M. T. L. ouverture sur le monde : Modéle premier niveau

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« Tous les hommes du roi commence
comme une comédie du pouvoir, emprunte les chemins
de la fresque historique et se conclut sur un entrelacs
de tragédies, la somptuosité de l’écriture le disputant
dans chacun de ces registres à la profondeur de la pensée.
Chef-d’œuvre ? Oui, dix fois plutôt qu’une. »
Les Inrocks

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O P   O L O O P

PAR MILAGROS SANCHEZ

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Il s’agit d’un roman surprenant, énigmatique et original de l’atypique écrivain culte Juan Filloy, (Córdoba, Argentine, 1894-2000), aux curieuses manies comme, par exemple, celle d’avoir donné à toutes ses œuvres des titres de sept lettres, ou celle d’avoir été passionné par les palindromes et les mégasonnets. Il a aussi à son actif de nombreux prix, dont celui de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres décerné par la France en 1990. À cette date, il a également reçu le Prix National de Littérature, grâce auquel la critique a cessé de l’ignorer et a pris en compte les affirmations de Cortázar qui avait reconnu l’influence de Filloy dans Rayuela. Celui-ci lui avait rendu hommage pour le roman, objet de notre commentaire, en déclarant qu’il était l’un des meilleurs écrivains de langue espagnole – on en a d’ailleurs fait le Balzac argentin. Marechal, lui aussi, s’est inspiré de Op Oloop pour son roman Le banquet de Severo Arcángelo. Filloy a été, entre autres choses, boxeur, juge de paix, dessinateur, homophobe, anti-capitale (Buenos Aires) et, surtout, un écrivain prolifique – ayant vécu en ermite dans sa résidence de Córdoba, il s’est voué avec une passion obsessionnelle à la lecture et à l’écriture – qui a réalisé une littérature à l’ombre du grand public et des grands circuits de distribution. Inventeur de la parodie en littérature hispano-américaine, il possède un style personnel, marqué par son audace intellectuelle, un puissant mélange de vie et de littérature et une prodigieuse érudition qui requiert des lecteurs compétents (rien que dans Op Oloop, il est fait mention de Platon, Bacon, Rostand, Nietzsche, Swift, Diderot, Proust, Stendhal, E. Chautard, du Dictionnaire des argentinismes de Tobías Garzón ou de La vie étrange de l’argot).

Op Oloop, publié à Buenos Aires en 1934 par Ferrari Hermanos, dans une édition privée, a été taxé de pornographique par le maire de Buenos Aires de l’époque. Le roman, dont le titre est une anagramme de « O popolo », retrace une seule journée de la vie de Op, un statisticien venu de Finlande pour s’implanter dans l’Argentine des années 30. Personnage méticuleux à l’excès, méthodique au plus haut point, il sera victime de l’amour, un sentiment difficile à contrôler. Tyrannisé par ses habitudes et par les normes, il vivra plongé dans l’ordre et la discipline, les émotions étant son pire ennemi. Le roman décrit en détail les situations absurdes, hilarantes et saugrenues que vit le personnage. Filloy démasque, par son langage, la réalité, en déstabilisant, par son style, l’harmonie politique, sociale, sexuelle, grâce à une langue-fleuve, riche et suggestive, encline aux métaphores surréalistes et aux symboles insolites dont l’influence est clairement freudienne. Tout cela permet de parler de prose novatrice sans gratuités stylistiques, révélant l’extraordinaire culture d’un écrivain ayant vécu à contre-courant, voué à l’écriture d’une littérature qui est un exercice d’ironie corrosive, un rejet de la culture environnante et un portrait cynique de la bourgeoisie de son temps.

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