W A T E R S H I P   D O W N
R I C H A R D   A D A M S
« Watership Down est tout ce que vous voulez et plus encore, un chef-d’œuvre enfin sorti du terrier de l’oubli. »
Marianne

C’est dans les fourrés de collines verdoyantes et idylliques que se terrent parfois les plus terrifiantes menaces. C’est là aussi que va se dérouler cette vibrante odyssée de courage, de loyauté et de survie.

Menés par le valeureux Hazel et le surprenant Fyveer, une poignée de braves choisit de fuir l’inéluctable destruction de leur foyer. Prémonitions, malices et légendes vont guider ces héros face aux mille ennemis qui les guettent, et leur permettront peut-être de franchir les épreuves qui les séparent de leur terre promise, Watership Down. Mais l’aventure s’arrêtera-t-elle vraiment là ?

Aimé et partagé par des millions de lecteurs à travers le monde, l’envoûtant roman de Richard Adams fait partie de ces récits mythiques et hors du temps, une épopée sombre et violente, néanmoins parcourue d’espoir et de poésie. Vous sentirez le sang versé. Vous tremblerez face aux dangers. Vous craindrez la mort. Et, par dessus tout, vous ressentirez l’irrépressible désir de savoir ce qui va se passer.

Richard Adams a vingt ans lorsqu’il est mobilisé pour la Seconde guerre Mondiale. Diplômé d’Oxford à son retour, il sera le bras droit du ministre de l’Agriculture jusqu’au spectaculaire succès de son premier roman, Watership Down, vendu à plus de 50 millions d’exemplaires. Désormais auteur d’une quinzaine d’ouvrages, admirateur de Kipling et Shakespeare, son style soigné, ses images poétiques et son talent pour le suspense font de lui l’un des écrivains britanniques les plus lus au monde.

Couverture de Watership Down

WATERSHIP DOWN
de RICHARD ADAMS


Traduit de l’anglais
par Pierre Clinquart
entièrement revue et corrigée
544 pages – 21,90 euros

COURTE BIOGRAPHIE
DE RICHARD ADAMS
PAR MAUREEN DOMINÉ

Richard George Adams est né le 9 mai 1920 à Newbury dans le sud de l’Angleterre. Fils d’un médecin, il est le dernier de trois enfants et passe ses journées à lire et à vagabonder dans le jardin ou les collines avoisinantes en s’imaginant chef d’un pays imaginaire. Après avoir fréquenté des écoles du Berkshire, il intègre l’université de Worcester à Oxford où il étudie l’histoire.

Il a 19 ans quand la Seconde Guerre mondiale éclate. Il rejoint la première division aéroportée de la Royal Air Force et après six ans de service en tant que parachutiste durant lesquelles il combat en Palestine, en Europe et en Extrême Orient, il est démobilisé et reprend ses études. Son diplôme obtenu, il se marie et intègre le ministère de l’agriculture en tant que bras droit du ministre. Il se fait remarquer quand il réussit à faire signer une loi contre la pollution de l’air en 1968.

Pendant 25 ans, il vit et travaille à Londres et lit avidement, notamment des classiques. C’est pendant un trajet vers Stratford-on-Avon, la ville de Shakespeare, que Richard Adams ébauche Watership Down. Il lui faudra deux ans pour l’écrire. Richard Adams décide d’envoyer son manuscrit à plusieurs éditeurs et agents. Déçu qu’aucun n’accepte de publier son travail, il ne peut se résoudre à retourner chez eux pour récupérer ses manuscrits et envoie sa femme, Elizabeth. Après 13 refus, Richard Adams présente finalement son manuscrit à Rex Collings, un petit éditeur londonien qui accepte. Richard Adams était tellement attaché à ses protagonistes qu’il voulait que le roman s’intitule Hazel et Fyveer. L’éditeur en a décidé autrement et a préféré rendre hommage au lieu où se déroule cette grande aventure.

Le premier tirage ne s’élevait qu’à 2500 exemplaires. Collings n’avait pas d’argent mais savait défendre son travail auprès des journalistes. Les critiques sont élogieuses et le succès est immédiat. La première année, le roman se vend à plus d’un million d’exemplaires en Angleterre, restant plus de 70 semaines en têtes des listes des meilleures ventes du Sunday Times, et lorsque, deux ans plus tard, il est publié aux États-Unis, le succès est instantané. Richard Adams remporte la prestigieuse médaille Carnegie et l'un des prix du Guardian. En 1975, il est fait membre de la Royal Society of Literature. Watership Down est porté à l’écran, dans un film, plusieurs séries et même sur scène. Très vite, le roman devient un trésor qui se transmet de génération et génération.

Richard Adams sur les terres de Watership Down.
Richard Adams marchant à Sandleford, immortalisé dans le livre Watership Down - MailOnline (2012)

Aujourd’hui, Watership Down a atteint les 50 millions d’exemplaires vendus dans le monde entier et est traduit en plus de 25 langues, se classant parmi les 25 livres les plus vendus au monde. Il a rapporté à Adams plus que tous ses autres écrits réunis. L’auteur avoue ne pas être la même personne depuis le succès de son premier roman et, encore aujourd’hui, en reste surpris. Loin de le rendre prétentieux, la reconnaissance de son travail lui prouve qu’il a des talents de conteur et l’incite à continuer dans cette voie.

De nombreuses suppositions quant au message sous-jacent de Watership Down ont été exprimées mais Richard Adams insiste, il faut prendre ce roman pour ce qu’il est, une histoire, « une rudement bonne histoire ».

Richard Adams entreprend l’écriture de son deuxième roman, Shardik (inédit en français) avant même d’avoir trouvé un éditeur pour Watership Down, et tout en continuant à travailler pour le gouvernement. Dans ce roman, Kelderek chasse Shardik, un ours géant qu’il pense être l’incarnation de la puissance de Dieu. La réception a été positive mais moins acclamée que Watership Down. Le public s’attendait à retrouver les héros du premier roman et n’a pas su voir la qualité de ce livre. Richard Adams a acquis une plus grande aisance dans l’acte d’écriture. En 1977, il publie The Plague Dogs (Les Chiens de la peste). Les protagonistes s’échappent d’un laboratoire d’expérimentations et découvrent la vie en liberté qui peut s’avérer plus cruelle que la vie en captivité.

Ce n’est qu’en 1996 et après avoir écrit 15 autres livres que Richard Adams offre à ses fans un retour dans les collines verdoyantes avec Tales of Watership Down (inédit en français), un recueil de 19 nouvelles qui mettent en scène les protagonistes de son premier livre et introduisent cinq nouveaux personnages ainsi que des légendes inédites.

Son dernier roman, paru en 2006, Daniel, raconte la vie d’un jeune garçon dans une plantation aux États-Unis jusqu’à ce qu’un évènement vienne changer sa condition et l'entraîne dans un périple qui le confrontera à la traite des esclaves. Richard Adams a produit plus de vingt travaux dont des romans, de la poésie et de la non-fiction avec notamment Voyage through the Antarctic qu’il a coécrit avec son ami l’ornithologue Ronald Lockley décédé en 2000.

Aujourd’hui, Richard Adams est âgé de 96 ans et vit avec sa femme à quelques kilomètres seulement de là où il est né et du lieu qui lui a inspiré Watership Down. Il s’investit dans la lutte pour l’écologie et la protection de l’environnement.

Couverture

WATERSHIP DOWN
de Richard ADAMS

« À la fois épopée, roman d'initiation et conte de sagesse, il se lit, en ces temps de migrations, comme un texte très contemporain - et c'est un régal. »
La Quinzaine Littéraire

LE PARRAIN DE
HARRY POTTER
PAR S.F. SAID

Bien avant Star Wars, il y a eu Richard Adams et Watership Down.

Watership Down a été publié en novembre 1972. Cela fait trente ans aujourd’hui, mais le succès n’a jamais semblé aussi évident. Après ça, il aura fallu attendre cinq ans pour que Star Wars voie le jour et plusieurs décennies pour Harry Potter et la saga de Philip Pullman. Ce que ces œuvres ont provoqué, c’est Richard Adams qui en a été le précurseur.

Watership Down était déjà un de ces hybrides de la pop-culture : un livre qui a captivé grands et moins grands à une si grande échelle qu’il fait désormais partie de l’histoire de l’édition.

Avec son épopée – semblable à L’Énéide mais avec des lapins –, il a su déceler l’intérêt du public pour les récits grandioses et mythiques : ce même intérêt qui remplit désormais les salles de cinéma et permet aux auteurs tels que Philip Pullman de se voir récompensé du Whitbread Prize. À une époque où les narrations simples font fureur, la prose saisissante de Richard Adams parait plus fascinante que jamais.

Tout a commencé en 1966 lors d’un trajet pour Stratford-on-Avon. « Mes filles m’ont demandé de leur raconter une grande histoire, qu’elles n’avaient encore jamais entendue », se souvient Adams, qui a désormais 82 ans. « J’ai commencé à improviser un histoire de lapins au fur et à mesure. La première chose qui me soit venue à l’esprit, c’est un passage d’Agamemnon d’Eschyle, lorsque Cassandre est en-dehors du palais avec le chœur, et qu’elle voit le palais se couvrir de sang. Je suis parti de là et j’ai continué. »

Le résultat final, des millions de personnes le connaissent. Le héros est un lapin plein de ressources nommé Hazel. Poussé par les visions de son frère Fyveer, il emmène un groupe de lapins loin de leur garenne natale, promise à la destruction, et ensemble ils affrontent mille dangers pour enfin trouver leur nouveau foyer, Watership Down.

Lecture d'un extrait en ligne
Lire en ligne un extrait.

Adams n’avait jamais écrit auparavant. Après avoir servi au Moyen-Orient et en Europe durant la Seconde guerre mondiale, il est devenu fonctionnaire au ministère de l’agriculture. Mais les lapins ont éveillé quelque chose en lui. Encouragé par ses filles, il a passé les deux années suivantes à écrire leur histoire.

« Je rentrais du travail et j’écrivais jusqu’à l’heure du coucher. Quand ça venait bien, je continuais jusque bien après minuit – parfois jusqu’à deux heures du matin ou même plus tard encore. C’est comme si une sorte de démon au fond de moi murmurait : “Allez, encore une heure et tu auras quelque chose qui vaut la peine.” »

Le résultat est bien loin des contes tout doux. C’était un travail ambitieux avec des racines antiques car Adams y a insufflé tout ce que son éducation classique lui avait appris, débutant chaque chapitre par un épigraphe sélectionné parmi les lectures qui ont formé ses sensibilités littéraires : Shakespeare, la tragédie grecque, la Bible…

« Les bêtes ne se comportent pas comme les hommes. S’il faut se battre, elles se battent ; s’il faut tuer, elles tuent. Elles ne passent pas leur temps à inventer des moyens d’empoisonner l’existence des autres créatures, ou de leur faire du mal. Elles sont tout entières faites de bestialité et de dignité. »
— Watership Down

« J’étais dans une école très vieux-jeu, explique-t-il. À l’époque, l’éducation était celle de l’époque victorienne, classique – on faisait du grec et du latin jusqu’à ce que ça nous sorte par les yeux. »

Ce contexte a donné au livre le poids et la résonance d’un classique, plus dans la lignée de l’épopée d’Homère que dans celle des fables d’Ésope. Inspiré du pouvoir des récits qui ont survécu depuis des millénaires, Watership Down a en commun avec eux leur profondeur intemporelle.

C’est très clair dans les contes entremêlés dans le livre : les histoires que les lapins se racontent à propos de leur ancêtre légendaire Shraavilshâ. Adams rend hommage au texte phare de l’anthropologiste Joseph Campbell : Le Héros aux mille visages qui lui a inspiré sa mythologie lapine.

« Watership Down est étroitement modelé sur les idées du Héros, je l’ai acheté à sa sortie en 1949 et je l’ai lu deux fois d’une traite. J’ai beaucoup conversé avec lui; l’une des choses les plus satisfaisantes de ma vie est mon amitié avec Joseph Campbell. »

C’est un point crucial, car Campbell – qui a identifié les mythes présents dans le monde entier sous différentes formes – était l’un des intellectuels les plus influents du XXe siècle. Il a également été le mentor de George Lucas, qui a basé Star Wars sur ses idées. Une des rencontres les plus fascinantes dans l’histoire culturelle a eu lieu lors de l’anniversaire de Campbell pour ses 80 ans à New York, quand Adams et Lucas, responsable de deux des plus grands phénomènes des années 1970 ont été invités à discuter.

Si Joseph Campbell et les classiques étaient ses principales sources d’inspiration littéraires, Adams a aussi déversé ses expériences de la guerre dans Watership Down. Hazel, le chef sans prétention est basé sur son officier commandant, le Major John Gifford (« Il disait presque toujours s’il te plait quand il donnait un ordre ») alors que Bigwig, le guerrier haut en couleurs s’inspire d’« un fou d’irlandais », le Capitaine Paddy Kavanagh.

Un des passages les plus émouvants du roman montre Hazel et Bigwig portés en héros par les jeunes générations, contrastant grandement avec le destin du mythique Shraavilshâ qui sauve sa garenne à grand prix, seulement pour voir, en rentrant chez lui, que plus personne ne s’intéresse à son sacrifice.

« En finissant cette histoire, je me suis rappelé quand les anciens soldats de retour du front, moi y compris, ressentaient parfois le besoin de parler de la guerre, mais que personne ne voulait les écouter. Je me souviens avoir rencontré un enfant en 1946 qui n’avait jamais entendu parler d’El-Alamein. Alors je me suis un peu défoulé ici. »

Il est difficile d’imaginer un monde sans Watership Down, et pourtant, il a failli ne pas être publié.

Le roman a été refusé par 4 éditeurs et 3 agents. Ils disaient tous la même chose: les adultes ne voudraient pas le lire parce que ça parle de lapins, et les plus jeunes ne l’aimeraient pas parce que l’écriture est trop adulte. « Je disais : “Mais je n’avais pas l’intention d’écrire un livre pour enfants ! Qui parle de livres pour enfants ? C’est un livre, point.” »

Finalement, le roman a été accepté par Rex Collings, un petit éditeur qui a fait paraitre 2500 exemplaires. « Alors les critiques ont commencé, se remémore Adams : “J’avais les larmes aux yeux en les lisant, je pouvais à peine supporter de les lire.” » Les 2500 exemplaires ont été écoulés immédiatement.

Depuis, il s’est vendu à 50 millions d’exemplaires dans le monde dont 5 millions en Angleterre seulement ; et il s’en vend encore un demi million par an.

Ce succès a conforté la conviction d’Adams que ce n’est pas qu’un livre pour enfants mais un livre pour tout le monde. Son deuxième roman, Shardik, parle des adorateurs d’un ours géant. Il est dense, plus difficile. Les Chiens de la peste comprend une accusation des expériences sur les animaux. The Girl in a swing est une histoire de fantômes érotique. Ce ne sont pas des livres pour tout le monde, et définitivement pas pour les enfants – mais que pense-t-il des célébrités d’aujourd’hui qui ont suivi ses pas ? Il s’avère que même s’il a apprécié les deux premiers tomes de la trilogie de Pullman, il n’a jamais lu les Harry Potter de J.K. Rowling.

« J’aurais dû, n’est-ce pas ? Je n’ai pas vraiment eu le temps de lire Harry Potter, mais je ne souhaite que du bonheur à cette dame. »

Rowling et Pullman, ainsi que nous tous, devrions également ne souhaiter que du bonheur à Richard Adams, car ce qu’il a réalisé il y a trente ans est quelque chose de vraiment exceptionnel. Si cette flamme est toujours aussi vive, peut-être ne s’éteindra-t-elle jamais.

Couverture

WATERSHIP DOWN
de Richard ADAMS

« Watership Down happe le lecteur dans un récit aussi ambitieux qu'impeccablement mené. »
Le Vif

WATERSHIP DOWN
À ZOMBIELAND
PAR DOUG GOODMAN

La ressemblance entre lapins et zombies n’est pas frappante à première vue. (D’ailleurs, à quand un film sur les lapins zombies ?) Ce n’est qu’après avoir lu la moitié de Watership Down que cette évidence m’a frappé comme un mort-vivant surgissant de nulle part : The Walking Dead, c’est simplement Watership Down avec des zombies !

Avant de comparer ces deux œuvres, il faut préciser que Watership Down ressemble plus à L’Odyssée d’Homère qu’aux aventures de Pierre Lapin. Ce roman est une véritable épopée narrant le périple d’un peuple qui se soulève contre des tyrans pour fonder leur propre société.

The Walking Dead montre comment survivre au jour le jour dans un monde extrêmement cruel et… réaliste. Réaliste n’est probablement pas le premier mot qui vient à l’esprit pour décrire un film de zombie, mais cette notion est importante. Une fois qu’on se dégage de l’idée de morts-vivants errant sur la Terre, l’intrigue s’inscrit en fait dans la tradition des histoires de survie.

C’est cet aspect qui rend Watership Down et The Walking Dead si semblables. Comme Rick Grimes et sa famille, Hazel et ses compagnons sont à la recherche d’un endroit qu’ils pourront appeler leur chez eux, dans le monde réel. Richard Adams s’est inspiré de La vie secrète des Lapins du naturaliste Robert Lockley pour écrire son histoire de lapins guerriers en conservant les caractéristiques des vrais lapins. Dans leur tentative de créer leur propre communauté, les lapins sont confrontés à différents types de sociétés. Après s’être échappés d’une mystérieuse garenne dans laquelle les habitants sont étrangement paisibles et bien nourris mais cachent en réalité un lourd secret, ils trouvent une ferme où vivent plusieurs lapins qui ont vécu toute leur vie dans un clapier, ont été nourris, soignés et dorlotés par des hommes et qui sont donc incapables de prendre des décisions. Ils ressemblent à certaines communautés de Washington D.C. que Rick Grimes rencontre, dont les habitants ne sont pas habitués à repousser des zombies. Contre toute attente, les héros lapins finissent par trouver le parfait petit foyer. (Yeah ! Carottes pour tout le monde ! ) C’est la colline de Watership Down qui constitue une zone de sécurité semblable à celles des films de zombies : une maison, un centre commercial ou même un tank. Cet endroit offre avant tout une protection contre les prédateurs : vilou ou zombies selon le cas.

Malheureusement pour les survivants de The Walking Dead, après être arrivés à la prison abandonnée avec ses barrières massives, ils entrent en conflit avec une communauté fondée et gouvernée par un tyran maniaque : «Le Gouverneur». Dans Watership Down, l’équivalent de Woodbury est la garenne d’Effrefa, commandée par le redoutable général Stachys. Le Gouverneur et le Général ont en commun le même besoin tyrannique de contrôler les habitants et leur société.

À présent, parlons zombies. Cerveaux ! Cerveaux ! Cerveaux ! Miam ! Miam ! Les zombies jouent un rôle crucial dans The Walking Dead et Watership Down, et ce, même si vous ne vous souvenez pas avoir vu de lapins dévorer les tripes d’un autre lapin (pardon!) The Walking Dead n’existerait pas sans zombies. Ils sont le rappel permanent de la situation précaire de l’humanité, et ils sont partout, dans les granges, les maisons les fossés, les gymnases, et ainsi de suite. Ils patientent jusqu’au moment où vous vous y attendez le moins pour vous mordre la cheville et mettre un terme à votre triste vie. Ils sont la Horde, la multitude; et dans Watership Down, ils sont les vilou, les Mille en langage lapin, c’est-à-dire tous les prédateurs qui s’attaquent aux lapins et qui, comme les zombies, jouent le rôle de retournement de situation dans l’intrigue. Plus important encore, les Mille sont là pour rappeler aux lapins que peu importe ce qu’ils font, aucune civilisation ne peut bannir la mort, un des sujets majeurs du roman. Que ce soit la maladie des Yeux Blancs ou Le Lapin Noir d’Inlè, un renard ou une belette, la mort plane toujours.

Se nourrir, se battre, fuir et se reproduire sont les principales motivations de ces deux œuvres. Dans Watership Down, tout tourne autour du fait d’avoir des lapereaux. Dans The Walking Dead, l’un des grands mystères est de savoir comment les enfants peuvent grandir dans un monde cruel, et si oui ou non il faut mettre au monde des enfants dans cet univers mort-vivant. Peut-être que dans la série les survivants en viendront à la même conclusion que les lapins et décideront qu’avoir des petits est l’élément clé pour assurer la pérennisation de leur communauté.

Couverture

WATERSHIP DOWN
de Richard ADAMS

« Ensorcelant… Merveilleux… Plein de suspense, de poursuites effrénées et d’héroïsme. »
— Chicago Tribune

CONTE ET MYTHE
PAR FRANCISCO COLLADO RODRIGUEZ

Ces dernières années, de nombreux critiques ont cherché à comprendre la réception si impressionnante de Watership Down, mais la vraie raison de ce succès est qu’il soumet le lecteur à une double distanciation.

Afin d’expliquer ce procédé, il est nécessaire d’examiner la relation entre un nombre de techniques utilisées par Adams et la nature de l’aventure en elle-même. Le fait que Watership Down soit à l’origine une histoire que l’auteur racontait à ses filles explique en partie l’existence de certains liens entre ce roman et le conte populaire. L’implication du lecteur est cruciale et le conteur n’hésite pas à s’adresser au public de temps à autres pour les attirer encore plus profondément dans l’intrigue : « Et qu’est-ce qui se passe à la fin ? demande le lecteur qui a suivi Hazel et ses camarades dans toutes leurs aventures. »

Deux autres procédés poussent le lecteur à s’impliquer encore plus dans l’histoire des lapins. D’abord, le discours indirect libre, procédé traditionnel grâce auquel les doutes et inquiétudes des personnages sont éparpillés tout au long du livre, comme lorsque Hazel, le Maître lapin, se demande à travers la voix du narrateur : « Qu’y avait-il au milieu des fougères ? Que pouvait bien réserver le prochain tournant ? »

Le second procédé consiste à provoquer chez le lecteur l’impression qu’il se met à percevoir la réalité du point de vue d’un lapin. Tous nos sens doivent être continuellement en alerte pour suivre ces petits créatures dans leur quête : «À peine les lapins étaient-ils entrés dans le bois qu’ils sentirent le cours d’eau tout proche. Le sol était devenu mou et humide. Ils perçurent l’odeur des joncs et celle de l’humidité. Soudain, le cri vibrant et rauque d’une poule d’eau retentit au milieu des arbres, suivi d’un battement d’ailes et d’un clapotis. Même le bruissement des feuilles semblait différent, répété, amplifié. Un peu plus loin, ils entendirent distinctement la rivière elle-même – le murmure continu d’une petite cascade.»

Watership Down vu par l'illustrateur Matt SAUNDERS
Illustration créée par Matt Saunders - source

Le but de Richard Adams n’est pas seulement de dépeindre un paysage dans lequel vivent de petites créatures, mais aussi de parvenir à ce qu’on s’identifie à eux, qu’on perçoive ce qu’ils perçoivent. En outre, Hazel et ses amis parlent le Lapine mais ils ne portent pas de vêtement, ne fument pas et ne font rien qu’un vrai lapin ne pourrait faire physiquement. Le décor dans lequel se déroule le roman – un paysage que le lecteur connaît ou pense connaître – ouvre un nouveau point de vue qui produit un effet de distanciation une fois qu’on arrête de penser qui sont les personnages.

Toutefois, il y a un autre aspect de la distanciation dans Watership Down : la nature de l’aventure en elle-même. Adams est profondément influencé par les travaux de Jung et de Joseph Campbell qui a écrit Le héros aux mille visages. Ces deux auteurs attachent énormément d’importance au mythe dans leurs travaux, démontrant que certaines activités culturelles comme l’enseignement ésotérique, les rites de passage, les légendes et les contes ne sont rien de plus que des manifestations externes de la lutte psychique de l’homme pour atteindre le sens ultime de la vie. Selon Campbell, ces expressions du combat interne de l’homme découlent d’un modèle qu’il appelle “monomythe” et qui se développe sous la forme d’un périple durant lequel le protagoniste doit surmonter plusieurs ou toutes les étapes qui forment une aventure et qui finissent par le mener à résoudre la dernière énigme ou à obtenir l’elixir magique de la quête; de nombreux héros sont passés par ces étapes au cours de l’histoire et dans la littérature, et une analyse attentive montre que Watership Down, d’abord un conte oral, se rapproche également du monomythe.

Dans le conte de Adams, un jeune lapin, Fyveer, caractérisé par un étrange pouvoir de prémonition est ce que Campbell nomme « l’Appel à l’aventure ». Le petit lapin prévenant son frère de l’arrivée imminente de la catastrophe correspond à cette première étape du monomythe. Ce lapin-voyant représente la première manifestation de ce que Campbell appelle « l’aide supernaturelle » qui se présente au héros sous la forme d’un personnage mystérieux qui lui offre une amulette ou des conseils pour réussir sa quête. Hazel et un petit groupe de lapins répondent à cet appel et fuient leur garenne, expérimentant ainsi le procédé de séparation qui caractérise le monomythe. Une fois en marche, la bande affronte « Le premier seuil » quand ils traversent la rivière Enborne à la nage et arrivent dans le bois, un lieu inconnu et mystérieux. De là, ils doivent échapper à plusieurs dangers: « Le cheminement d’épreuves » – comme la bataille avec la corneille et les rats, la peur des renards et des belettes. La compagnie de Hazel devient alors progressivement une unité compacte, et finalement le véritable héros qui doit atteindre son principal but dans la seconde partie du livre. Le narrateur lui-même confirme cette idée quand il affirme : « Ils s’étaient rapprochés les uns des autres, s’appréciant désormais avec moins de retenue et comptaient davantage sur les compétences de chacun. » La deuxième partie du monomythe, le procédé d’initiation, arrive à son terme quand les lapins obtiennent « l’elixir magique » symbolisé par les hases, sans qui la garenne ne peut pas survivre. Cette étape correspond à ce que Cambell appelle « Rencontre avec la déesse ». Mais une fois que l’elixir a été acquis, son précédent possesseur cherche à le récupérer et poursuit les aventuriers dans « une fuite magique » qui apparait également dans le roman de Adams lorsque le Général Stachys traque Hazel et assiège sa garenne. Cependant, le héros se doit de réussir, et c’est grâce à l’esprit vif de Hazel et à la force de Bigwig que Stachys est anéanti et que la garenne peut perdurer.

La dernière étape du monomythe est le moment où le héros expérimente la vision du cycle cosmogonique; il perçoit la vie, puis la mort, et enfin le vide, mais est aussi spectateur de l’action incessante de l’Impérissable, la source d’existence qui crée la vie depuis le néant. Watership Down n’a certainement pas de visée métaphysique mais l’auteur suggère tout de même que la dernière vision du héros est celle du cycle cosmogonique en commençant et concluant son roman de façon symbolique. Il commence par: «La saison des primevères était passée» et finit en refermant le cercle, le cycle : «Hazel l’y suivit, et ensemble ils s’en furent, à grandes foulées silencieuses, par les chemins du bois où les premières primevères commençaient à s’ouvrir.»

La distanciation est rendue possible par un nombre de facteurs étroitement connectés. Les personnages de Watership Down sont un groupe de lapins qui se comportent physiquement comme n’importe quels lapins. Nous nous sentons proches d’eux car le narrateur utilise le point de vue de ces petits animaux. Enfin, l’histoire en elle-même est une adaptation de mythes. Les lapins parcourent le même chemin que de nombreux héros humains, réels ou fictifs. La seule différence c’est qu’ici, le héros mythique qui combat presque jusqu’à la mort pour réaliser sa quête n’est qu’un petit lapin – ou pour être plus précis, un groupe de lapins.

Couverture

WATERSHIP DOWN
de Richard ADAMS

« Sous les dehors d'une narration faussement classique, une vie nue bataille et résiste convulsivement. »
Le Magazine Littéraire

«JE NE SAIS PAS FAIRE DES HUMAINS, TOUT SIMPLEMENT»
The Guardian / Alison Flood, 2015

L’auteur de Watership Down se remémore, non sans une certaine fierté, de comment il épouvantait ses enfants avec des histoires effrayantes au moment du coucher. «Quand on est petit, on ne distingue pas ce qui est réel de ce qui tient de la fiction. Tout est vrai. Et Dieu merci. Je ne crois pas qu’il faille parler aux enfants avec condescendance. Les lecteurs aiment être bouleversés, excités et émerveillés. Quand j’étais petit, je pleurais quand on me lisait des choses qui me contrariaient. Heureusement, ma mère et mon père ont été assez intelligents pour ne pas arrêter.»

Richard Adams, 96 ans, est confortablement installé dans un fauteuil devant la cheminée de sa maison du XVIIIe siècle à Whitchurch dans le Hampshire, où lui et sa femme Elizabeth vivent depuis ces 30 dernières années. Il y a, bien sûr, quelques statuettes de lapins sous une des tables. La pièce d’à côté est une vaste bibliothèque où les livres sont entassés pêle-mêle jusqu’au plafond. Elizabeth le regarde parler depuis le sofa, tout comme Ros, une de ses filles. «Oui, dit Ros, il nous racontait des histoires qui font peur et après je n’arrivais pas à dormir!»

Watership Down était l’une d’elles. Adams avait 52 ans et travaillait en tant que fonctionnaire quand ses filles l’ont supplié de raconter une histoire sur la route des vacances. «On m’a forcé, et je me suis lancé: «Il était une fois, deux lapins du nom de Hazel et Fyveer». C’est comme ça que tout a commencé.» Il n’avait jusqu’alors jamais écrit de fiction, mais une fois qu’il a su comment s’achèverait l’histoire, ses filles lui ont dit: «Ce serait trop dommage de la gâcher, Papa», et l’ont poussé à l’écrire.

Et c’est ce qu’il a fait, tous les soirs, pendant dix-huit mois. Le résultat: le récit des aventures d’un groupe de jeunes lapins fuyant leur garenne vouée à la catastrophe, servi par une écriture raffinée qui lui a permis de gagner la médaille Carnegie et un prix littéraire décerné par le Guardian. Richard Adams admet: «Au début, c’était très difficile. J’avais 52 ans quand j’ai découvert que je pouvais écrire. J’aurais aimé le savoir un peu plus tôt. Je n’avais jamais imaginé que je pouvais être écrivain avant de le devenir.»

Pour créer ses personnages, il a trouvé l’inspiration dans la littérature et dans ses rencontres. Bigwig est basé sur un officier qu’il a connu à la guerre, un grand combattant, exemplaire quand on lui donnait des consignes précises, tandis que Fyveer est inspiré de Cassandre, le personnage de la mythologie grecque doté de pouvoirs prophétiques. Dans l’introduction d’une nouvelle édition illustrée, Adams écrit que c’est grâce à Kipling qu’il a compris qu’il pouvait créer des lapins doués de la pensée et capables de parler. Il s’est beaucoup aidé de La Vie Secrète des Lapins de R.M. Lockley pour décrire avec le plus de précision possible le comportement de ces animaux. Et Watership Down se situe en Angleterre, dans le Hampshire, à quelques kilomètres seulement de là où l’auteur a grandi.

Richard Adams âgé de 90 ans chez lui.
Richard Adams, âgé de 90 ans dans sa résidence de Witchurch, dans le Hampshire. - The Guardian

Adams ne se doutait pas qu’il avait écrit quelque chose de spécial. Il a envoyé le manuscrit à des éditeurs qui l’ont tous l’ont refusé. «C’est arrivé à maintes reprises. J’étais si déçu que je ne pouvais me résoudre à aller chercher le manuscrit. J’envoyais Elizabeth les récupérer.» Finalement, il a contacté un petit éditeur, Rex Collings, qui a accepté de publier son roman. Collings n’avait pas beaucoup d’argent et n’a pu tirer que 2500 exemplaires. Mais les critiques étaient stupéfiantes, et aujourd’hui le livre s’est vendu à plusieurs millions d’exemplaires. «Je suis devenu une autre personne avec ce livre. Il existe, et d’une certaine façon, c’est grâce à moi. Je ne me pavane pas en m’en vantant, du moins j’essaie. Mais je suis devenu la personne qui racontait ces histoires.»

De nombreuses interprétations ont été tirées de Watership Down, de l’allégorie à une attaque de la religion. Adams les rejette. «C’était seulement censé être une histoire, et c’est tout ce que c’est. Une histoire, une sacrée bonne histoire même, mais ça reste une histoire. Elle n’est pas destinée à être une parabole. C’est important je pense. Sa puissance et sa force viennent du fait que je la racontais dans la voiture.» Même si ce ne sont que des lapins, les protagonistes de Watership Down affrontent plusieurs épreuves difficiles, de Bigwig piégé dans un collet (une scène déchirante et inoubliable qu’Elizabeth a essayé de le convaincre d’enlever) aux jeunes mâles attirés dans la sinistre garenne de Primerol qui ressemble étrangement à une secte, et puis, bien sûr, les confrontations avec l’intrigant Général Stachys, fondateur de la garenne d’Effrefa.

«Encore aujourd’hui, je suis très fier de Stachys. Il est terrifiant. Il est la réalisation de toute l’histoire. Sans lui, elle serait toute autre.»

Richard Adams récite de mémoire: «On ne revit jamais le général. Mais il a dit être capable de survivre dans la nature.» Et il poursuit: «Alors peut-être qu’après tout, il n’est pas impossible que cet extraordinaire lapin ait réellement gagné des terres lointaines pour y mener sa farouche existence.»

L’auteur avait commencé à travailler sur Shardik avant même de trouver un éditeur pour Watership Down. Son deuxième roman, conte remarquable sur un ours blessé trouvé par un chasseur qui croit que l’animal est la réincarnation de Dieu. Stephen King lui a rendu hommage dans sa série La Tour sombre. Shardik vient également d’être republié avec une citation sur la couverture l’élevant au rang de chef-d’œuvre. «Shardik… ça se laisse lire, non?», demande Adams, plus tout à fait sûr de lui, avant d’ajouter que son meilleur livre doit être Les Chiens de la Peste, qui parle de deux chiens fuyant un horrible centre de recherche animalière.

Adams travaillait encore pour le gouvernement quand il a écrit Shardik, et sa famille se souvient qu’il faisait les cent pas dans la maison en marmonnant dans sa barbe la phrase inexplicable «Shardik, le pouvoir de Dieu!» «J’étais alors une toute autre personne, dit-il. J’ai probablement l’air très sûr de moi aujourd’hui, je dois même vous paraître un peu énervant, mais à l’époque, c’était loin d’être le cas. À chaque fois, c’était une lutte pour faire quelque chose et me dire que c’était bien.»

Écrire est devenu plus facile. Adams a même écrit un préquel à Shardik à propos d’une fille qui est vendue en esclavage (il y a beaucoup de sexe). Son roman le plus récent est Daniel, publié en 2006, et raconte l’histoire d’un garçon né sur une plantation en 1759. «J’ai juste pensé que je devais essayer d’écrire sur de vraies personnes, qui évoluent dans de vrais endroits, alors je l’ai fait, mais je ne m’attendais pas à ce que ce soit un succès et ça ne l’a pas été. Je ne sais pas écrire sur les personnes réelles. J’en ai eu la confirmation avec Daniel. Je suis un fantaisiste.»

Rien, cependant, n’a atteint le niveau de son premier roman. «J’essaie de le voir d’une manière positive, pour me dire: “Regarde Watership Down, si tu peux faire ça, tu peux faire n’importe quoi.” Bien sûr, on ne peut pas espérer avoir à nouveau un tel succès, mais ça nous donne confiance en nous et la possibilité de continuer à écrire.»

Aujourd’hui, il travaille de temps en temps. «Je suis vieux maintenant. Je ne pourrais pas écrire avec la même pression que je me mettais pour mes précédents romans.» Malgré son expérience mitigée avec Daniel, son travail en cours parle d’un garçon kidnappé quand il était jeune devenu mousse dans l’armada espagnole. «Je veux raconter l’histoire du point de vue du garçon, avec beaucoup d’action, dit-il, et avec, oui, plein de choses horribles.»

Couverture

WATERSHIP DOWN
de Richard ADAMS

« Un roman haletant peuplé de héros inattendus, charismatiques et profonds. »
— Sud-Ouest

LAPINS ET RÉALITÉ
The Spectator / Christopher Booker

Pourquoi une fiction sur des lapins, truffée d’exergues tirés de Shakespeare, du Comte de Chesterfield, de Xenophon, Yeats, Tennyson, Napoleon ou encore d’un prospectus de la Compagnie des Mers du Sud captive-t-elle autant? Sur quelle corde sensible de l’imaginaire du public ce roman tire-t-il pour être accepté en peu de temps comme l’un des classiques de la littérature parlant aux lecteurs de tous âges et être classé au même rang que Le Seigneur des anneaux ou que Les voyages de Gulliver?

Watership Down se base sur un genre littéraire ancestral, celui de la quête. Cette histoire est remarquablement similaire aux autres quêtes plus célèbres comme L’Énéide, L’Odyssée, ou celle des enfants d’Israël car leurs héros sont forcés de fuir leur foyer voué à la destruction puis d’affronter des épreuves pour enfin fonder leur propre communauté.

Les parallèles entre Watership Down et les autres histoires basées sur l’archétype de la quête sont en réalité encore plus profonds. Il ne faut pas croire que les quêtes ne sont que des descriptions d’un long voyage ayant pour destination un but lointain. Dans la plupart, en effet, les pires épreuves attendent le héros et ses compagnons une fois que leur but est proche. L’intrigue repose alors sur les difficultés qui se dressent devant eux pour les empêcher d’atteindre leur objectif et d’assurer leur descendance. Toute la seconde partie de L’Énéide est le récit de la bataille d’Énée pour assurer la pérennité de son nouveau foyer en Italie contre les tribus qui y vivent déjà. De même, les pires épreuves que Jason doit affronter ne l’attendent qu’une fois arrivé dans le voisinage de Toison d’or à Colchis, et l’arrivée d’Ulysse à Ithaque et la grande bataille finale avec les prétendants de Pénélope se produit exactement au milieu de l’Odyssée. C’est comme cela que nous pouvons voir, presque à chaque fois, quel est le véritable but de la Quête. Ce qui compte n’est pas simplement de parvenir au but, de trouver le trésor ou autre, mais de sécuriser ou d’établir un Royaume et, en général, de gagner une princesse par la même occasion.

À cet égard, Watership Down est absolument fidèle à cet archétype sous-jacent – au point que je suspecte Adams de ne pas en être complètement conscient. Le périple des lapins à travers la campagne pour parvenir à leur nouveau foyer n’occupe finalement qu’une petite partie du roman. Le reste décrit les énormes difficultés qui attendent le petit groupe quand ils arrivent, d’abord pour dérober un groupe de princesses lapins à l’hostile garenne d’Effrefa puis de faire de leur nouveau royaume un endroit paisible, et que le Maître Hazel puisse mourir en paix, sachant que l’union des mâles et des femelles assurera les futures générations de petits lapins qui perpétueront l’essor du royaume.

Maintenant que nous sommes passés par les hauts royaumes des comparaisons entre un roman d’aventure contemporain et quelques-unes des plus grandes histoires de tous les temps, revenons sur Terre. Discerner les enivrantes similitudes avec l’Odyssée ou L’Énéide est une bonne chose, mais le fait est que le sujet de Watership Down n’est ni les héros mythiques ni l’élévation cosmique de notre nature humaine. Le sujet, ce sont les lapins – et les associations sentimentales qu’ils provoquent, sans parler de la diminution plutôt que du grossissement d’échelle que cela implique, je crois que nous avons là une idée des raisons du succès de Watership Down.

Une des plus grandes qualités du livre est sa façon de transformer une portion de ce qui nous est familier: la campagne, en un royaume vaste, et de toute évidence, mythique. Quelques kilomètres seulement de champs, de forêts et de collines ont été magnifiés en un royaume presque sans frontières. La Manche, visitée par la mouette à tête noire Keehar, semble incroyablement lointaine. Traverser une voie de chemin de fer ou un petit ruisseau devient pour les lapins une épreuve incommensurable, comparable à l’évasion d’Ulysse de l’étreinte de Charybde et Scylla. Maintenant, comme nous le savons tous, le problème avec le monde moderne vu à l’échelle humaine ou à travers des yeux humains, c’est que ce n’est plus comme ça. Il n’y a plus à présent de “royaume inconnu et sans frontières”. Le monde s’est réduit à un minuscule jardin surpeuplé, surexploité et sur-mécanisé. Il faut une imagination débordante pour métamorphoser la campagne anglaise contemporaine, avec ses fermes d’élevage, ses clôtures en fil barbelé, autoroutes et lotissements, en un royaume de romance et de grande aventure. Mais en réduisant ses héros à hauteur de lapins, c’est ce qu’a réussi Adams, créant ainsi le paysage “pseudo-mythique” le plus réussi depuis le monde imaginaire créé par Tolkien.

De même, et non sans ironie, un des grands avantages d’avoir des animaux en guise de héros plutôt que des humains, c’est qu’on peut leur insuffler des qualités purement humaines, contrairement à toutes ces déformations déshumanisantes, inévitables quand on choisit de créer une histoire qui se déroule dans notre monde moderne de voitures, avions, fusées, téléphones et autres gadgets. Avec James Bond, Star Wars et les autres, la “déshumanisation” du héros épique a atteint ses limites en plaçant perpétuellement l’homme dans l’ombre des machines et des technologies. Avec les lapins de Watership Down en revanche, nous sommes bel et bien de retour dans un monde prémécanique, où le héros et ses amis ne doivent leur survie qu’à l’exercice direct d’un équilibre de leurs fonctions innées et primaires: force physique, vitesse, intuition, un cœur brave…

C’est ceci, je crois, qui explique véritablement le succès de Watership Down: le fait que pour révéler une histoire réellement humaine, d’après l’ancestral modèle de la Quête, l’auteur s’est détaché de notre monde moderne et technologique. Ce n’est pas un hasard si les hommes, avec leurs voitures, trains, bulldozers, pièges, gaz, sont vus dans le livre comme des ennemis, comme les plus grands prédateurs du monde des lapins. Ce n’est pas un hasard non plus si les aventures débutent avec une tentative d’échapper au symbole suprême de l’avancée constante d’un alien, d’un futur déshumanisant.

Vous aurez compris que j’admire énormément le livre de Adams. Je le trouve captivant, émouvant, et extrêmement profond. Mais ne fermons pas les yeux sur son terrible message. Ce roman fait partie des innombrables histoires d’évasion créées par l’inconscient de l’homme moderne – évasion du monde inhumain produit par la technologie et voué au désastre. Nous rêvons tous de revenir à un monde plus simple, plus naturel dans lequel on pourrait à nouveau redevenir complètement humain. C’est une chose de rêver d’un monde plus pur où l’on est à la fois en cohésion avec la nature et notre nature. Mais, c’est un rêve en totale contradiction avec notre tendance à vouloir sans cesse assujettir la nature pour notre propre confort.

Couverture

WATERSHIP DOWN
de Richard ADAMS

« Un roman génial. »
— L’Express

UN TERRIER DANS LE HAMPSHIRE
The Spectator / Leon Garfield / 1973

De quoi parle Watership Down de Richard Adams? Une cité est condamnée. Un voyant, à l’instar de Cassandre, présage une catastrophe imminente. Accompagné de quelques amis, peu nombreux mais déterminés, ils partent à la recherche d’une destination aperçue dans un rêve brumeux et où tous seraient en sécurité. La petite compagnie s’engage dans un long périple durant lequel elle va affronter d’étranges et terrifiantes aventures. Comme l’Odyssée d’Ulysse – et la comparaison n’est pas anodine. Les voyageurs restent un moment avec une communauté de Lotophages, admirateurs de la mort et dont l’imagination est si réduite que leurs contes ne dépassent jamais les confins de leurs vies étriquées. L’inévitable tribut qu’ils payent pour leur vie d’opulence est la mort qu’ils accueillent comme un soulagement et une délivrance. La grande aventure trouve son ultime dénouement à Watership Down, où, après de violents combats contre un état totalitaire voisin, l’harmonie est enfin établie et le futur assuré. Je ne sais pas si Richard Adams avait une ou des dizaines d’intentions en tête en créant cette ambitieuse histoire, mais elle a pour sûr beaucoup de parallèles avec notre société, qu’ils soient politiques, sociaux ou philosophiques. Cependant, ce ne sont pas ces parallèles qui sont au centre du livre. Watership Down est une grande épopée qui se déroule dans la campagne d’aujourd’hui ou d’hier. Ce n’est pas un roman fantastique, de science-fiction ou un drame historique. Il est basé dans notre monde.

Première page de Watership Down, manuscript original de Adams
Première page autographe de "Hazel et Fyveer" qui allait devenir Watership Down.

Comment a-t-il été fait? Adams a tout simplement choisi comme décor le seul univers dans lequel une telle épopée est encore possible, soit les champs, les fourrés et… les garennes. Les protagonistes sont des lapins sauvages.

En utilisant les mêmes éléments de base que Beatrix Potter, Richard Adams a réussi à créer un roman réellement captivant et original. Cette hardiesse nous coupe le souffle, et le talent avec lequel elle est menée nous fait soupirer de plaisir. La nature est observée et rendue avec une merveilleuse précision; et au fur et à mesure que l’on progresse dans la lecture, la bande de lapins errants, leur langage, leurs légendes, s’intègrent peu à peu à notre propre expérience.

Quand Hazel, Fyveer ou Bigwig farfalent ou font raka, on sait exactement ce que cela signifie et on a l’impression que ce langage n’a pas été inventé mais deviné. J’ai trouvé les conversations particulièrement intelligentes, et il y a en plus dans ce livre des moments extrêmement drôles. Le personnage de Keehar, une mouette blessée, est aussi cynique que n’importe quel New-Yorkais.

Certains écrivains ont déjà commenté les citations qu’Adams a choisi de mettre au début de ces chapitres. D’Eschyle à Napoléon Bonaparte en passant par Dostoievski, elles reflètent la variété et la qualité des lectures de l’auteur. En plus d’être pertinentes, elles indiquent selon moi, l’ambition et le sérieux du roman. Au premier coup d’œil, il est donc surprenant qu’un livre de cette ampleur soit confondu avec un roman d’aventure; ceci dit, cela montre bien que la soi-disant littérature de l’imaginaire est le dernier refuge des romanciers qui, comme Adams, «racontent des histoires».

Couverture

WATERSHIP DOWN
de Richard ADAMS

« C’est beau, légendaire, cruel, actuel. »
— Elle

ADAPTER WATERSHIP DOWN ?
The Telegraph / Dominic Cavendish

Le premier roman de Richard Adams s’est vendu à plusieurs millions d’exemplaires et figure parmi les best-sellers de tous les temps. C’est un roman parfait pour les enfants, et pourtant il est si bien écrit que les adultes ne peuvent pas le reposer une fois commencé.

Bien avant que Harry Potter ne soit une étincelle dans l’œil de J.K. Rowling, il y avait Watership Down, un roman qui s’est emparé de l’imagination des lecteurs depuis sa première publication en 1972 et ne l’a plus jamais lâchée.

Ce conte sur des lapins en fuite a facilement bondi vers le petit puis le grand écran, d’abord avec le film animé de Martin Rosen en 1978 et plus récemment avec la série de dessins animés. Pourtant, il y a eu peu de mises en scènes théâtrales.

À Farnham, le Redgrave a tenté de créer une comédie musicale en 1993, tout comme le Open Air Theatre à Regent’s Park en 1997, mais jusqu’à présent, personne n’avait creusé le terrier de la pièce de théâtre.

Watership Down pat le Drexel University Mandell Theater - source

Il n’est pas difficile de voir pourquoi l’adaptation théâtrale de Melly Still n’a pas fonctionné. Les lapins de Watership Down ne sont pas de mignonnes créatures dans des déguisements anthropomorphiques comme les personnages du Vent dans les saules, et malgré leurs traits humains, ils vivent très loin de notre monde, toujours en fuite, affrontant sans cesse le danger, se battant crocs et pattes pour leur survie… Trop loin pour que l’essence de l’œuvre de Adams ne parvienne jusque sur les planches.

Une fois qu’on est piégé par la prose de Richard Adams, c’est comme si on se blottissait tout contre Hazel, Fyveer, Bigwig et leurs amis ayant migré de leur garenne condamnée – comment le théâtre pourrait-il conserver cette authenticité animale et cette empathie sans apitoiement?

La BBC et Netflix collaborent aujourd’hui pour offrir au public du monde entier une nouvelle adaptation du best-seller Watership Down dont le budget avoisinerait les 25 millions d’euros. Au casting, des acteurs comme Nicolas Hoult, vedette de Skins, James Mc Avoy (Finn dans Le réveil de la force), mais aussi Ben Kingsley et Gemma Aterton.

Écrite par Tom Bidwell, scénariste de My Mad Fat Diary, et réalisée par Noam Munro, connu notamment pour 300: la naissance d’un Empire, la nouvelle adaptation restera fidèle au célèbre roman mais visera un public plus familial. Les spectateurs ont en effet encore en mémoire le film de 1978 réputé pour ses scènes sanglantes qui, cette année encore, a créé la polémique, les parents trouvant ce film trop violent pour être diffusé un dimanche de Pâques en plein après-midi.

La version de la BBC offrira également un rôle plus important aux personnages féminins.

Alliant grands talents et une magnifique animation, cette nouvelle série en quatre épisodes basée sur le roman intemporel de Richard Adams saura réjouir les fans et captiver un nouveau public.

Couverture

WATERSHIP DOWN
de Richard ADAMS

« Subtil et puissant à la fois. Du suspense et des moments d’une grande beauté. »
— Michigan Weekly

UN LIVRE BONDISSANT
Columbian Missourian Newspaper / Mary Sleater / 1974

Beaucoup de livres tels que Le Vent dans les Saules, Le Seigneur des anneaux et la Ferme des animaux ont été écrits sur des animaux. Watership Down de Richard Adams est à part. Ses héros, des lapins, conservent leurs caractéristiques et deviennent pourtant des humains. Ils ont des personnalités, des croyances et des valeurs.

Watership Down est le premier roman de Richard Adams. Le style et le contenu de ce livre ainsi que l’utilisation efficace des descriptions et des dialogues illustrent sa connaissance de la nature et de la littérature. En plus de raconter les aventures de ses héros, Adams donne des faits réels sur le comportement des lapins. Si une garenne devient surpeuplée, les hases peuvent en effet perdre leur capacité à se reproduire, ou réabsorber leurs propres embryons.

Les conversations des lapins sont entrecoupées de langue lapine pour rappeler au lecteur qu’ils sont bien des lapins et pas des humains. «Ne dis pas de bêtises, par Krik.»

Création Patrice Monassier - 2016
Un lapin Golem ! - Patrice Monassier, 2016

Adams décrit beaucoup leurs habitudes et tente d’expliquer comment ils voient le monde qui les entoure. Que cette explication soit correcte ou non, elle amène le lecteur à adopter un nouveau point de vue sur la nature.

Le lecteur peut s’identifier à la vision des lapins comme s’il en était un lui-même, ou se voir comme l’ennemi, l’homme. Le livre, en questionnant ces deux relations, commente la société humaine.

Watership Down est une aventure excitante qui se déroule dans les collines et les vallons anglais. Ce gros livre se lit en un éclair. L’intérêt du lecteur est maintenu de bout en bout et quand on a fini un chapitre, on n’attend qu’une chose: en lire un autre.

Couverture

WATERSHIP DOWN
de Richard ADAMS

« Hazel c’est un peu Ulysse, un peu Énée, et Adams a ressuscité l’épopée. »
— Classical & Modern literature

ONZE ANECDOTES À PROPOS DE WATERSHIP DOWN

1. Watership Down ne devait pas s’appeler Watership Down

C’est Rex Collings, l’éditeur qui a accepté de publier le manuscrit d’un inconnu, qui a suggéré d’intituler le livre Watership Down. Le titre que Richard Adams avait proposé était Hazel et Fyveer, en référence au Maître lapin bon et plein de sagesse et à son frère Fyveer qui a prédit la destruction de leur foyer et convaincu le groupe de partir à l’aventure.

2. La prédiction de Fyveer est étrangement réelle

Watership Down débute dans la garenne de Sandleford, un lieu qui existe réellement dans la campagne du Berkshire en Angleterre, et où vivaient de nombreux lapins. En février 2012, le conseil du Berkshire a accepté un programme prévoyant de bétonner ce qui était autrefois la garenne de Sandleford afin de faire construire 2000 nouveaux logements, et ce, malgré les protestations de nombreuses personnes, dont Richard Adams.

3. Watership Down était à l’origine une façon pour Adams de faire frémir ses filles…

Adams a révélé à la BBC en 2007 que l’histoire était née lors d’un long voyage en voiture: il se rendait avec ses deux filles à Stratford-upon-Avon pour voir Judi Dench dans une mise en scène de La Nuit des Rois de Shakespeare. Son aînée lui a demandé de raconter une histoire pour faire passer le temps. «J’ai dû être spontané, forcément, et j’ai commencé par ce qui me venait à l’esprit: “Il était une fois deux lapins appelés… Hmm… voyons… Hazel et Fyveer, et je vais vous raconter quelques-unes de leurs aventures.”» « Ce qui a suivi est la véritable essence de Watership Down.» Cela a duré plusieurs mois lors des trajets pour aller à l’école. Adams a confié au Telegraph en 2014 qu’il allait se coucher en pensant à ce qui allait se passer ensuite, pour être prêt à le raconter à ses filles le lendemain matin. Dans un sens, devoir inventer de nouvelles histoires constamment était une façon pour l’auteur d’être présent dans la vie de ses filles: «C’est très important pour moi. Les parents devraient passer plus de temps en compagnie de leurs enfants. Beaucoup ne le font pas.»

4. …Mais ce n’est pas vraiment une histoire pour enfants.

Quand il a été publié aux États-Unis en 1974, le critique du New York Times a noté que bien que l’histoire commence comme un conte pour petites filles, il doutait que ce livre soit réellement destiné aux enfants, en expliquant: «Je ne peux pas imaginer que des lecteurs de moins de 13 ou 14 ans aient la patience de venir à bout de cette épopée de 400 pages ou la maturité pour saisir les stratégies allégoriques.» Adams est d’accord, mais pas à cause de la longueur du livre, ou parce qu’il est sombre et triste. Plus tard, il a déclaré: «J’ai toujours dit que Watership Down n’était pas un livre pour enfants. J’ai dit: c’est un livre, et quiconque veut le lire, peut le lire.»

5. Adams est content que son livre fasse peur.

Les parents étaient surpris qu’un livre qui parle de lapins anthropomorphisés contienne tant de morts et de violence. Une de ses filles a avoué ne pas pouvoir s’endormir après ces histoires, et Elizabeth, la femme de Richard Adams, a même essayé de faire retirer la scène dans laquelle Bigwig est piégé dans un collet. Quand un fan de 12 ans a demandé à Richard Adams pourquoi le livre était si effrayant, l’auteur a répondu: «Les bonnes histoires se doivent d’être excitantes, et pour qu’elles soient excitantes, il faut qu’elles contiennent des passages effrayants !»

6. Les lapins ont été inspirés d’officiers de la seconde guerre mondiale.

Le Lieutenant Adams a écrit dans son autobiographie qu’il s’était inspiré des hommes de la 250 Airborne Light Company RASC qu’il a commandée, et plus particulièrement de leur rôle dans la bataille de Arnhem. La bataille, qui a duré 9 jours en septembre 1944, s’est soldée par d’énormes pertes pour les forces alliées. Adams avoue s’être notamment inspiré de deux soldats. Pour Hazel, il a utilisé les traits de caractère du Major John Gifford, un homme qu’il décrit comme étant «courageux tout en étant le plus effacé de tous» et «un excellent organisateur» qui n’élevait que très rarement la voix», ajoutant «Tout en lui était calme, vif, et sans prétention.» Gifford a survécu à la guerre, contrairement au capitaine Desmond «Paddy» Kavanagh, qui a servi de modèle pour Bigwig le guerrier. Audacieux, élégant et sûr de lui, «il n’avait peur de rien», et correspondait parfaitement à l’image que le public se faisait d’un officier parachutiste. «Il a été tué au combat à Oosterbeek alors qu’il couvrait sa section. Il n’avait que 25 ans.

Adams a déclaré en 2014 qu’il s’identifiait plus à Fyveer: «Plutôt timoré et pas vraiment combatif… mais capable de contribuer grâce à son intuition.»

7. … Mais se comportent comme… ben… des lapins.

Richard Adams connaît bien les dynamiques de groupe en situations de stress extrême ainsi que les habitudes des vrais lapins. Afin de mieux comprendre ces créatures, Adams s’est basé sur le livre du naturaliste britannique Ronald Lockley, La vie secrète des lapins. Après que le roman soit sorti, Adams et Lockley sont devenus amis et – comme le font les amis – sont partis en voyage en Antarctique et ont plus tard coécrit un livre sur leur expérience.

8. Adams ne voulait pas que les gens tentent de trop interpréter Watership Down.

Depuis plus de quarante ans, les lecteurs ne cessent de trouver des significations plus différentes les unes que les autres à Watership Down. Les universitaires s’intéressent généralement aux éléments folkloriques de l’histoire, ou tentent de l’interpréter comme une allégorie religieuse. Adams rejette toutes ces théories: ce devait simplement être une histoire, et ça demeure une histoire. Une histoire – une sacrée bonne histoire, je dois admettre – mais une histoire. Ce n’est pas censé être une parabole. C’est important, je pense. Sa puissance et sa force viennent du fait que je la racontais dans la voiture.»

9. Le roman a inspiré un jeu de rôles

En 1976, le best-seller a rencontré un autre phénomène: les jeux de rôles. Donjons & Dragons est sorti en 1974, ouvrant la voie à un nouveau marché étonnement lucratif qui semblait adaptable à pratiquement tous les genres, du space opera aux récits du Far West ou du Japon Ancien. Fantasy Games Unlimited a vu une opportunité et l’a saisie, greffant le monde des lapins de Adams sur la structure de jeu de D&D et nommant le résultat Bunnies & Burrows (Lapins et terriers). Les participants prétendaient être des «lapins intelligents» essayant de survivre à des famines et aux humains.

Sawyer et Watership Down
Watership Down dans Lost...

10. Art Garfunkel a chanté une chanson à propos du livre

Quand on y pense, des lapins anthropomorphisés vivant dans un monde naturel idéalisé et dangereux semble être un sujet parfait pour une chanson. En 1978, Art Garfunkel a chanté «Bright eyes» écrit par Mike Batt, une chanson largement considérée comme étant la bande-originale du dessin animé inspiré de Watership Down. La chanson que Garfunkel a plus tard enregistrée pour son album de 1979 Fate for Breakfast, est devenue le single numéro 1 au Royaume-Uni cette année-là.

11. Adams aurait aimé commencer à écrire plus tôt.

Avant Watership Down, Adams n’avait jamais écrit un mot de fiction. Dans une interview accordée au Guardian en 2015, il a dit: «J’avais 52 ans quand j’ai découvert que je savais écrire. J’aurais aimé le savoir avant. Je n’ai jamais pensé que j’étais un écrivain avant que j’en devienne un.» Mais Adams reconnaît que rien de ce qu’il a écrit n’a atteint la puissance de son premier roman: «J’essaye de voir ça d’une manière positive, et de me dire: “Regarde Watership Down, si tu peux faire ça, tu peux tout faire.” Bien sûr, on ne peut pas espérer avoir à nouveau un tel succès, mais ça nous donne confiance en nous et la possibilité de continuer à écrire.»

Couverture

WATERSHIP DOWN
de Richard ADAMS

« Watership Down reprend l’ancestral thème littéraire de la quête. »
— The Spectator

BIBLIOGRAPHIE
DE RICHARD ADAMS

ROMANS

Watership Down, 1972
Shardik, 1974 [Beklan Empire]
The Tyger Voyage, 1976
The Plague Dogs, 1977
The Adventures & Brave Deeds Of The Ship's Cat On The Spanish Maine: Together With The Most Lamentable Losse Of The Alcestis & Triumphant Firing Of The Port Of Chagres, 1977
The Girl in a Swing, 1980
The Iron Wolf and Other Stories, 1980
The Legend of The Tuna, 1982
Maia, 1984 [Beklan Empire]
Traveller, 1988
The Outlandish Knight, 1999
Daniel, 2006


NOUVELLES

Back of the Moon, 1980
The Blind Boy and His Dog, 1980
The Cat in the Sea, 1980
Crab, 1980
The Crimson Parrot, 1980
The Crow and the Daylight, 1980
The Giant Eel, 1980
How long will you live? 1980
A Hundred Times, 1980
The Iron Wolf, 1980
Tales from Watership Down (recueil), 1996


ESSAIS

Nature Through the Seasons, 1975
Nature Day and Night, 1978, [avec Max Hooper]
Voyage Through the Antarctic, 1982, [avec Ronald Lockley et Allen Lane]
A Nature Diary, 1985
The Day Gone By (autobiographie), 1990
Antarctica, 1990