M. T. L. ouverture sur le monde : Modéle premier niveau

Boutique    |   Articles    |    Listes    |   Suggestions   |   Accueil
Nos livres    |   
Newsletter   |   Facebook   |   Contact   |   La belle colère

.

« Tous les hommes du roi commence
comme une comédie du pouvoir, emprunte les chemins
de la fresque historique et se conclut sur un entrelacs
de tragédies, la somptuosité de l’écriture le disputant
dans chacun de ces registres à la profondeur de la pensée.
Chef-d’œuvre ? Oui, dix fois plutôt qu’une. »
Les Inrocks

.

T H E   V I R G I N   S U I C I D E S

PAR REBECCA ABRAMS

. . . . . .

Max Beerbohm n'aimait pas les livres illustrés. «Si je ne peux pas visualiser les personnages d'un roman, c'est qu'ils ne valent pas la peine d'être vus», a-t-il ainsi écrit un jour. «Si je peux les voir, alors que n'importe quel autre homme puisse définir la façon dont ils se présentent me semble relever de l'impertinence à mon égard et d'impiété à l'égard de l'auteur.» Lorsqu'il publia Zuleika Dobson, en 1911, il y avait une clause dans le contrat de Beerbohm qui stipulait qu'aucune édition illustrée ne pourrait être imprimée sans son accord. Pourtant, seulement deux mois après la sortie du livre, il fit éditer une édition spéciale pour ses amis et sa famille, complétée par 80 illustrations à l'aquarelle.

Cette contradiction est révélatrice chez cet homme qui adorait les femmes mais ne les dessinait que très rarement ; qui s'est marié deux fois mais ne semble avoir consommé aucune de ses deux relations ; qui a été le caricaturiste le plus reconnu de son époque et un critique respecté, mais dont on ne se souvient que pour évoquer son seul et unique roman ; qui réalisa des satires de la bêtise de l'amour et des amoureux en dessins et en textes, mais dont les propres lettres d'amour étaient tièdement conventionnelles.

Né à Kensington en 1872, Beerbohm étaient le benjamin d'une fratrie de 9 enfants, le fils chéri d'un businessman affable et cultivé, originaire de Lituanie (sans être juif, comme on le pense souvent). Durant sa vie, il produisit 15 volumes de prose et des milliers de caricatures. Il se maria deux fois, n'eut pas d'enfants et passa plus de la moitié de son existence reclus en Italie. Lorsqu'il mourut en 1956, il était assez célèbre pour que ses cendres soient inhumées dans la cathédrale de Saint Paul.

Il fallut presque 15 ans à Beerbohm pour écrire Zuleika Dobson, et ce livre a été constamment réimprimé depuis lors.

Pour quiconque n'est pas familier de ce roman, voici à quoi se résume l'intrigue : Zuleika, une jeune jeune dont la beauté est telle que tout homme qui la croise tombe amoureux d'elle sans rémission, se rend à Oxford pour passer quelques jours avec son grand-père, le Doyen du Collège de Judas. Menés par un Duc de Dorset amoureux fou, les étudiants font tous le vœu de mourir pour Zuleika afin de lui prouver leur dévotion, et à l'heure dite, ils se jettent stupidement dans la rivière où ils se noient. Zuleika, insensible pauvresse qu'elle est, sèche ses larmes et prend le train suivant pour Cambridge !

L'ensemble du roman est une plaisanterie filée, une satire sévère de l'amour romantique et des actes absurdes que les jeunes gens commettent en son nom. E. M. Forster qualifia ce livre de «plus grande fantaisie de notre temps».

Beerbohm, dans ses meilleurs passages, est aussi léger, aussi doux et aussi acide qu'un syllabub (cocktail épicé à base de rhum, de lait, de brandy et de porto, qui se boit souvent chaud), qu'un maître de l'aphorisme en aparté — «C'est un fait avéré qu'aucun homme, si doué soit-il, ne peut brille aux côté d'une très jolie femme» ; «La jalousie des empotés à l'égard des gens brillants est toujours tempérée par l'hypothèse qu'ils finiront mal». Son humour est parfois en tout point similaire à du Wodehouse, comme au moment ou le Duc demande en mariage Zuleika et se voit brutalement rejeté : «Le déjeune se déroula dans un silence à peine rompu. Zuleika et le Duc avaient tous les deux une faim de loup, comme c'est toujours le cas pour les gens qui viennent de subir un stress oui une intense crise émotionnelle. À eux deux, ils font rapidement un sort à un poulet froid, une salade, une tarte à la groseille et un camembert.»

Mais il y a également une noirceur sous-jacente à l'humour de Beerbohm, un vague déplaisir, que l'ajout de ces illustrations accentue. Le cadeau d'adieu de Zuleika aux étudiants, la veille de leur suicide collectif, est une représentation de ses tours de passe-passe, dont l'un consiste à faire sortir de sa bouche un sucre d'orge en forme de canne. L'image a un air sérieux, mais reste en même temps déconcertante de lubricité.

 

Revenir au livre

 

.

V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E