Extraits bizarrement choisis de Tu dis ça parce que tu m'aimes

Boutique    |   Articles    |    Listes    |   Suggestions   |   Accueil
Nos livres    |   
Newsletter   |   Facebook   |   Contact   |   La belle colère

.

« Tous les hommes du roi commence
comme une comédie du pouvoir, emprunte les chemins
de la fresque historique et se conclut sur un entrelacs
de tragédies, la somptuosité de l’écriture le disputant
dans chacun de ces registres à la profondeur de la pensée.
Chef-d’œuvre ? Oui, dix fois plutôt qu’une. »
Les Inrocks

.


E X T R A I T S   B I Z A R R E M E N T
C H O I S I S   D E   « T U   D I S   Ç A   P A R C E
Q U E   T U   M ’ A I M E S
»

. . . . . .

Extrait de Le Congélateur de Pascale Dietrich, pour résumer, une femme se voit adjoindre un collègue dans son bureau jusque-là réservé à son seul usage, elle en tombe malade de colère et d’indignation et se retrouve pour quelques jours en congés maladie:

«…Heureuse de ces vacances impromptues, je tentais désespérément de cesser de penser à mon collègue. Rien n’y fit, mon bureau restait dans un coin de ma tête, telle une veilleuse maladive toujours branchée; sans cesse, j’imaginais les faits et gestes de son occupant comme un félin surveillerait son domaine de chasse. À deux doigts de la crise de nerfs, je me résolus à téléphoner à mon amie Perrine pour lui demander conseil — nous avions pour habitude de nous épauler dans les épreuves difficiles. Dès mes premiers mots, elle devina que quelque chose n’allait pas. D’une voix chevrotante, je lui décrivis alors la catastrophe en détail, du début à la fin. À l’autre bout du fil, je percevais sa respiration régulière, signe que ses méninges s’activaient intensément, cherchant un moyen de me venir en aide depuis l’abysse de leurs cellules grises. Bientôt, elle prit une longue inspiration:  “J’ai une idée. C’est on ne peut plus simple et très efficace, m’assura-t-elle, il suffit de prendre en photo la personne à l’origine de tes tourments et de mettre la photographie au congélateur: la personne en question sera aussitôt neutralisée.” Sa cousine avait déjà testé cette méthode et en avait été pleinement satisfaite. Incrédule, je haussai les épaules puis souris en m’allumant une cigarette, Perrine avait toujours eu des idées saugrenues. Je lui assurai que j’allai y réfléchir  et raccrochai, perplexe. Mais allez savoir pourquoi, lorsque j’entrepris de préparer le dîner pour mon mari et mes enfants, la grosse boîte blanche attira mon regard comme un aimant…» 

. . . . . .

Extrait de La Disparution, une histoire étonnante entre polar perturbant et énigme mythique de Xavier Gélard:

«Un homme qui s’appelle Jumeau.

Un homme qui s’appelle Jumeau, un auteur de romans policiers.

Des romans policiers métaphysiques, avec juste assez de suspense pour que l’on s’y attache. Au centre du diagramme, toujours la même figure: l’enquêteur est suspecté d’être le criminel. Dans L’Exemplaire, un meurtrier laisse des objets personnels appartenant au commissaire sur les lieux du crime. Celui-ci est si troublé qu’il tombe peu à peu dans le piège et finit par se croire coupable. Mais le criminel fait un faux-pas, prend de l’avance sur la personnalité de son ennemi, laisse un objet – l’exemplaire d’un livre – qui n’appartient pas encore au commissaire, et se démasque
du même coup.

«Il y a paraître et paraître: l’apparition et la parution.
Disparaître, pour un livre: pas simplement échapper à la presse; pas simplement tomber dans l’oubli; pas non plus finir au pilon. Le seul livre qui disparaisse vraiment est celui qui, paru, n’a jamais existé pour personne.»

Jumeau court dans toutes les librairies de Paris. Ce soir, il doit faire une lecture, mais il n’arrive pas à mettre la main sur À paraître, son nouveau livre. Personne n’en possède d’exemplaire, ni lui qui pourtant en gardait cinq, ni la librairie qui se trouve dans sa rue, ni aucune autre. Jumeau appelle Michelle, des Lettres d’or, lui annonce qu’il va passer à la librairie pour prendre un exemplaire et lui demande encore un répit – reporter de quelques heures la lecture de ce soir; Michelle lui répond qu’elle ne comprend pas, que rien n’est prévu. Jumeau raccroche sans y croire…»

. . . . . .

Extrait de En Observation une nouvelle très lynchienne d’Andrès Cores:

«La voiture est immobile, couchée sur le côté. La portière est coincée, je dois me hisser et sortir par la fenêtre. Je saute sur la chaussée; mes vêtements sont couverts de verre; ma tête me fait mal, mais je ne vois aucune blessure sur mon corps. J’ai la bouche pleine d’une salive aigre et collante, comme si j’avais dormi très longtemps. La chaussée me semble molle, aussi molle qu’un tapis de mousse, je m’étends sur le bord de la route, elle est déserte. Le pare-brise gît plus loin, comme un gros mouchoir froissé.

J’ignore ce qui est arrivé. La voiture, tremblante, se laissait aller à une longue glissade, se reprenait, tournait sur elle-même, prenait appui pour s’élancer dans un tonneau interminable. Il me semblait que nous étions, elle et moi, des trapézistes sur lesquels la foule tenait ses yeux fixés; puis elle retombait d’un lent mouvement d’athlète fatigué qui relâche ses membres inutiles. Cela avait duré très longtemps, je ne pensais à rien, je tournais machinalement le volant, d’un côté et de l’autre. Le silence était pénible, à peine interrompu par le crissement des pneus. Mon esprit se taisait obstinément. Quelques odeurs attiraient mon attention, odeurs de frottements métalliques, de limailles mélangées à la peinture et de caoutchoucs brûlés. Je ne me souviens pas du bruit des vitres brisées ni de celui de la tôle fendue.

Je suis couché sur le bord de la route et je ne bouge pas. Il fait beau, c’est le petit matin, l’air est encore frais, mais la journée sera très chaude. Une bouffée de joie et de reconnaissance m’envahit: je suis vivant! J’ai envie de battre la campagne, un brin d’herbe entre les dents. Mais, au bout de quelques minutes, le paysage provoque en moi une sorte de gêne. C’est comme s’il me regardait fixement. À mon tour je l’observe. Il est empreint d’une beauté convenue, les prairies sont trop vertes, le blé a des épis trop gros, comme dans une image d’Épinal, les oiseaux chantent avec trop d’application. C’est comme si le paysage m’adressait un reproche muet. Le paysage était-il si naïf lorsque je roulais? Mon souvenir s’accorde plutôt aux images de banlieues s’étirant à l’infini, auxquelles succèdent les petits villages ternes: l’église, l’hôtel familial au croisement des routes, les fermes misérables. À ce moment ma pensée est irrégulière et confuse. Je me souviens de cette recommandation que j’ai souvent prodiguée à mes élèves: “aller toujours à l’idée, sans s’encombrer de faits inutiles” et je la trouve insuffisante et ridicule. Je me sens écrasé par les détails.

Je suis persuadé que quelque chose va se passer, il ne me reste plus qu’à attendre, ce paysage en carton pâte ne peut pas durer, il s’écroulera de lui-même.

“Adèle!” crie ma voix. Je comprends tout à coup le reproche que me faisait le paysage: ma femme est encore prisonnière dans l’habitacle!…»

. . . . . .

Extrait du Chevalier de la Resquille, l’histoire touchante et renversante d’un petit voleur, de Valéry Méynadier :

«“Grou-grou-grou, entendait le petit garçon la nuit, c’est avec nos excréments, tu sais, qu’on fait nos maisons, grou-groutaient les termites. Ce que vous appelez le mortier stercoral, qu’on triture avec nos mandibules, c’est notre merde, nous sommes libres de construire nos maisons avec notre propre merde. En Afrique, les termitières peuvent atteindre cinq mètres de haut, tu sais. Grou-grou-grou…”

Il est donc possible de faire quelque chose avec tout ce merdier, se disait déjà le petit Pierrick Fenneck, en s’endormant.

Quand la famille était rentrée, les termites festoyaient dans un silence opaque. Il ne restait rien. À part le papier peint innommable et la moquette beige piquetée de points marron et de brûlures de cigarette. Qui aurait l’idée de pénétrer dans une bicoque termitée donc pleine de merde? persistait à se demander Denise Fenneck, passablement amochée par le passage des cambrioleurs. C’était elle la première, qui, émerveillée, avait conté l’histoire des insectes bâtisseurs à son fils. Depuis le cambriolage, elle avait changé, fini les histoires au lit. Au fond de ses pauvres yeux comateux, on pouvait lire la mathusalemienne incompréhension du monde: pourquoi moi?

Pour se requinquer, elle s’était mise à trafiquoter des abat-jour en laine, en paille, avec des perles, d’un mochetingue! Du coup, le dab qui commençait toujours une foule de choses sans aller au bout de rien, s’était mis en tête de tripatouiller l’électricité. V’là le travail: un tas de fils électriques de toutes les couleurs ébouriffés tels des serpents qui sortaient des lustres et ça sifflait dans la casbah, la mère, pure langue de vipère, rongée aux termites, le loupait pas le vieux dab! Ancien magicien, il s’était fait disparaître le jour de sa retraite. Ultime vestige: une moustagache spectaculaire. Eh, toi, a-t-il dit à sa rombière, car de temps en temps, il réapparaissait, t’as vu tes abat-jour?

Ah, c’est comme ça!…»

 

Revenir au livre.

. . . . . .

.

V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E