Brefs extraits du Livre du chevalier Zifar

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Personne ne gagne de Jack Black
débarque en librairie !

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B R E F S   E X T R A I T S   D U
L I V R E   D U   C H E V A L I E R   Z I F A R
L E
   R I B A U D   E T   L E S   N A V E T S

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Ils marchèrent alertement ce jour-là, jusqu’à arriver à un petit bourg qui se trouvait à une demi-lieue du camp de l’armée. Avant d’entrer dans le bourg, le chevalier aperçut dans un val un fort beau jardin potager. Y voyant un très grand champ de navets, il dit au ribaud:

«Ah, mon ami, je mangerais volontiers de ces navets ce soir s’il se trouvait quelqu’un qui sût les préparer! 

— Monsieur, répondit le ribaud, je vous les cuisinerai; je sais très bien les accommoder.»

Ils arrivèrent dans une auberge, où le ribaud laissa le chevalier et il gagna le potager, un sac jeté sur l’épaule. Trouvant la porte fermée, il escalada le mur d’enceinte et sauta à l’intérieur. Il se mit à arracher des navets, enfournant les plus beaux dans son sac. Sur ces entrefaites, le maître du jardin potager ouvrit la porte et entra. En découvrant le ribaud, il se dirigea vers lui et lui dit:

«Messire voleur, vaurien, canaille, vous allez venir à l’instant même avec moi, prisonnier, devant les juges, et ils vous infligeront la peine que vous méritez pour vous être introduit en sautant le mur afin de voler mes navets! 

— Ah, Monsieur, implora le ribaud, Dieu vous bénisse, ne faites pas cela, je suis entré ici de force!»

Le propriétaire du potager s’étonna: «Comment cela, de force? Je ne vois rien chez vous qui me laisse penser que l’on puisse vous obliger à quoi que ce soit, si ce n’est votre propre scélératesse!»

Le ribaud répondit: «Ah, Monsieur, je passais sur ce chemin, lorsque s’est levé un tourbillon de vent si fort qu’il m’a soulevé de terre par la force et m’a jeté dans ce jardin! 

— Et qui donc a arraché ces navets?» demanda le maître du potager.

Le ribaud poursuivit: «Le vent était si violent et si fort qu’il me soulevait de terre et, craignant qu’il ne me précipite dans quelque affreux endroit, je me suis agrippé aux feuilles des navets, qui se sont venus avec moi! 

— Et qui donc a mis les navets dans ce sac? poursuivit le maraîcher.

— Alors là, Monsieur, vous m’en voyez fort étonné! 

— Ton étonnement, conclut le maître du potager, montre bien que tu n’y es pour rien, et je te pardonne pour cette fois. 

— Ah, Monsieur, souligna le ribaud, est-il besoin de pardonner celui qui n’est pas coupable? Vous feriez mieux de me laisser emporter ces navets pour la peine que j’ai eue de les arracher, même si ça a été contre ma volonté et contraint par cette bourrasque. 

— J’y consens, répondit le maraîcher, puisque tu t’es si bien défendu avec de si beaux mensonges; prends les navets et décampe. Et garde-toi à l’avenir de recommencer, autrement tu le paieras très cher!»

Le ribaud prit aussitôt le large avec ses navets, fort heureux d’avoir pu s’en tirer à si bon compte. Il les cuisina excellemment avec de la bonne viande salée qu’il put acheter. Il fit manger le chevalier et mangea lui-même. Après le repas, le ribaud raconta tout ce qui lui était arrivé en allant arracher les navets.

«Mon ami, dit le chevalier, tu as eu de la chance de t’en tirer comme ça, car dans ce pays la justice est implacable. Je vois bien maintenant que ce que dit le sage est vrai: parfois le mensonge porte préjudice et parfois on en tire avantage grâce à de belles paroles. Mais, garde-toi de mentir, mon ami, car il est rare que l’on se tire sans dommage d’une aventure dont tu as su si bien te sortir, et seul ton aplomb t’a sauvé. 

— Ça oui, répondit le ribaud, dorénavant j’aimerais mieux un denier plutôt que d’agir par fourberie, car maintenant tous les gens connaissent les ruses et les fraudes. Le maître du potager m’a laissé partir par bienveillance; il m’a percé tout de suite et a compris que je voulais l’abuser. Nul ne doit plus se leurrer: dès leur naissance, les hommes d’aujourd’hui sont éclairés, et plus en mal qu’en bien. Plus personne, aussi malin soit-il, ne peut tromper son voisin, même si parfois ce dernier ne veut pas répondre ni faire voir qu’il l’a percé à jour. S’il agit ainsi, c’est pour couvrir son ami ou son seigneur, qui ment et veut l’abuser, et non parce qu’il n’a pas compris ou n’aurait pas la réponse appropriée. La fourberie rapporte peu à celui qui s’y livre, car personne n’est dupe.»

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E