Ce qu'ils ont dit de remarquable à propos de Remarquable, n'est-ce pas ? de Robert Benchley

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« Tous les hommes du roi commence
comme une comédie du pouvoir, emprunte les chemins
de la fresque historique et se conclut sur un entrelacs
de tragédies, la somptuosité de l’écriture le disputant
dans chacun de ces registres à la profondeur de la pensée.
Chef-d’œuvre ? Oui, dix fois plutôt qu’une. »
Les Inrocks

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C E   Q U ' I L S   O N T   D I T   D E
R E M A R QU A B L E   À   P R O P O S   D E
R E M A R Q U A B L E ,   N ' E S T - C E   P A S ?
D E   R O B E R T   B E N C H L E Y

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Benchley sur France Inter.
(émission Déjà debout ou pas encore couché)

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Scénariste de l'immortel film La Vie sexuelle des Polypes (comment ça, vous ne l'avez pas vu?), Robert Benchley s'est également et brillamment exercé au métier d'acteur, de critique et de chroniqueur pour le New Yorker et Vanity Fair. On trouvera rassemblées ici quelques-unes des plus savoureuses pages de ce cousin américain de Pierre Dac et d'Alphonse Allais, pages qui nous éclaireront sur «les clefs de la finances internationales» (utile ces temps-ci), sur la meilleure manières de venir au bout de ce que l'on doit faire, de voyager avec des enfants sans provoquer de drame, ou bien les phrases nécessaires à un Américain en visite à Paris. Brillant, mordant, flirtant avec le «non-sense», et le tout luxueusement (n'ayons pas peur des mots) édité par Monsieur Toussaint Louverture qui, décidément, réalise parmi les plus jolis livres que nous puissions trouver sur les tables de librairie. Franchement, que demander de plus pour Noël?

Gazette de l'Arbre à Lettres.

 

De Robert Benchley, Remarquable, n'est-ce pas? réunit trente-cinq textes qui viennent en renfort des recueils publiés ces dernières années chez nous, notamment au Dilettante, et déjà signalés dans ces colonnes.

C'est une réédition, mais revue, augmentée et illustrée, des Supplices des week-ends, paru il y a une quinzaine d'année aux éditions 10/18. Le titre, dû à l'éditeur, n'est pas sans évoquer le «étonnant, non?» dont Pierre Desproges concluait il y a quelques années, à la télévision, son éphémère Minute de M. Cyclopède. L'humoriste grinçant, disparu il y a vingt ans, n'eût, du reste, pas renié sa parenté d'esprit avec son aîné.
Rien à jeter chez ce dernier, né en 1889, mort en 1945, également acteur et scénariste de cinéma. Dans la première moitié du siècle dernier, typique représentant de l'humour anglo-saxon, champion incontesté du nonsense.

Un genre dans lequel s'illsutrèrent en France, mais avec un bonheur moins constant, Alphonse Allais, Cami, Pierre Dac, voire Desproges, déjà cité, Jean Yanne et le premier Cavanna, à l'époque où il ne se prenait pas pour un penseur. Entre quelques autres de moindre renommée que chacun ajoutera à cette liste non exhaustive.

Sans oublier, bien entendu, Alexandre Vialatte dans nombre de ses chroniques et Marce lAymé dans certains de ses livres. Mais Vialatte et Aymé sont incomparables — et inclassables. Ils restent, par quelque penchant de leur esprit et par leur style, profondément français.
Excepté ces deux derniers écrivains, il est donc permis de préférer les originaux aux ersatz et, en ce domaine, les Américains restent imbattables.

Littérature de seconde zone? Que non point, lorsqu'elle est pratiquée avec un tel brio de funambule. Benchley part des situations les plus ordinaires pour les faire basculer dans l'absurde avec un parfait naturel. Il se meut et nous entraîne dans un univers obéissant à une cohérence qui n'est pas la nôtre et le suivre dans sa logique biaisée provoque un vrai ravissement.
Difficile d'opérer une sélection dans ces nouvelles. On se délectera aussi bien du «Français à l'usage des Américains» que de certains inédits tels «Idylles encyclopédiques» ou «La correspondance Benchley-Whittier». À moins que l'on ne préfère l'histoire d'amour revue et corrigée entre Ulysse et Pénélope.

Des illustrations bien choisies de William Gluyas, un CD contenant quelques-uns de ces textes lus par LL de Mars, des commentaires éditoriaux pétris d'humour, autant de raisons de louer ce livre, imprimé de surcroît sur beau papier et qui pourrait constituer le cadeau idéal.

— P.L. Moudenc, Rivarol, décembre 2008.

 

Robert Benchley, à lire et à rire.

Il en va ainsi de la vie. Il y a les faiseurs et les rêveurs, ceux pour qui chaque seconde compte et ceux qui perdent leur temps à ne rien faire. Les premiers sont les hommes qui brassent les affaires de la nation, les autres sont des gens dénués de sens pratique qui écrivent des livres ou peignent des tableaux. A moins que ce ne soit l'inverse. Je confonds toujours les deux.
Il s'en est fallu de peu que j'écrive ces lignes, mais j'ai jugé bon de paresser encore quelques minutes, rêvasser au paradis perdu, ou plutôt toujours en fuite. Et puis, surtout, je n'avais qu'à me servir (on ouvre un livre, on lit, et hop-là !) puisque Robert Benchley les a écrites pour moi – pour vous aussi – voilà bien des années.

Si l'on farfouille sur le web, que l'on cherche quand est né cet hurluberlu et quand il est mort, les dates divergent. Hé, hé ! Vive le web ! Je me fie donc à ce qu'il a lui-même écrit : « Robert Charles Benchley (île de Wight, 15 septembre 1807). Embarque comme mousse sur le Florence J. Marble en 1815. Est arrêté pour bigamie et meurtre à Port-Saïd en 1817, libéré en 1820. » Blablabla, suivent bien des aventures. Je reprends : « Ecrit La case de l'oncle Tom en 1850. Commence la rédaction des Misérables en 1870, achevée par Victor Hugo. Disparaît en 1871. Repose à l'Abbaye de Westminster.»

Benchley, pince sans rire et prince du New Yorker, ne devait pas être très fréquentable : trop pirouette, trop libre, trop perspicace, trop tout : intelligent, hilarant, et méchant méchant. Il n'aime pas les bambins (ou plutôt il n'aime les parents), les vacanciers, les richards, les idiots, les vantards... Ça tombe bien, moi aussi. Chroniqueur sarcastique du début du XXe siècle, il reste à lire, parce que toujours drôle, toujours décalé et pourtant en plein dans le mille. Lisez :
« L'une des mesures proposées afin de réduire le nombre des accidents de la route est d'interdire la vente de l'essence aux conducteurs ivres. [Là, déjà, moi, je me marre]. On ferait bien également d' interdire qu'on leur vende de l'alcool. L'ennui, avec cette prohibition de l'essence, c'est que le pompiste doit distinguer celui qui est intoxiqué de celui qui ne l'est pas. Or, à moins d'être marié avec le conducteur, comment pourrait-il le savoir ? »

La suite est à déguster dans Remarquable, n'est-ce pas ? un recueil de nouvelles tout droit sorti d'une imprimerie qui fait bien son boulot. On lit en quatrième de couv : « une publication plutôt sympathique de Monsieur Toussaint Louverture. - Inclus une surprise dont on ne peut rien dire ».

L'humour est partout, dedans, dehors. Par ces temps d'orages et de ravages, faut être idiot ou trop faible pour ne pas y céder.
A ne pas louper : « Du temps où le génie demeurait votre humble serviteur », une histoire d'amour, loufoque, forcément, entre Pénélope et Ulysse : « N 'oublie pas de m'écrire, Uly chéri. J'ai rechargé ton péplum en papyrus, alors pense à m'envoyer un mot quand tu auras le temps. » S'en suit une correspondance du tonnerre de Zeus...
Autres bijoux : Psychologie du pingouin et L'expédition polaire à bicyclette, 2002 et 2004 aux éditions le Dilettante.

— Martine Laval, Télérama.

 

Figure de proue du New Yorker de la grande époque, Robert Benchley fut l’un des piliers du groupe de l’Hôtel Algonquin – très bien évoqué dans le beau film d’Alan Rudolph, Mrs. Parker and the Vicious Circle. Comme tous les grands paresseux, il travaillait beaucoup – fort de la règle d’or du procrastinateur : « N’importe qui peut accomplir n’importe quelle tâche, aussi lourde soit-elle, pourvu que ce ne soit pas celle qu’il est censé accomplir à ce moment-là. » Résultat : des centaines de chroniques, recueillies dans des volumes aux titres délectables ; une carrière oblique à Hollywood, où il campe des silhouettes savoureuses (China Seas, Foreign Correspondant, The Major and the Minor) et officie dans une cinquantaine de courts métrages de vulgarisation parodiques : How to Sleep, The Sex Life of the Polyp, How to Watch Football, The Romance of Digestion, etc.

Benchley, c’est l’homme capable de mettre n’importe quel sujet cul par-dessus tête en quelques feuillets. Il sait que Budapest n’existe pas. Et il le prouve. Il a tout compris des mécanismes de la finance internationale :

« Il y a un certain nombre de principes auxquels on devrait se référer dans toutes les discussions financières portant sur des sommes de plus de cent dollars. Tout d’abord, il n’y a probablement pas aujourd’hui plus de cent dollars d’argent liquide en circulation. Ce qui signifie qu’en rassemblant tous les billets de banque, tout l’argent et tout l’or du pays et en les mettant en tas sur la table, on s’apercevrait que le total s’élève à peu près à cent dollars, avec peut-être en plus quelques pennies canadiens et quelques bonbons à la menthe. Tout le reste de l’argent dont on entend parler n’existe pas. C’est une monnaie verbale. Lorsque vous entendez mentionner une transaction de 50 000 000 de dollars, cela veut dire qu’une société a écrit : “Bon pour 50 000 000 de dollars” sur un bout de papier, qu’elle l’a donné à une autre société ; laquelle est rentrée le soir chez elle en disant : “Regarde, maman, on m’a donné cinquante millions de dollars !” Mais lorsque la maman veut lui emprunter un dollar et quart pour payer la femme de ménage, la société est obligée de répondre qu’elle n’a malheureusement que 70 cents d’argent liquide. »

Benchley observe de biais ses contemporains, ces grands enfants qui se croient importants parce qu’ils siègent à un conseil d’administration. Sous ses faux airs de conférencier distrait, il pulvérise la comédie sociale et le snobisme culturel, le cauchemar des week-ends entre amis, les importuns qui vous infligent le récit de leurs vacances (on rêve de pouvoir mettre un jour en pratique sa méthode infaillible pour se débarrasser de ces raseurs de salon), le culte des enfants et le gâtisme de leurs parents, la croyance bête dans les statistiques et dans tout discours paré de scientificité. Comme tous les grands nonsensiques, il sait où gît la véritable absurdité : dans la pseudo-rationalité dont se glorifient les sociétés humaines. Cela se passe aux États-Unis dans les années 1920 et le capitalisme est triomphant. Au cinéma, les burlesques déclenchent en manière de rétorsion des avalanches de destruction ; Laurel et Hardy saccagent méthodiquement, en un crescendo savamment orchestré, ces hochets de la réussite sociale que sont la bagnole et le coquet pavillon (dans le génial Big Business). Benchley se livre à un égal travail de sape. Il torpille placidement le mythe de l’efficacité et l’illusion du progrès. Que les meilleures de ses chroniques n’aient rien perdu de leur mordant témoigne effectivement de la stabilité remarquable des comportements humains à travers le temps. On brasse toujours autant de vent dans les déjeuners d’affaires et les réunions d’entreprise ; on se convainc toujours qu’on est très occupé en communiquant pour ne rien dire. Il suffit de remplacer « mémo » et « téléphone » par « courriel » et « cellulaire ».

Si le pastiche est la forme supérieure de la critique littéraire, alors Benchley est aussi un grand critique. La prose commerciale, les romans épistolaires, les pavés naturalistes au misérabilisme complaisant, les manuels de conversation et les livrets d’opéra, les histoires à suivre et les contes à faire peur pour veillée au coin du feu sont par lui joyeusement essorés. De même les éditions savantes de Shakespeare, et ça donne quelque chose comme ceci :

PREMIÈRE DAME D’HONNEUR
Ohé1 bonjour 2 ! Où 3 est 4 la5 musique6 ? 7

(Suivent quatre pages de notes en petits caractères.)

Benchley sait comment devenir fou. C’est très facile. Il suffit d’écrire un mot au hasard et de l’observer attentivement. Par exemple, le mot quoique (though). Non, vous ne pouvez pas croire que cela s’écrit comme ça. Vous avez sûrement fait une faute. Fixez-le encore un moment, et appelez l’ambulance.

Sauf ignorance de ma part, c’est Robert Benayoun qui traduisit le premier Benchley en français dans son Anthologie du nonsense. Suivit un recueil traduit par Paulette Vielhomme dans la précieuse collection « Humour secret » de Jacques Sternberg, réédité par la suite en 10/18 sous le titre le Supplice des week-ends. C’est ce même recueil que republie aujourd’hui Monsieur Toussaint Louverture, avec quelques textes en moins et quelques inédits en plus, traduits par Fanny Soubiran. Cela s’intitule Remarquable, n’est-ce pas? et c’est un bel objet qu’on a plaisir à lire et à tenir en main, comme tout ce qui sort des presses de ce Monsieur : typo sobrement élégante et soignée, illustrations d’origine de Gluyas Williams [et non William Gluyas, ô distrait relecteur d’épreuves], colophon truffé de gags, suivant la tradition maison. Le livre est accompagné d’un CD sur lequel un comédien lit un choix de chroniques. C’est chic, c’est à la mode, j’ai tenu quelques minutes. Le mauvais coucheur que je suis aurait volontiers troqué ce gadget contre une note bibliographique précisant la date et la source d’origine des textes.

Robert BENCHLEY, Remarquable, n’est-ce pas ? Traduction de Paulette Vielhomme et Fanny Soubiran. Monsieur Toussaint Louverture, 2008, 222 p.
D’autres titres de Benchley sont publiés chez Rivages et au Dilettante.

Au sein de la confrérie du New Yorker, nous recommandons vivement : la Vie à deux, Mauvaise journée, demain et Articles et critiques de Dorothy PARKER ; la Vie secrète de Walter Mitty de James THURBER ; et Champion ! de Ring LARDNER (tout ça en 10/18, mais parfois épuisé : tannez vos bouquinistes).

Locus Solus

 

Robert Benchley! What else?

Ce jour-là, aucun quotidien dans ma boîte aux lettres… Résultat : j’ai lu un livre ! Et pas n’importe lequel : un que j’avais volé à ma meilleure amie femme (consentante, selon mes souvenirs).
Remarquable, n’est-ce pas ? De fait, c’est le titre d’un recueil de chroniques signées Robert Benchley, écrites à l’origine pour Vanity Fair et le New Yorker. L’ensemble est publié “Chez Monsieur Toussaint Louverture” ; pourquoi pas ?

Par rapport à l’édition originale de 1963, deux bonus non négligeables : plusieurs textes inédits, et pas de préface ! Celle de la première édition, platement factuelle, préparait au choc Benchley à peu près comme Pierre Bellemare introducing saint Augustin.

Pour vous donner une idée, Robert Benchley (1889-1945) est aussi l’auteur, entre autres, de L’expédition polaire à bicyclette (Le Dilettante, 2002) et de Pourquoi personne ne me collectionne (Rivages, 2008). Voici donc un Américain du XXe siècle qui se trouve être, par une ruse de la Raison, le maître du nonsense britannique de la fin du XIXe.

Si comme moi, vous êtes taraudé par des questions du genre “Comment perdre cent mille dollars par an ?” ou “Pourquoi Budapest n’existe pas !”, alors Robert Benchley peut vous aider à traverser la vie – cette vallée de larmes où chaque rire fait un arc-en-ciel, n’est-ce pas ?
Donc, Budapest n’existe pas. Ou plus précisément, elle n’existe plus depuis le Traité de 1802, qui mit fin à la fameuse guerre de 1805 entre Bulghs et Slovènes. Les deux peuples, raconte Benchley, après s’être battus sauvagement pour refiler Budapest à l’autre, se sont finalement mis d’accord pour annuler purement et simplement la ville (Traité d’Ulm, 1802).
Or voilà qu’un fâcheux, M. Schweitzer de New York, contredit Benchley dans une lettre à peine polie : “Tâchez de vous faire rembourser vos cours de géographie. Budapest existe et ce n’est pas un hameau, tant s’en faut : c’est la capitale de la Hongrie !”
Benchley, qui n’a pas sa plume dans sa poche, lui répond assez vertement : “Je reste sur mes positions : Budapest n’existe pas. Vous vouliez peut-être dire “Bucarest”, mais peu importe : Bucarest n’existe pas non plus.”

Outre ce texte fondateur du révisionnisme moderne, je comptais vous résumer une de mes nouvelles favorites, certes plus romancée, intitulée “Un autre conte de Noël de l’oncle Edith”. Las ! Après plusieurs heures d’essais infructueux, j’ai dû me rendre à l’évidence : de même que l’éléphant selon Vialatte est irréfutable, Benchley est irracontable.
Sachez seulement que cet “autre” conte de Noël est le seul du bouquin ; qu’il n’a d’ailleurs pas le moindre rapport avec la fête de Noël ; et qu’en outre, ledit Edith n’est l’oncle de personne.

“Ça n’a pas de sens !”, diront certains membres de l’Union Rationaliste (parmi lesquels je ne vous compte pas ; sinon, vous auriez zappé depuis longtemps.) Eh bien, je les arrête tout de suite ! Ces gens-là, comme je disais dans mon fameux Appel du 7 juillet 2008 en citant Jacques Brel, confondent le non-sens, qui est un plat pays, avec les montagnes russes du nonsense.
Mais comment distinguer le vrai nonsense® des piètres palinodies d’un Pierre Dac ou même d’un Alphonse (vache) Allais ? “Trop facile la question !” comme diraient nos jeunes d’aujourd’hui, de Neuilly à Tamanrasset. Le vrai nonsense, c’est celui qui vous enlève tel Ganymède (plutôt classe, non ?) pour vous laisser entrevoir depuis les abîmes, par une subtile mise en abyme, où se trouvent les sommets et comment y accéder.
“C’est dans l’obscurité qu’il est beau de croire à la lumière”, comme disait le cuistre citant le poète. (Veuillez m’excusez. Parfois la culture chez moi tente de l’emporter sur l’intelligence – en vain, heureusement.)

Un exemple de vrai nonsense racontable et qui fait sens – pour la route ? Que diriez-vous de “Shakespeare expliqué”, chronique tout entière consacrée au commentaire de sa fameuse tragédie Périclès – mais si, vous savez… ?
Donc, Benchley nous soumet un court texte agrémenté d’un long appareil critique. En français, des notes en bas de page, qui présentent ici la particularité d’occuper la quasi-totalité des pages.
Plus précisément, outre le titre et l’exposé liminaire, Robert ne nous cite que la première phrase de l’acte II, scène 3 – agrémentée pas moins de onze notes explicatives.
Alors de qui se moque-t-on, et au nom de quoi ? En d’autres termes, hormis le fait avéré qu’il se fout du monde, Robert Benchley a-t-il ici quelque chose à nous dire de sensé ?
Oui da ! C’est même marrant que vous me posiez la question précisément ici sur Causeur. Parce qu’il est là (entre autres), le lien benchleyen entre nonsense et réalité, c’est-à-dire sens. Onze notes critiques concernant une seule ligne, ça ne vous rappelle rien ? Moi, ça me fait irrésistiblement penser à nos mille et un commentaires sur l’affaire Al-Dzaïmer (ou un truc comme ça.)

A vrai dire, quel que soit le papier, les cinq ou dix premiers posts ont un rapport avec le papier qui les a générés. Puis insensiblement le sujet est oublié, puis l’objet. Restent des dizaines de duels croisés et d’empaillages généralisés entre blogueurs – dont seul un Champollion du Causeurisme pourrait reconstituer le fil. (Les sites concurrents j’en parle pas ; je ne suis même pas sûr qu’il y en ait.)
Tout ça pour dire que le nonsense benchleyen n’a guère de leçons à recevoir de notre humaine Raison. A moins que la nature n’imite l’art. Mais ceci est une autre histoire…

— Basile de Koch, Causeur

 

Non, ce n’est pas une manie ! Non, nous ne sommes pas obsessionnels de ces auteurs hilarants qui mériteraient de séjourner à l’année sur les tables de nuit des plus désespérés de nos contemporains ! Non, la fine équipe qui préside aux destinées de Monsieur Toussaint Louverture, secte littéraire imprimophile dirigée par le mystérieux Dominique Bordes (le seul éditeur qui revendique haut et fort dans les pages de ses livres le droit d’inscrire son nom sans en avoir fait sa raison sociale) ne nous a pas soudoyés afin que les premiers nous annoncions à grands cris la naissance de leur dernier chérubin ! Non, le fait qu’il y ait une ahurissante surprise circulaire et brillante cachée derrière le rabat de la quatrième de couverture ne nous paraît pas l’argument commercial suprême qui convaincrait le plus avaricieux des amateurs de beau livre d’abandonner à son libraire 16, 50 euro (je ne m’en étais moi-même pas rendu compte et j’ai cru défaillir en découvrant cette impensable concession à la modernité dissimulée sous l’orange de ce beau livre imprimé à chaud sur du papier Trucard o felt de 300 grammes, me félicitant néanmoins de n’avoir pas voulu emprunter quelque avion dont on m’eut interdit l’accès après l’intense sonnerie que je n’aurais pas manqué de provoquer en franchissant le portique de détection, au risque de déclencher une fureur parfaitement inutile, etc…) ! Non, non et non, ni manie, ni obsession, ni concession, ni concussion, juste un intense plaisir à répéter sur ce blog (cf billet du 3 mai) qu’il faut enfin lire Robert Benchley qui réussit le tour de force d’être le plus drôle des écrivains américains d’avant-guerre sans cesser d’être drôle après-guerre, qui a le don de se moquer de lui aussi bien que de son voisin, du président des États-Unis ou de son percepteur, d’autant que le lire dans une édition d’une telle qualité transforme ce plaisir en délicieux vice bibliophilique. Si l’on en juge par la pondération dont fait preuve cet éditeur terrorisé à l’idée de faire un tirage trop important (syndrome connu sous le nom de “terreur du carton dans le couloir d’entrée de la maison”), ce Remarquable, n’est-ce pas ? a toutes les chances d’être épuisé à grande vitesse. Alors précipitez-vous, nos réserves n’y suffiront sans doute pas.

— David Vincent, Librairie Mollat.

 

Robert Benchley édité par Monsieur Toussaint Louverture est un véritable cadeau pour tout lecteur. La rencontre des nouvelles remarquables de l'auteur et de l'éditeur qui a pris grand soin à la création de cet ouvrage, font de ce livre un véritable petit bijou.
Une série de nouvelles le plus souvent très courtes, rédigées par ce pillier du New Yorker sont absolument délectables, drôles et d'une finesse très rare. L'auteur joue avec insolence avec l'absurde qui régit trop souvent le quotidien. Il parvient à faire de détails totalement dérisoires des textes riches et plein d'humour.

Le livre objet est, comme à l'accoutumée, lorsque Monsieur Toussaint Louverture le décide, très beau. Les graphismes qui agrémentent les textes sont très bien vus et la couverture tout simplement magnifique: un livre que l'on prend plaisir à détenir entre les mains. La surprise annoncée, que je ne dévoilerais pas, permet de refermer ce livre en attendant le moment de le réouvrir à nouveau.

— www.rue-des-livres.com

 

Ah quelle bonne idée, à la veille des vacances, de rééditer ce bijou des Nouvelles de Robert Benchley ! Ecrites il y a presque un siècle par un pilier du New Yorker, le Supplice du week-end ou Demande donc à ce Monsieur sont des classiques du comportement humain, à travers le regard lucide et la plume hilarante de Benchley. Une dose d’humour, une bonne mesure de non-sens et un soupçon de mauvaise foi font de ce recueil un cocktail à savourer sans modération dans une chaise longue. On ira ainsi du mystère du hareng empoisonné à un délirant lexique de Français pour Américains, en passant par des arguments d’opéra assez farfelus…Le livre est beau, les couvertures pleines d’humour comme les illustrations et « Cherry on the cake », sous la troisième de couverture, il y a une surprise.

Remarquable, n’est-ce pas ?

Merci Monsieur Toussaint Louverture.

Librairie du Rivage, Royan.

 

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E