Ils disent de Temps gelé

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« Tous les hommes du roi commence
comme une comédie du pouvoir, emprunte les chemins
de la fresque historique et se conclut sur un entrelacs
de tragédies, la somptuosité de l’écriture le disputant
dans chacun de ces registres à la profondeur de la pensée.
Chef-d’œuvre ? Oui, dix fois plutôt qu’une. »
Les Inrocks

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I L S   O N T   D I T
D U   L I V R E

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Chronique de Temps gelé sur Paludes

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Monsieur Toussaint Louverture, éditeur, aime préciser les choses. En fin de volume, les amateurs de typographie trouveront donc de quoi se rassasier : les références du papier, les polices utilisées (ah! l'élégance du Garamond), la couleur de la couverture (deux passages successifs de pantone 287U « en espérant sincèrement obtenir quelque chose d'indigo ») et une remarque lexicologique : « Une novella est une fiction en prose, plus longue qu'une nouvelle et moins longue qu'un roman. » Temps gelé est donc un recueil de « nouvelles & novellas ».

Qu'importe cette précision puisque, longues ou courtes, les histoires de Thierry Acot-Mirande anéantissent à plaisir les frontières entre genres littéraires, folâtrant du côté du fantastique, de l'irréel. L'auteur met d'ailleurs dans la bouche d'un de ses narrateurs : « Je prenais conscience du pouvoir transformateur de l'imagination, du lac profond que formait la réalité en moi et dont l'eau me submergeait peu à peu. [...] Je compris soudainement que c'était en moi que résidait le secret. Le jaguar rouge qui courait sur une plage bleu royal sous un ciel pourpre n'existait que parce que je l'avais imaginé. »

Thierry Acot-Mirande imagine sans faiblir, ose des incursions dans le passé sans dédaigner le futur, plante ses personnages dans des bars huppés ou des lieux incertains, quand tombe la nuit et que les masques mènent la danse. Monsieur Toussaint Louverture, éditeur, tout à sa modestie, omet de préciser, en fin de volume, une autre élégance : celle de l'écriture de l'auteur, sous la jaquette indigo. Une écriture venimeuse, dangereusement délectable, qui se repaît de cruauté comme de beauté.

Martine Laval, Télérama

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« Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué » Telle pourrait être la devise des éditions Monsieur Toussaint Louverture. À une époque, en effet, où les livres apparaissent de plus en plus standardisés, tous façonnés selon les mêmes procédés de fabrication, les éditions Monsieur Toussaint Louverture se démarquent en privilégiant l'élégance, la qualité et l'originalité. Leur dernière publication, Temps Gelé de Thierry Acot-Mirande, nous en apporte une nouvelle fois la preuve. La couverture bleue (de l'Inuit Original blanc Blizzard, 300g, nous précise-t-on en fin de volume), s'orne d'un léger relief et de fioritures argentées, les polices sont choisies avec soin, et le papier intérieur (du my 306° Edit me blanc, 100g) offre un indéniable confort de lecture. Bref, le genre de boulot qui nous met d'office dans de bonnes conditions pour aborder sereinement le contenu d'un aussi bel objet.

Et ce contenu, justement, ne nous déçoit pas. On y retrouve indéniablement l'esprit des autres publications du catalogue de la maison, cet esprit décalé et iconoclaste qui fleurissait déjà dans les nouvelles de Julien Campredon (Brûlons tous ces punks pour l'amour des elfes), ou dans celles de Robert Benchley (Remarquable n'est ce pas ?) pour ne citer que deux des leurs dernières productions. Au fil de onze nouvelles et « novellas » (l'éditeur nous rappelle que ces dernières sont des fictions en prose plus longues qu'une nouvelle mais moins longues qu'un roman), Thierry Acot-Mirande nous emmène en balade dans le troublant univers qui est le sien, univers instable où rien n'est sûr, rien n'est fiable. Le temps s'y écoule selon des séquences parfaitement aléatoires, les décors sont irréels, les saisons capricieuses, et les personnages ne sont jamais réellement ceux qu'ils semblent être : ils passent leur temps à se croiser, à se frotter, à se froisser sans jamais se rencontrer véritablement.

Les textes de Thierry Acot-Mirande ressemblent aux plus emberlificotés de nos rêves. Comme eux, ils progressent par analogies, par légers décalages, mais sans objectifs déterminés, sans déroulé précis ni finalité propre. C'est ce qui fait à la fois leur charme et leur côté angoissant. C'est ainsi par exemple, que la plupart des nouvelles contenues dans le volume s'achèvent sur une fin qui n'en est pas une, sans apporter l'apaisement d'une chute que nous avons l'habitude d'attendre dans ce genre d'exercice. Non, Thierry Acot-Mirande clôt ses proses comme on sort de nos rêves, brutalement, sans se soucier de s'excuser de l'éventuelle frustration qu'il peut provoquer chez nous.

Le procédé est quelque peu déroutant, au début, puis on s'y fait, et on se laisse emporter sans état d'âme par le courant onirique dans lequel l'auteur nous entraîne. Après tout, les occasions de se laisser sombrer dans d'aussi sublimes rêves sont plutôt rares : alors pourquoi se priver ?

Stéphane Beau, Le Magazine de Livres.

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Sous une couverture bleue et argent d’une belle élégance, sur un papier raffiné, la typographie claire nous offre des nouvelles un rien inactuelles. Peut être auraient-elles pu avoir été écrite à l’époque de Barbey d’Aurevilly, de Kafka, de Mandiargues ou d’Ogawa… Est-ce à dire qu’elles sont sous influence ? Pas réellement. Thierry Acot-Mirande, également poète, romancier et essayiste (on lui doit entre autres L’enfer du cinéma. Dictionnaire des films cultes et maudits), sait se réserver une écriture précise et cultivée, un ton personnel.

La nouvelle titre est certes à ranger dans ce thème repéré par Roger Caillois dans sa préface à L’Anthologie fantastique : « l’arrêt ou la répétition du temps » mais elle le renouvelle avec une once d’émotion amoureuse et de distance qui rend l’aventure de Gabriel et Barbara piégés par « les geleurs » aussi palpitante qu’insoluble. Plus loin, ce sont « les voies parallèles du temps » qui sont interrogées dans « une histoire illicite» qui permet de faire disparaitre sa femme en la pliant, et ce grâce à une formule mathématique démente.

A-t-on, vraiment envie de faire partie de l’ère ou se déroule « Un épisode de la guerre du méthane », de ce « 5 w club » assurément sélect, ou l’on évoque des sorciers araignées et où l’on mange des cerveaux captifs à la cuiller ? « Sable rouge » conte l’errance d’un jeune homme parmi les saturnales masquées, orgiaques et sanglantes, quand « le Photographe bleu » s’intéresse à la collusion entre l’éros et une mort monstrueuse. Parmi d’autres nouvelles peut être moins impressionnantes, se détache celle de l’écrivaine mythique qui pourtant n’écrit plus et s’éloigne, comme la tour de Carlos le maçon, vers des « étoiles étrangères ».

Un interstice de mystère reste toujours béant entre les personnages, entre leur être et leur destin. Ces constructions narratives et intellectuelles, ces « associations d’images imprévisibles qui constellent l’inconscient » se conjuguent dans des fictions fantasques, inquiétantes et fantastiques. Thierry Acot-Mirande est il un post-romantique vénéneux ?

Thierry Guinhut, Le Matricule des anges

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Temps gelé, de Thierry Acot-Mirande, est une publication exemplaire du travail d’éditeur de Monsieur Toussaint Louverture depuis sa création. Ces nouvelles et novellas, tout d’abord, présentent — et c’est le plus important — un travail d’écriture remarquable dans lequel chaque mot, dans sa simplicité, est une précise concrétion de complexité; c’est là tout l’art subtil des formes littéraires brèves. Le texte est, de plus, serti dans un livre d’une facture magnifique et d’une finition parfaite.

Éditer de très beaux textes dans de très beaux livres est décidément un choix de Monsieur Toussaint Louverture dont on ne peut que se réjouir!

Librairie Le Lièvre de mars

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Il y a des nouvelles qui coulent de source. Évidentes. De celles qu’on avale, qui glissent et s’évaporent. Et d’autres, plus complexes, plus sophistiquées, qui demandent un peu plus d’effort et de concentration. Les textes de ce Temps gelé font partie de la deuxième catégorie. Ils se méritent. Se prennent dans le désordre, sont empreints de poésie, semblent venus d’ailleurs, et tentent de maîtriser ce temps qui file entre les doigts. Car de temps, il est beaucoup question dans ce recueil qui n’oublie pas d’être également un bel objet.

Factotum, mai.

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Lydia for Lunch

[…] Lydia Lunch, c’est une incarnation du chaos. Toute éventualité de réalisation devient soudain plus imminente, plus statistiquement probable. Plus tentante aussi. Répugnance/attirance. L’enfer le plus noir et le plus brillant, comme une onyx faite chair de femme. Digne, touchante et intelligente. Et comme moi, Thierry Acot-Mirande en est intimement convaincu. Sa dédicace le prouve.

Mais les éditions Monsieur Toussaint Louverture sont d’une mesquinerie sans pareil : impossible de ne pas caresser une telle couverture, ce bleu outremer, comme ciselé et paré de rabats 100mm, ses pages 300 gr… Ce n’est plus du packaging, c’est un équipementier pour automobile de collection ! Les éditions MTL dealent, un point c’est tout. Encourage l’accoutumance. Alors j’ai plongé. Et ce n’était pas gagné.

Paré d’une prose qui trouverait plus sa place chez Breton, ou Vian s’il avait joué de la trompette comme James Chance du sax, on attendrait de cet auteur une place sur le premier bateau en partance pour le panthéon. Enterré avec les décrépis j’entends.

Mais les thèmes, mes enfants, les thèmes qu’il a choisi, eux ne peuvent se résoudre à l’enfermer dans un caveau. Pas encore.

Il y a bien une poignée de nouvelles qui sentent le déjà écrit, les terrrrribles guerrrrres briseusent d’amour par exemple. Mais même là, on a l’impression de lire un à-la-manière-de Lovecraft ou Poe. Par contre, le reste... les ambiances de salon, velours côtelé et boiseries drapées, les femmes dont on voudrait mordre le réalisme de la plastique, cette propension à tomber sur un corps difforme, cette obscène incitation tacite au cannibalisme… C’est entre Lynch et Cronenberg qu’on dîne ce soir. Viande froide servie dans son sang. Répugnance/attirance.

T.A-M. confesse une affection new wave, dont on devine le contour glacial dans ces personnages masqués, travestis, dans la nuit sur Tokyo, dans une tour de verre, ces réflexions tordues sur les probabilités, l’ère du nucléaire qui ne finirait pas. Comme si Pacadis n’était pas encore mort. Mais déjà, on sent venir cette fascination pour un douloureux soleil argentin qui voit mourir les taureaux et fleurir les novellas. Pas les soap brésiliens. Les histoires, un peu plus courtes qu’un roman, un peu plus longue qu’une nouvelle. Informes, elles aussi.

Récemment, T.A-M. avouait que ses personnages ne croyaient pas en le futur. Lui non plus. À n’en pas douter. Il vit dans une perpétuelle projection d’un avenir qui fut moderne avant d’être suranné. Déplacé même. Un monstre inamovible à jamais protégé derrière sa vitrine de papier cartonné bleu. Comme verglacé.

Hilaire Picault, Gonzaï

 

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