W A T E R S H I P   D O W N
R I C H A R D   A D A M S
« Avant Harry Potter, il y avait Watership Down, de Richard Adams, l’un des plus grands classiques et best-sellers de tous les temps. »
BBC

C’est dans les fourrés de collines verdoyantes et idylliques que se terrent parfois les plus terrifiantes menaces. C’est là aussi que va se dérouler cette vibrante odyssée de courage, de loyauté et de survie.

Menés par le valeureux Hazel et le surprenant Fyveer, une poignée de braves choisit de fuir l’inéluctable destruction de leur foyer. Prémonitions, malices et légendes vont guider ces héros face aux mille ennemis qui les guettent, et leur permettront peut-être de franchir les épreuves qui les séparent de leur terre promise, Watership Down. Mais l’aventure s’arrêtera-t-elle vraiment là ?

Aimé et partagé par des millions de lecteurs à travers le monde, l’envoûtant roman de Richard Adams fait partie de ces récits mythiques et hors du temps, une épopée sombre et violente, néanmoins parcourue d’espoir et de poésie. Vous sentirez le sang versé. Vous tremblerez face aux dangers. Vous craindrez la mort. Et, par dessus tout, vous ressentirez l’irrépressible désir de savoir ce qui va se passer.

Richard Adams a vingt ans lorsqu’il est mobilisé pour la Seconde guerre Mondiale. Diplômé d’Oxford à son retour, il sera le bras droit du ministre de l’Agriculture jusqu’au spectaculaire succès de son premier roman, Watership Down, vendu à plus de 50 millions d’exemplaires. Désormais auteur d’une quinzaine d’ouvrages, admirateur de Kipling et Shakespeare, son style soigné, ses images poétiques et son talent pour le suspense font de lui l’un des écrivains britanniques les plus lus au monde.

Couverture de Watership Down

WATERSHIP DOWN
de RICHARD ADAMS


Traduit de l’anglais
par Pierre Clinquart
& Monsieur Toussaint Louverture
544 pages – 21,90 euros

COURTE BIOGRAPHIE
DE RICHARD ADAMS
PAR MAUREEN DOMINÉ

Richard George Adams est né le 9 mai 1920 à Newbury dans le sud de l’Angleterre. Fils d’un médecin, il est le dernier de trois enfants et passe ses journées à lire et à vagabonder dans le jardin ou les collines avoisinantes en s’imaginant chef d’un pays imaginaire. Après avoir fréquenté des écoles du Berkshire, il intègre l’université de Worcester à Oxford où il étudie l’histoire.

Il a 19 ans quand la Seconde Guerre mondiale éclate. Il rejoint la première division aéroportée de la Royal Air Force et après six ans de service en tant que parachutiste durant lesquelles il combat en Palestine, en Europe et en Extrême Orient, il est démobilisé et reprend ses études. Son diplôme obtenu, il se marie et intègre le ministère de l’agriculture en tant que bras droit du ministre. Il se fait remarquer quand il réussit à faire signer une loi contre la pollution de l’air en 1968.

Pendant 25 ans, il vit et travaille à Londres et lit avidement, notamment des classiques. C’est pendant un trajet vers Stratford-on-Avon, la ville de Shakespeare, que Richard Adams ébauche Watership Down. Il lui faudra deux ans pour l’écrire. Richard Adams décide d’envoyer son manuscrit à plusieurs éditeurs et agents. Déçu qu’aucun n’accepte de publier son travail, il ne peut se résoudre à retourner chez eux pour récupérer ses manuscrits et envoie sa femme, Elizabeth. Après 13 refus, Richard Adams présente finalement son manuscrit à Rex Collings, un petit éditeur londonien qui accepte. Richard Adams était tellement attaché à ses protagonistes qu’il voulait que le roman s’intitule Hazel et Fyveer. L’éditeur en a décidé autrement et a préféré rendre hommage au lieu où se déroule cette grande aventure.

Le premier tirage ne s’élevait qu’à 2500 exemplaires. Collings n’avait pas d’argent mais savait défendre son travail auprès des journalistes. Les critiques sont élogieuses et le succès est immédiat. La première année, le roman se vend à plus d’un million d’exemplaires en Angleterre, restant plus de 70 semaines en têtes des listes des meilleures ventes du Sunday Times, et lorsque, deux ans plus tard, il est publié aux États-Unis, le succès est instantané. Richard Adams remporte la prestigieuse médaille Carnegie et l'un des prix du Guardian. En 1975, il est fait membre de la Royal Society of Literature. Watership Down est porté à l’écran, dans un film, plusieurs séries et même sur scène. Très vite, le roman devient un trésor qui se transmet de génération et génération.

« Fuite d’un désastre, recherche d’un nouveau foyer, libération et autodétermination, autant de thèmes qui résonnent en chacun. »
WAITING4

Aujourd’hui, Watership Down a atteint les 50 millions d’exemplaires vendus dans le monde entier et est traduit en plus de 25 langues, se classant parmi les 25 livres les plus vendus au monde. Il a rapporté à Adams plus que tous ses autres écrits réunis. L’auteur avoue ne pas être la même personne depuis le succès de son premier roman et, encore aujourd’hui, en reste surpris. Loin de le rendre prétentieux, la reconnaissance de son travail lui prouve qu’il a des talents de conteur et l’incite à continuer dans cette voie.

De nombreuses suppositions quant au message sous-jacent de Watership Down ont été exprimées mais Richard Adams insiste, il faut prendre ce roman pour ce qu’il est, une histoire, « une rudement bonne histoire ».

Richard Adams entreprend l’écriture de son deuxième roman, Shardik (inédit en français) avant même d’avoir trouvé un éditeur pour Watership Down, et tout en continuant à travailler pour le gouvernement. Dans ce roman, Kelderek chasse Shardik, un ours géant qu’il pense être l’incarnation de la puissance de Dieu. La réception a été positive mais moins acclamée que Watership Down. Le public s’attendait à retrouver les héros du premier roman et n’a pas su voir la qualité de ce livre. Richard Adams a acquis une plus grande aisance dans l’acte d’écriture. En 1977, il publie The Plague Dogs (Les Chiens de la peste). Les protagonistes s’échappent d’un laboratoire d’expérimentations et découvrent la vie en liberté qui peut s’avérer plus cruelle que la vie en captivité.

Ce n’est qu’en 1996 et après avoir écrit 15 autres livres que Richard Adams offre à ses fans un retour dans les collines verdoyantes avec Tales of Watership Down (inédit en français), un recueil de 19 nouvelles qui mettent en scène les protagonistes de son premier livre et introduisent cinq nouveaux personnages ainsi que des légendes inédites.

Son dernier roman, paru en 2006, Daniel, raconte la vie d’un jeune garçon dans une plantation aux États-Unis jusqu’à ce qu’un évènement vienne changer sa condition et l'entraîne dans un périple qui le confrontera à la traite des esclaves. Richard Adams a produit plus de vingt travaux dont des romans, de la poésie et de la non-fiction avec notamment Voyage through the Antarctic qu’il a coécrit avec son ami l’ornithologue Ronald Lockley décédé en 2000.

Aujourd’hui, Richard Adams est âgé de 96 ans et vit avec sa femme à quelques kilomètres seulement de là où il est né et du lieu qui lui a inspiré Watership Down. Il s’investit dans la lutte pour l’écologie et la protection de l’environnement.

Couverture

WATERSHIP DOWN
de Richard ADAMS

« Une civilisation cohérente, compréhensible, et complètement enchanteresse. »
Newsweek

LE PARRAIN DE
HARRY POTTER
PAR S.F. SAID

Bien avant Star Wars, il y a eu Richard Adams et Watership Down.

Watership Down a été publié en novembre 1972. Cela fait trente ans aujourd’hui, mais le succès n’a jamais semblé aussi évident. Après ça, il aura fallu attendre cinq ans pour que Star Wars voie le jour et plusieurs décennies pour Harry Potter et la saga de Philip Pullman. Ce que ces œuvres ont provoqué, c’est Richard Adams qui en a été le précurseur.

Watership Down était déjà un de ces hybrides de la pop-culture : un livre qui a captivé grands et moins grands à une si grande échelle qu’il fait désormais partie de l’histoire de l’édition.

Avec son épopée – semblable à L’Énéide mais avec des lapins –, il a su déceler l’intérêt du public pour les récits grandioses et mythiques : ce même intérêt qui remplit désormais les salles de cinéma et permet aux auteurs tels que Philip Pullman de se voir récompensé du Whitbread Prize. À une époque où les narrations simples font fureur, la prose saisissante de Richard Adams parait plus fascinante que jamais.

Tout a commencé en 1966 lors d’un trajet pour Stratford-on-Avon. « Mes filles m’ont demandé de leur raconter une grande histoire, qu’elles n’avaient encore jamais entendue », se souvient Adams, qui a désormais 82 ans. « J’ai commencé à improviser un histoire de lapins au fur et à mesure. La première chose qui me soit venue à l’esprit, c’est un passage d’Agamemnon d’Eschyle, lorsque Cassandre est en-dehors du palais avec le chœur, et qu’elle voit le palais se couvrir de sang. Je suis parti de là et j’ai continué. »

Le résultat final, des millions de personnes le connaissent. Le héros est un lapin plein de ressources nommé Hazel. Poussé par les visions de son frère Fyveer, il emmène un groupe de lapins loin de leur garenne natale, promise à la destruction, et ensemble ils affrontent mille dangers pour enfin trouver leur nouveau foyer, Watership Down.

Adams n’avait jamais écrit auparavant. Après avoir servi au Moyen-Orient et en Europe durant la Seconde guerre mondiale, il est devenu fonctionnaire au ministère de l’agriculture. Mais les lapins ont éveillé quelque chose en lui. Encouragé par ses filles, il a passé les deux années suivantes à écrire leur histoire.

« Je rentrais du travail et j’écrivais jusqu’à l’heure du coucher. Quand ça venait bien, je continuais jusque bien après minuit – parfois jusqu’à deux heures du matin ou même plus tard encore. C’est comme si une sorte de démon au fond de moi murmurait : “Allez, encore une heure et tu auras quelque chose qui vaut la peine.” »

Le résultat est bien loin des contes tout doux. C’était un travail ambitieux avec des racines antiques car Adams y a insufflé tout ce que son éducation classique lui avait appris, débutant chaque chapitre par un épigraphe sélectionné parmi les lectures qui ont formé ses sensibilités littéraires : Shakespeare, la tragédie grecque, la Bible…

« J’étais dans une école très vieux-jeu, explique-t-il. À l’époque, l’éducation était celle de l’époque victorienne, classique – on faisait du grec et du latin jusqu’à ce que ça nous sorte par les yeux. »

Ce contexte a donné au livre le poids et la résonance d’un classique, plus dans la lignée de l’épopée d’Homère que dans celle des fables d’Ésope. Inspiré du pouvoir des récits qui ont survécu depuis des millénaires, Watership Down a en commun avec eux leur profondeur intemporelle.

C’est très clair dans les contes entremêlés dans le livre : les histoires que les lapins se racontent à propos de leur ancêtre légendaire Shraavilshâ. Adams rend hommage au texte phare de l’anthropologiste Joseph Campbell : Le Héros aux mille visages qui lui a inspiré sa mythologie lapine.

« Watership Down est étroitement modelé sur les idées du Héros, je l’ai acheté à sa sortie en 1949 et je l’ai lu deux fois d’une traite. J’ai beaucoup conversé avec lui; l’une des choses les plus satisfaisantes de ma vie est mon amitié avec Joseph Campbell. »

C’est un point crucial, car Campbell – qui a identifié les mythes présents dans le monde entier sous différentes formes – était l’un des intellectuels les plus influents du XXe siècle. Il a également été le mentor de George Lucas, qui a basé Star Wars sur ses idées. Une des rencontres les plus fascinantes dans l’histoire culturelle a eu lieu lors de l’anniversaire de Campbell pour ses 80 ans à New York, quand Adams et Lucas, responsable de deux des plus grands phénomènes des années 1970 ont été invités à discuter.

Si Joseph Campbell et les classiques étaient ses principales sources d’inspiration littéraires, Adams a aussi déversé ses expériences de la guerre dans Watership Down. Hazel, le chef sans prétention est basé sur son officier commandant, le Major John Gifford (« Il disait presque toujours s’il te plait quand il donnait un ordre ») alors que Bigwig, le guerrier haut en couleurs s’inspire d’« un fou d’irlandais », le Capitaine Paddy Kavanagh.

Un des passages les plus émouvants du roman montre Hazel et Bigwig portés en héros par les jeunes générations, contrastant grandement avec le destin du mythique Shraavilshâ qui sauve sa garenne à grand prix, seulement pour voir, en rentrant chez lui, que plus personne ne s’intéresse à son sacrifice.

« En finissant cette histoire, je me suis rappelé quand les anciens soldats de retour du front, moi y compris, ressentaient parfois le besoin de parler de la guerre, mais que personne ne voulait les écouter. Je me souviens avoir rencontré un enfant en 1946 qui n’avait jamais entendu parler d’El-Alamein. Alors je me suis un peu défoulé ici. »

Il est difficile d’imaginer un monde sans Watership Down, et pourtant, il a failli ne pas être publié.

« Subtil et puissant à la fois. Du suspense et des moments d’une grande beauté. »
Michigan Weekly

Le roman a été refusé par 4 éditeurs et 3 agents. Ils disaient tous la même chose: les adultes ne voudraient pas le lire parce que ça parle de lapins, et les plus jeunes ne l’aimeraient pas parce que l’écriture est trop adulte. « Je disais : “Mais je n’avais pas l’intention d’écrire un livre pour enfants ! Qui parle de livres pour enfants ? C’est un livre, point.” »

Finalement, le roman a été accepté par Rex Collings, un petit éditeur qui a fait paraitre 2500 exemplaires. « Alors les critiques ont commencé, se remémore Adams : “J’avais les larmes aux yeux en les lisant, je pouvais à peine supporter de les lire.”  » Les 2500 exemplaires ont été écoulés immédiatement.

Depuis, il s’est vendu à 50 millions d’exemplaires dans le monde dont 5 millions en Angleterre seulement ; et il s’en vend encore un demi million par an.

Ce succès a conforté la conviction d’Adams que ce n’est pas qu’un livre pour enfants mais un livre pour tout le monde. Son deuxième roman, Shardik, parle des adorateurs d’un ours géant. Il est dense, plus difficile. Les Chiens de la peste comprend une accusation des expériences sur les animaux. The Girl in a swing est une histoire de fantômes érotique. Ce ne sont pas des livres pour tout le monde, et définitivement pas pour les enfants – mais que pense-t-il des célébrités d’aujourd’hui qui ont suivi ses pas ? Il s’avère que même s’il a apprécié les deux premiers tomes de la trilogie de Pullman, il n’a jamais lu les Harry Potter de J.K. Rowling.

« J’aurais dû, n’est-ce pas ? Je n’ai pas vraiment eu le temps de lire Harry Potter, mais je ne souhaite que du bonheur à cette dame. »

Rowling et Pullman, ainsi que nous tous, devrions également ne souhaiter que du bonheur à Richard Adams, car ce qu’il a réalisé il y a trente ans est quelque chose de vraiment exceptionnel. Si cette flamme est toujours aussi vive, peut-être ne s’éteindra-t-elle jamais.

Couverture

WATERSHIP DOWN
de Richard ADAMS

« Une histoire de migration, de bon sens, de loyauté et de survie. »
Times

WATERSHIP DOWN
À ZOMBIELAND
PAR DOUG GOODMAN

La ressemblance entre lapins et zombies n’est pas frappante à première vue. (D’ailleurs, à quand un film sur les lapins zombies ?) Ce n’est qu’après avoir lu la moitié de Watership Down que cette évidence m’a frappé comme un mort-vivant surgissant de nulle part : The Walking Dead, c’est simplement Watership Down avec des zombies !

Avant de comparer ces deux œuvres, il faut préciser que Watership Down ressemble plus à L’Odyssée d’Homère qu’aux aventures de Pierre Lapin. Ce roman est une véritable épopée narrant le périple d’un peuple qui se soulève contre des tyrans pour fonder leur propre société.

The Walking Dead montre comment survivre au jour le jour dans un monde extrêmement cruel et… réaliste. Réaliste n’est probablement pas le premier mot qui vient à l’esprit pour décrire un film de zombie, mais cette notion est importante. Une fois qu’on se dégage de l’idée de morts-vivants errant sur la Terre, l’intrigue s’inscrit en fait dans la tradition des histoires de survie.

C’est cet aspect qui rend Watership Down et The Walking Dead si semblables. Comme Rick Grimes et sa famille, Hazel et ses compagnons sont à la recherche d’un endroit qu’ils pourront appeler leur chez eux, dans le monde réel. Richard Adams s’est inspiré de La vie secrète des Lapins du naturaliste Robert Lockley pour écrire son histoire de lapins guerriers en conservant les caractéristiques des vrais lapins. Dans leur tentative de créer leur propre communauté, les lapins sont confrontés à différents types de sociétés. Après s’être échappés d’une mystérieuse garenne dans laquelle les habitants sont étrangement paisibles et bien nourris mais cachent en réalité un lourd secret, ils trouvent une ferme où vivent plusieurs lapins qui ont vécu toute leur vie dans un clapier, ont été nourris, soignés et dorlotés par des hommes et qui sont donc incapables de prendre des décisions. Ils ressemblent à certaines communautés de Washington D.C. que Rick Grimes rencontre, dont les habitants ne sont pas habitués à repousser des zombies. Contre toute attente, les héros lapins finissent par trouver le parfait petit foyer. (Yeah ! Carottes pour tout le monde ! ) C’est la colline de Watership Down qui constitue une zone de sécurité semblable à celles des films de zombies : une maison, un centre commercial ou même un tank. Cet endroit offre avant tout une protection contre les prédateurs : vilou ou zombies selon le cas.

Malheureusement pour les survivants de The Walking Dead, après être arrivés à la prison abandonnée avec ses barrières massives, ils entrent en conflit avec une communauté fondée et gouvernée par un tyran maniaque : «Le Gouverneur». Dans Watership Down, l’équivalent de Woodbury est la garenne d’Effrefa, commandée par le redoutable général Stachys. Le Gouverneur et le Général ont en commun le même besoin tyrannique de contrôler les habitants et leur société.

« Hazel c’est un peu Ulysse, un peu Énée, et Adams a ressuscité l’épopée. »
Classical & Modern literature

À présent, parlons zombies. Cerveaux ! Cerveaux ! Cerveaux ! Miam ! Miam ! Les zombies jouent un rôle crucial dans The Walking Dead et Watership Down, et ce, même si vous ne vous souvenez pas avoir vu de lapins dévorer les tripes d’un autre lapin (pardon!) The Walking Dead n’existerait pas sans zombies. Ils sont le rappel permanent de la situation précaire de l’humanité, et ils sont partout, dans les granges, les maisons les fossés, les gymnases, et ainsi de suite. Ils patientent jusqu’au moment où vous vous y attendez le moins pour vous mordre la cheville et mettre un terme à votre triste vie. Ils sont la Horde, la multitude; et dans Watership Down, ils sont les vilou, les Mille en langage lapin, c’est-à-dire tous les prédateurs qui s’attaquent aux lapins et qui, comme les zombies, jouent le rôle de retournement de situation dans l’intrigue. Plus important encore, les Mille sont là pour rappeler aux lapins que peu importe ce qu’ils font, aucune civilisation ne peut bannir la mort, un des sujets majeurs du roman. Que ce soit la maladie des Yeux Blancs ou Le Lapin Noir d’Inlè, un renard ou une belette, la mort plane toujours.

Se nourrir, se battre, fuir et se reproduire sont les principales motivations de ces deux œuvres. Dans Watership Down, tout tourne autour du fait d’avoir des lapereaux. Dans The Walking Dead, l’un des grands mystères est de savoir comment les enfants peuvent grandir dans un monde cruel, et si oui ou non il faut mettre au monde des enfants dans cet univers mort-vivant. Peut-être que dans la série les survivants en viendront à la même conclusion que les lapins et décideront qu’avoir des petits est l’élément clé pour assurer la pérennisation de leur communauté.

CONTE ET MYTHE
PAR FRANCISCO COLLADO RODRIGUEZ

Ces dernières années, de nombreux critiques ont cherché à comprendre la réception si impressionnante de Watership Down, mais la vraie raison de ce succès est qu’il soumet le lecteur à une double distanciation.

Afin d’expliquer ce procédé, il est nécessaire d’examiner la relation entre un nombre de techniques utilisées par Adams et la nature de l’aventure en elle-même. Le fait que Watership Down soit à l’origine une histoire que l’auteur racontait à ses filles explique en partie l’existence de certains liens entre ce roman et le conte populaire. L’implication du lecteur est cruciale et le conteur n’hésite pas à s’adresser au public de temps à autres pour les attirer encore plus profondément dans l’intrigue : « Et qu’est-ce qui se passe à la fin ? demande le lecteur qui a suivi Hazel et ses camarades dans toutes leurs aventures. »

Deux autres procédés poussent le lecteur à s’impliquer encore plus dans l’histoire des lapins. D’abord, le discours indirect libre, procédé traditionnel grâce auquel les doutes et inquiétudes des personnages sont éparpillés tout au long du livre, comme lorsque Hazel, le Maître lapin, se demande à travers la voix du narrateur : « Qu’y avait-il au milieu des fougères ? Que pouvait bien réserver le prochain tournant ? »

Le second procédé consiste à provoquer chez le lecteur l’impression qu’il se met à percevoir la réalité du point de vue d’un lapin. Tous nos sens doivent être continuellement en alerte pour suivre ces petits créatures dans leur quête : «À peine les lapins étaient-ils entrés dans le bois qu’ils sentirent le cours d’eau tout proche. Le sol était devenu mou et humide. Ils perçurent l’odeur des joncs et celle de l’humidité. Soudain, le cri vibrant et rauque d’une poule d’eau retentit au milieu des arbres, suivi d’un battement d’ailes et d’un clapotis. Même le bruissement des feuilles semblait différent, répété, amplifié. Un peu plus loin, ils entendirent distinctement la rivière elle-même – le murmure continu d’une petite cascade.»

Le but de Richard Adams n’est pas seulement de dépeindre un paysage dans lequel vivent de petites créatures, mais aussi de parvenir à ce qu’on s’identifie à eux, qu’on perçoive ce qu’ils perçoivent. En outre, Hazel et ses amis parlent le Lapine mais ils ne portent pas de vêtement, ne fument pas et ne font rien qu’un vrai lapin ne pourrait faire physiquement. Le décor dans lequel se déroule le roman – un paysage que le lecteur connaît ou pense connaître – ouvre un nouveau point de vue qui produit un effet de distanciation une fois qu’on arrête de penser qui sont les personnages.

Toutefois, il y a un autre aspect de la distanciation dans Watership Down : la nature de l’aventure en elle-même. Adams est profondément influencé par les travaux de Jung et de Joseph Campbell qui a écrit Le héros aux mille visages. Ces deux auteurs attachent énormément d’importance au mythe dans leurs travaux, démontrant que certaines activités culturelles comme l’enseignement ésotérique, les rites de passage, les légendes et les contes ne sont rien de plus que des manifestations externes de la lutte psychique de l’homme pour atteindre le sens ultime de la vie. Selon Campbell, ces expressions du combat interne de l’homme découlent d’un modèle qu’il appelle “monomythe” et qui se développe sous la forme d’un périple durant lequel le protagoniste doit surmonter plusieurs ou toutes les étapes qui forment une aventure et qui finissent par le mener à résoudre la dernière énigme ou à obtenir l’elixir magique de la quête; de nombreux héros sont passés par ces étapes au cours de l’histoire et dans la littérature, et une analyse attentive montre que Watership Down, d’abord un conte oral, se rapproche également du monomythe.

« Watership Down reprend l’ancestral thème littéraire de la quête. »
The Spectator

Dans le conte de Adams, un jeune lapin, Fyveer, caractérisé par un étrange pouvoir de prémonition est ce que Campbell nomme « l’Appel à l’aventure ». Le petit lapin prévenant son frère de l’arrivée imminente de la catastrophe correspond à cette première étape du monomythe. Ce lapin-voyant représente la première manifestation de ce que Campbell appelle « l’aide supernaturelle » qui se présente au héros sous la forme d’un personnage mystérieux qui lui offre une amulette ou des conseils pour réussir sa quête. Hazel et un petit groupe de lapins répondent à cet appel et fuient leur garenne, expérimentant ainsi le procédé de séparation qui caractérise le monomythe. Une fois en marche, la bande affronte « Le premier seuil » quand ils traversent la rivière Enborne à la nage et arrivent dans le bois, un lieu inconnu et mystérieux. De là, ils doivent échapper à plusieurs dangers: « Le cheminement d’épreuves » – comme la bataille avec la corneille et les rats, la peur des renards et des belettes. La compagnie de Hazel devient alors progressivement une unité compacte, et finalement le véritable héros qui doit atteindre son principal but dans la seconde partie du livre. Le narrateur lui-même confirme cette idée quand il affirme : « Ils s’étaient rapprochés les uns des autres, s’appréciant désormais avec moins de retenue et comptaient davantage sur les compétences de chacun. » La deuxième partie du monomythe, le procédé d’initiation, arrive à son terme quand les lapins obtiennent « l’elixir magique » symbolisé par les hases, sans qui la garenne ne peut pas survivre. Cette étape correspond à ce que Cambell appelle « Rencontre avec la déesse ». Mais une fois que l’elixir a été acquis, son précédent possesseur cherche à le récupérer et poursuit les aventuriers dans « une fuite magique » qui apparait également dans le roman de Adams lorsque le Général Stachys traque Hazel et assiège sa garenne. Cependant, le héros se doit de réussir, et c’est grâce à l’esprit vif de Hazel et à la force de Bigwig que Stachys est anéanti et que la garenne peut perdurer.

La dernière étape du monomythe est le moment où le héros expérimente la vision du cycle cosmogonique; il perçoit la vie, puis la mort, et enfin le vide, mais est aussi spectateur de l’action incessante de l’Impérissable, la source d’existence qui crée la vie depuis le néant. Watership Down n’a certainement pas de visée métaphysique mais l’auteur suggère tout de même que la dernière vision du héros est celle du cycle cosmogonique en commençant et concluant son roman de façon symbolique. Il commence par: «La saison des primevères était passée» et finit en refermant le cercle, le cycle : «Hazel l’y suivit, et ensemble ils s’en furent, à grandes foulées silencieuses, par les chemins du bois où les premières primevères commençaient à s’ouvrir.»

La distanciation est rendue possible par un nombre de facteurs étroitement connectés. Les personnages de Watership Down sont un groupe de lapins qui se comportent physiquement comme n’importe quels lapins. Nous nous sentons proches d’eux car le narrateur utilise le point de vue de ces petits animaux. Enfin, l’histoire en elle-même est une adaptation de mythes. Les lapins parcourent le même chemin que de nombreux héros humains, réels ou fictifs. La seule différence c’est qu’ici, le héros mythique qui combat presque jusqu’à la mort pour réaliser sa quête n’est qu’un petit lapin – ou pour être plus précis, un groupe de lapins.

Couverture

WATERSHIP DOWN
de Richard ADAMS

« Une allégorie de la guerre, on peut aller jusqu’à comparer l’exode de Hazel et ses amis à l’installation des juifs en Israël. »
Irish Times