle l'a essentiellement tirée des oeuvres d'époque et des conseils de Dominique Bordes. Des démarches essentielles «pour éviter tout anachronisme». «Il faut respecter les codes tout en ajoutant sa touche personnelle», confie Zeina Abirached.

«Se tromper sur le sens d'un mot, c'est trahir le texte.»

Du côté de la traduction, le son de cloche est quelque peu différent. Fin connaisseur de l'espagnol et des moeurs de l'époque - il était enseignant de linguistique espagnole -, la traduction, c'est son dada : Jean-Marie Barberà a donc fait chemin à part. «Je n'ai pas eu besoin de faire appel à des spécialistes. Mes recherches, les textes de référence et ma formation ont suffi.» Pas toujours facile, il l'avoue. Neuf mois durant, ce spécialiste et traducteur s'est replongé dans l'histoire et la culture du XIVe siècle espagnol. Et surtout sur la langue : le castillan. "Il faut toujours rester vigilant face au piège, surtout lorsqu'il s'agit d'une ancienne langue. Se tromper sur le sens d'un mot, c'est trahir le texte." Inconcevable pour cet enseignant à la retraite. Finalement, malgré les obstacles, les compagnons du chevalier Zifar ont résisté. Ils sont arrivés au bout de leur quête...

— Suliane FAVENNEC, Le Point

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Dominique Bordes présente le Livre du chevalier Zifar

«J'ai voulu créer un livre très beau pour faire connaître un texte à découvrir absolument», raconte Dominique Bordes. Ce professionnel dont le métier est de concevoir des livres pour d'autres éditeurs a voulu se faire plaisir et faire plaisir au lecteur avec le Livre du chevalier Zifar, qu'il vient de publier dans sa maison d'édition toulousaine, indépendante, Monsieur Toussaint Louverture. «Mon métier, c'est l'édition, Monsieur Toussaint Louverture, c'est une maison d'édition à but non lucratif», annonce-t-il franchement : «J'ai choisi Toulouse où j'avais de la famille et que j'aime beaucoup. Je travaille maintenant à Bordeaux mais le siège de Monsieur Toussaint Louverture reste à Toulouse.»

Le Livre du chevalier Zifar est un très beau livre en faux cuir relié et marqué à chaud, richement illustré de planches pleine page en noir et blanc signées par l'artiste libanaise vivant en France, Zeina Abirached. Un texte écrit au XIVe siècle en castillan, peut-être par Ferrand Martinez, traduit pour la première fois en français par Jean-Marie Barberà, spécialiste de l'ouvrage, «dans un style fluide et contemporain, moderne mais rendant possible le travail universitaire», précise Dominique Bordes.

Ce roman de chevalerie qui fut, parait-il, livre de chevet de Cervantès, est un classique de la littérature espagnole. Évoquant le Cid et les premiers romans courtois contemporains français de Chrétien de Troye, ce récit d'aventures et de bataille, picaresque comme les aimait Don Quichotte, flirte aussi avec le fantastique, le roman d'apprentissage, et le traité moral, au ton vif et souvent ironique.

« C'est un roman métissé, mozarabe», s'anime l'éditeur, qui avoue : « J'ai passé trois ou quatre ans de ma vie sur cet ouvrage, autant ne pas se louper», justifiant ainsi la qualité d'édition de ce livre unique (avec ses nombreuses notes et son double marque-page en tissu) qu'il a voulu «total», un «livre de roi», à l'instar des deux manuscrits richement enluminés conservés à la Bibliothèque Nationale de paris et à la bibliothèque de Madrid. Deux ouvrages imprimés au XIVe siècle existent aussi. Un livre de roi à prix d'ami pour rendre l'œuvre la plus accessible possible.

— Philippe EMERY, La Dépêche.

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Le chevalier à la divine figure

Aventure chrétienne nourrie d’influences orientales, le Livre du chevalier Zifar est le premier roman de chevalerie écrit en castillan. Rythme, humour et merveilles.

Comme Don Quichotte, le chevalier Zifar entre en scène – victime dont ne sait quel enchantement. Chacun de ses chevaux meurt au bout de dix jours. Mésaventure qui parachève et aggrave toutes les autres. Le voici contraint de quitter son royaume, en quête d’une de ces « isles » merveilleuses qui scintilleront encore, près de trois siècles plus tard, dans l’imagination de Quichotte et de Sancho Pança : un territoire non forcément entouré d’eau ; les hommes ne peuvent se le représenter : à l’instar de Dieu, aucun langage ne saurait le borner.

Zifar, chevalier pauvre, devra donc voyager, comme son nom l’indiquait aux lecteurs lorsque ses aventures prirent forme vers la fin du treizième siècle à Tolède. « Zifar » vient de l’arabe et signifie « voyageur ». Sans doute l’inconnu qui mit en prose castillane et réinventa les tribulations du chevalier était-il issu de la tradition mozarabe : celles des chrétiens qui devaient faire allégeance aux chefs maures pour garder le droit de pratiquer leur religion. Dans l’essai qui accompagne cette traduction française (due à Jean-marie Barberà), Juan Manuel Cacho Blecua fait revivre le milieu des lettrés de Tolède, chrétien mais imprégné de culture orientale, qu’elle soit arabe, juive ou byzantine. On retrouve, bien sûr, dans le Livre du chevalier Zifar les codes du roman de chevalerie occidental tels qu’élaborés par la tradition d’Arthur et de la Table ronde. Mais le narrateur – bien qu’il entende offrir un exemplaire roman de formation politique et spirituel – ne se prive pas de ses autres sources. On aura des batailles, mais aussi bien des épisodes chers aux auteurs grecs ou des enchantements dont les Maures n’étaient pas avares. Sans compter les inévitables pirates. Il suffit de savoir que Zifar l’errant surmontera les épreuves que la Providence sème sur sa route pour enfin devenir roi, digne du sage Salomon, « chevalier de Dieu ». Les rebondissements ne cessent pas pour autant. Son fils Roboam décide en effet de ne pas se contenter d’être « fils de ». Il part à son tour en quête d’un royaume. Non sans joies et peines il deviendra empereur, épousant l’Infante Seringa, qui vaut bien en perfection la Dulcinée du Toboso de Quichotte.

Aux côtés de Zifar se trouve un « ribaud » : un homme de rien qui se haussera, peu à peu, au rang de « Chevalier Ami » puis de comte. On pense à Sancho Pança ; c’est le contraire : loin d’incarner roublardise finaude et bon sens, le ribaud se confond à l’idéal de Zifar. Cervantès ne cite pas ces aventures mais il devait les connaître : son chef-d’œuvre en est le miroir inversé. Produit par un éditeur toulousain, ce beau livre fait l’objet d’une fabrication attentive. Outre sa reliure, il offre une série d’illustrations qui transposent, sans les pasticher, les lois de la miniature. Quitte à redescendre sur terre, signalons que le rapport qualité/prix est excellent.

— Jean-Maurice de MONTREMY, Livres Hebdo

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Mais où vont-ils s’arrêter chez Monsieur Toussaint Louverture ? Ils surprennent et séduisent en nous faisant découvrir des textes improbables aujourd’hui, dans un habillage qui nous font cueillir les livres avec émotion et respect. Tout cela pour "un excellent rapport qualité/prix", comme on dit de nos jours...

Roman de Chevalerie, d’un anonyme castillan du XIVe siècle, les aventures du chevalier Zifar nous plongent dans la source de l’imaginaire médiéval espagnol, où fantastisque et religion, fantasmes et peurs, contes et apprentissages se mêlent et bouillonnent. On pense bien sûr à Don Quichotte qui l’a suivi au XVIIe siècle et à nos chansons de geste mais la traduction de Jean-Marie Barberà en rend la lecture aisée et gourmande. Comment ne pas être fasciné par les déboires du chevalier dont le destrier meurt tous les dix jours, par les conquêtes et les batailles, les gentes dames et les séduisantes diablesses. Honneur et vertu sont au rendez-vous dans un monde que nous vous engageons à découvrir...

La lecture de Zifar est un bain de jouvence ! Un magnifique ouvrage et une parfaite réalisation. Ci-dessous une illustration de Zeina Abichared et le manuscrit original du Chevalier Zifar.

Patrick FRÊCHE, Initiales.

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« On appelle Paradis terrestre (…) les Îles Fortunées, parce qu'on ne peut y accéder (…). »
Livre du chevalier Zifar
, p. 409

Le Livre du chevalier Zifar a été écrit à Tolède, en castillan, dans les premières années du XIVe siècle. C'est l'un des premiers romans de chevalerie de la littérature hispanique. C'est également le fruit d'un harmonieux brassage d'influences, qui mêle l'héritage de l'antiquité gréco-romaine, la tradition chrétienne, la matière de Bretagne, les cultures orientales — arabe, perse, byzantine, juive. Deux manuscrits tardifs subsistent, l'un conservé à Madrid (Biblioteca nacional de España, ms. 11309, XIV s.), l'autre à Paris (Bibliothèque nationale de France, ms. Esp. 36, XV s.) ; la première édition imprimée date de 1512 (Séville : Jacobo Cromberger).

L'œuvre est découpée en trois grandes parties. La première relate l'errance du chevalier Zifar — le voyageur — et de sa famille, puis son accession au trône du royaume de Menton ; la seconde réunit les enseignements prodigués par le roi à ses fils Garfin et Roboam ; la troisième rapporte les aventures du cadet Roboam.

Au seuil de la troisième partie, alors que le fils aîné de Zifar se voit confier l'héritage paternel, Roboam part, comme avant lui son père, à la conquête du monde. Cette errance est marquée, à mi-parcours, par un bref séjour insulaire où sont clairement posées les limites de l'ambition humaine. Entraîné par une inéluctable péripétie, Roboam aborde aux Îles Dotées (Ínsulas Dotadas). Le caractère insulaire du lieu n'est pas autrement précisé ni développé, et le positionnement géographique succinct renvoie au monde de Ptolomée. L'auteur décrit avec profusion la perfection des Îles Dotées, évoquant avec insistance la proximité du Paradis terrestre. Là, Roboam fait l'amère expérience d'un monde idéal qui se refuse, exprimant par défaut l'empreinte d'un modèle que révéleront deux siècles plus tard Thomas More et les autres constructeurs d'utopies philosophiques et littéraires.

La traduction de Jean-Marie Barberá maintient un bel équilibre entre respect du style en usage au temps de l'auteur et attentes du lecteur contemporain ; fidèles à l'esprit des enluminures médiévales, les illustrations de Zeina Abirached accompagnent subtilement le texte ; quant à la postface de Juan Manuel Cacho Blueca, spécialiste de la littérature médiévale espagnole, elle éclaire savamment les contextes socio-historique et littéraire du Livre du chevalier Zifar, sa généalogie, sa construction et son influence.

— Jacques BAYLE-OTTENHEIM,
La Bibliothèque Insulaire

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C’est le genre de livre qui a rendu fou l’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche, ce fameux genre du roman de chevalerie. Le Livre du chevalier Zifar, également intitulé Livre du Chevalier de Dieu, en est un des premiers, composé en langue castillane au début du XIVe siècle ; malheureusement, nous ne connaissons ni l’auteur ni ne possédons le manuscrit original : tout ce qui reste aujourd’hui sont le manuscrit de Madrid, du XVe siècle, conservé à la Biblioteca Nacional de Madrid, le manuscrit de Paris conservé à la BnF, daté de la fin du XVe siècle et superbement enluminé, ainsi qu’une édition imprimée, dite version de Séville, de 1512. Comme on peut le constater, il n’existe plus d’exemplaires de l’époque de sa première parution, et c’est sur la base des matériaux les plus anciens que Jean-Marie Barberá, docteur ès lettres, linguiste et maître de conférences en espagnol – rappelé de sa tranquille retraite –, s’attela pour quatre années au travail minutieux et titanesque que fut la traduction de cet ouvrage.

(Je me permets ici d’introduire un parallèle avec la nouvelle traduction extraordinaire par Guy Jouvet du classique anglais La Vie et les Opinions de Tristram Shandy, de Laurence Sterne – dont on connaît la dette envers Cervantès –, fruit délicieux de quinze années (!) de travail, aux éditions Tristram. Traducteur est un métier ingrat, – trop – souvent relégué dans l’ombre des auteurs. Je salue leur volonté, leur acharnement à nous délivrer la connaissance produite par des individus vivant au-delà des frontières des langues.)

L’histoire est la suivante : le chevalier Zifar est frappé d’une malédiction handicapante, celle qui veut qu’un cheval monté par messire meure au bout de dix jours. Son seigneur l’ayant pris en grippe pour cette tare à l’origine indéterminée, notre bon chevalier décide en concertation avec son épouse Grima de vendre tous leurs biens et de partir sur les routes, loin, pour rebâtir une autre vie. Après l’épisode d’un siège brillamment rompu par notre héros, la famille arrive dans un port. Mais alors, les catastrophes s’enchaînent : Garfin, l’aîné des deux enfants est emporté par une lionne ; le second garçon, Roboam, se perd dans la ville du port en suivant sa mère ; elle-même, accablée de chagrin tout en se remettant aux mains de Dieu, est bientôt enlevée par des pirates dans le but avoué de la bafouer… Et voilà notre brave Zifar sur le rivage, sa famille dispersée aux quatre vents mauvais, ne sachant que faire ; mais Dieu veille.

Beati immaculi in via qui ambulant in lege domini. « Heureux ceux qui sont intègres dans leur voie, qui marchent selon la loi de l’Éternel. » (page 78)

Le Livre du chevalier Zifar est, pour être plus précis, davantage qu’un roman de chevalerie. Il puise dans divers genres qui sont en vogue à l’époque, par exemple le roman courtois – le Livre est d’ailleurs contemporain d’Amadis de Gaule –, la matière de Bretagne – relative aux légendes arthuriennes –, mais plus encore, clairement inspiré du texte hagiographique de Saint Eustache. Il ne faut pas mettre de côté les influences occidentales et orientales qui sous-tendent subtilement le récit, influences qui se syncrétisaient à l’époque en Espagne, lorsqu’une partie de la péninsule ibérique vivait sous le régime du califat de Cordoue. Zifar, le nom en lui-même dérive de l’arabe msáfer qui signifie « voyageur », et dans cette aventure, on lui trouverait difficilement un nom plus approprié. En outre, l’œuvre fut probablement écrite à Tolède, ville considérée comme pacifique et tolérante par les communautés chrétienne, musulmane et juive.

Le voyageur en question s’arrête au royaume de Menton, dont au terme d’aventures il devient le roi. Commence la deuxième partie du livre, qui en compte trois, un manuel d’éducation pour les chevaliers et les hommes en général que délivre Zifar à ses deux garçons en un long monologue, agrémenté de paraboles et d’histoires, sous la bienveillance des préceptes divins. Ces deux jeunes gens étant des canons de probité, il leur est tout naturel de suivre les recommandations paternelles.

Car le Chevalier de Dieu est impitoyable. Qui ne se soumet pas à l’exigence divine est contre lui – plutôt contre Lui –, et doit subir le châtiment qu’il mérite ; le peu de considération d’autrui de l’époque affleure, qui dénote avec le royaume idéalisé de Menton, où tout le monde est censé prospérer.

« …Afin que vous ne contaminiez pas de votre trahison quelque autre contrée, je ne veux pas vous bannir de mon royaume, mais j’ordonne que l’on vous arrache la langue par le cou pour les laides paroles que vous avez proférées contre moi, et que l’on vous décapite, puisque vous avez pris la tête de ceux qui ont couru toutes mes terres. J’ordonne en outre que l’on vous brûle et réduise en cendres pour le feu et sang que vous y avez répandus. Et pour que ni les chiens ni les oiseaux ni aucun autre animal ne vous mangent, car ils seraient contaminés par votre trahison, j’ordonne que l’on prenne vos cendres et qu’on les jette dans le grand lac situé au bout de mon royaume, appelé « le Lac Sulfureux », où il n’y a jamais eu de poisson ni de bête ni rien de vivant au monde, car je crois bien que ce lieu a été maudit de Dieu et de ses saints, puisque, selon ce que l’on m’a laissé entendre, il sert de sépulture à l’un de vos bisaïeuls qui est tombé dans une autre trahison, tout comme vous. Disparaissez de devant mes yeux, et que Dieu ne vous tire jamais de ces eaux ! » (Page 205)

La troisième partie est consacrée au puîné Roboam – la primogéniture ne laissant pas le choix du successeur à la tête du royaume de Menton – qui s’en va lui aussi au devant d’aventures, qui le mèneront à un degré de reconnaissance plus élevé que Zifar son père. Ce qui frappe, c’est le sentiment de voir le fils reprendre le flambeau du père, de partir sur la route et d’achever glorieusement ce que le pater familias avait commencé. De nombreux historiens ont vu cette troisième partie comme une version double de la première partie, avec le pilier central du manuel à l’intention des princes. Je dirais pour ma part qu’étant donné que l’on ne connaît pas la jeunesse de Zifar ni l’éducation qu’il reçut, somme toute bonne pour l’époque vu l’échelle sociale qu’il atteint, les préceptes de la seconde partie appliqués à Roboam confortent ce manuel et les préceptes inclus. On pourrait établir une lointaine analogie avec les Mémoires de Louis XIV pour l’instruction du Dauphin. Le Livre du chevalier Zifar était clairement un ouvrage-modèle devant être transmis.

Et c’est une heureuse transmission que nous délivrent les éditions Monsieur Toussaint Louverture : un livre médiéval de haute tenue, un document agréable à prendre en main et à feuilleter, contenant la préface de l’édition de Séville, une postface sur les contextes de l’œuvre par Juan Manuel Cacho Blecua, une traduction fluide et très plaisante, des illustrations de Zeina Abirached se fondant discrètement dans le texte… Une excellente surprise et une édition à part entière !

— Yohann, A.S. Bib.-Méd.-Pat.

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Les éditions Monsieur Toussaint Louverture, qui n’en ont décidément pas fini de nous étonner, nous offrent pour ces fêtes de fin d’année rien de moins qu’un grand classique, inédit de surcroît, du roman de chevalerie. Premier roman du genre à avoir été écrit et conservé en castillan, le Livre du chevalier Zifar est un texte riche et dense. Il nous entraîne à toute allure, entre aventures et batailles, fantastique et ironie, apprentissages et traités moralistes, sur les chemins sinueux de ce brave chevalier maudit, contraint quoiqu’il fasse d’assister tous les dix jours à la perte de son cheval. Admirablement traduit en français contemporain par Jean-Marie Barberà et subtilement illustré par Zeina Abirached, ce joyau de la littérature du XIVe siècle nous est serti dans une sublime reliure et sur papier ivoire, comme s’il avait sans encombre traversé les siècles. Ce très beau livre du chevalier Zifar mérite sans conteste sa place au pied de nos sapins.

— Daniel BERLAND, Pages des libraires.

 

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