M. T. L. ouverture sur le monde : Modéle premier niveau

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« Tous les hommes du roi commence
comme une comédie du pouvoir, emprunte les chemins
de la fresque historique et se conclut sur un entrelacs
de tragédies, la somptuosité de l’écriture le disputant
dans chacun de ces registres à la profondeur de la pensée.
Chef-d’œuvre ? Oui, dix fois plutôt qu’une. »
Les Inrocks

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À   P R O P O S   D E
M A X   B E E R B O H M
( 1 8 7 2 - 1 9 5 6 )

PAR PIERRIC FRAIZY

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« Un génie de la plus pure espèce. »
— Evelyn Waugh

« Le dernier des hommes civilisés sur terre. »
— Rebecca West

« La jeune génération frappe à la porte; je l'ouvre et,
tel un lutin, entre l'incomparable Max… »
— George Bernard Shaw

Décadent, raffiné, ironique comme le voulait l’époque, Max Beerbohm l'était, avec une différence toutefois, un ingrédient supplémentaire : la sympathie. C’est celle-ci, cette acceptation aisée du monde et de soi-­même qui fit écrire à Chesterton : "Il est lui-même le plus subtil de ses paradoxes."

Issu d'une famille aisée du Tout-Londres, il manifesta très tôt des prédispositions pour l'écriture et le dessin. Ces qualités cumulées à sa grande sociabilité firent de lui l'un des étudiants les plus en vue d'Oxford, dont il quitta les bancs sans diplôme mais avec l'aura d'une étoile montante des Lettres Britanniques. Il faut dire qu'en quelques années, Beerbohm avait multiplié les articles dans diverses revues, et notamment pour The Yellow Book, qui publiait alors Henry James, Kenneth Grahame, John Buchan et Arthur Symons. C'est ainsi qu'il entra dans le groupe des "Daycadongs" animé par Oscar Wilde où fit la connaissance, entre autres, de Franck Harris, éditeur de la Saturday Review. Embauché par ce dernier en tant que critique dramatique, il brillera par sa finesse d'esprit et l'humour de ses analyses.

Dandy excentrique, écrivain ironique, affirmant sans cesse un talent de caricaturiste remarqué, il fut intronisé en tant que "l'incomparable Max" par Georges Bernard Shaw himself. Mais tandis que tant de ses contemporains, écrivains sulfureux, sombrèrent dans le scandale et moururent tragiquement, tandis que Wilde, désavoué par tous, devait s’exiler, Max Beerbohm, lui, survécut glorieusement, accumulant les honneurs et les témoignages d’affection.

Sir Beerbohm (il fut anobli en 1939 malgré ses piques à l'encontre de la Couronne et ses attaques contre l'impérialisme britannique) demeura une personnalité dont la conversation et l'esprit furent constamment recherchés et appréciés. Animateur de radio plébiscité lors de rares show pour la BBC, ami de Somerset Maugham ou de Truman Capote, il porta 50 ans durant un regard distancié sur la vie politique et culturelle anglaise, depuis le petit village italien de Rapallo, où il passa toute sa vie avec l'actrice américaine Florence Kahn qu'il avait épousée en 1910.

Ses dessins et ses pastiches sont fameux pour leur manière de brocarder, généralement sans méchanceté, la prétention, l'affectation et l'inconséquence de ses contemporains les plus en vue. Ses livres, eux, plus qu'un regard, offrent l'étrange impression au lecteur d'être littéralement plongé dans le corps des personnages.

Le sens aigu de l'observation du dessinateur, épaulé par une langue virtuose, permet à Beerbohm de s'effacer pour donner véritablement corps à ses protagonistes, que ce soient les Sept Personnages (recueil paru en 1919) où les amoureux suicidaires de Zuleika Dobson, son unique roman. Cette magie opérée par l'écrivain est d'autant plus efficace que Max Beerbohm affectionne particulièrement les mystifications littéraires. Se mettant régulièrement en scène au fil des pages, il fait constamment alterner des anecdotes oniriques, mythologiques ou merveilleuse avec des références à ses contemporains. Plongés avec délice dans un labyrinthe narratif, on en arrive à n'avoir plus que deux alternatives : croire à l'existence des Enoch Soames, Zuleika Dobson et autres Duc de Dorset qui nous sont si habilement dépeints ou bien douter de la réalité de l'auteur lui-même, facétieux narrateur qui peuple plusieurs pages et nouvelles savoureuses. Rarement mise en abîme fut aussi aboutie ; l'écrivain dont la philosophie consistait à "se comporter avec un art conscient dans la vie réelle", est parvenu à se muer en personnage, à s'effacer au profit d'une oeuvre à l'humour so british.

S'il n'était pas déjà figurant dans ses livres, Beerbohm serait le chat d'Alice au pays des merveilles, dont seul demeure visible un sourire narquois et communicatif. "Victorien jusqu’à un certain point, espiègle jusqu’à un certain point, ironique à moitié, toujours exquis", selon les mots de Mario Praz, l'incomparable Max ne daigna pas se déplacer lorsque l'Angleterre tout entière fêta ses 80 ans.

Il mourût peu après, le 20 mai 1956, et son son de l'humour est, à ce jour, toujours considéré comme insurpassable.

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