Deux entretiens de Sam Lipsyte

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« Tous les hommes du roi commence
comme une comédie du pouvoir, emprunte les chemins
de la fresque historique et se conclut sur un entrelacs
de tragédies, la somptuosité de l’écriture le disputant
dans chacun de ces registres à la profondeur de la pensée.
Chef-d’œuvre ? Oui, dix fois plutôt qu’une. »
Les Inrocks

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D E U X   E N T R E T I E N S
A V E C   S A M   L I P S Y T E

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Sam Lipsyte est l’un de mes auteurs préférés et un ami. Nous avons fait connaissance il y a presque dix ans, alors qu’il travaillait sur son premier recueil de nouvelles (Venus Drive) et publiait FEED. Depuis lors, il a publié ledit recueil ainsi que les romans Subject Steve et Home Land (publié sous le titre, Douce Amérique chez Calmann Levy en 2007). C’est un bonheur de pouvoir approcher d’aussi près un auteur que l’on aime alors qu’il est en plein travail, c’est aussi la meilleure des entrées en matière. Il se pourrait bien que Lipsyte soit l’auteur le plus drôle que vous croisiez cette année. « Un bel enfoiré », à en croire un magazine pour hommes britannique, « aussi sérieux qu’un masque mortuaire », à en croire un autre. Il est aussi un auteur profondément américain et ça fait plaisir de voir qu’un nombre croissant de lecteurs le découvrent.

AA : Parlons de Martin Amis. The Moronic Inferno et Money semblent avoir été le premier et le dernier commentaire de Amis au sujet de l’Amérique. Amis est-il injuste avec l’Amérique ? L’Amérique est-elle injuste avec nous ?

SL : J’avoue n’avoir jamais réfléchi à la question. Je ne passe pas mon temps à essayer de réconcilier les deux entités que sont Amis et l’Amérique. Même si j’aime Money. Le roman, s’entend. Et l’argent aussi. Pour ce qui est de la seconde partie de la question, je dirai que notre pays est injuste avec la plupart des gens sur cette terre, y compris les Américains eux-mêmes. Notez que ça n’est pas forcément le meilleur moment pour en juger, dès lors que nous sommes actuellement gouvernés par un gouvernement criminel et fou. Je ne vois pas pourquoi l’Amérique devrait fatalement être ce qu’elle est de nos jours. Mais elle restera un modèle d’iniquité tant qu’elle assoira son pouvoir sur les grosses entreprises. C’est une évidence.

AA : George Saunders semble s’être spécialisé dans l’épinglage d’un certain type de communication d’entreprise – celle qui pose des limites à notre façon de penser et de sentir le monde. Avez-vous le sentiment de vous heurter à quelque chose de semblable ?

SL : Je pense que le problème de fond, c’est le manque de sincérité. Le discours qui vous écrase. Tout au moins du point de vue du langage. J’ai toujours aimé les auteurs qui avaient la capacité de débusquer toutes les subtilités et de mettre en évidence les rouages du blabla creux, du jargon administratif, ou celui de l’homme d’affaires décontracté, des initiés du business, des fausses confidences, ainsi que tous les modes de communication moderne (ou pas). J’adore quand les auteurs sont capables d’épingler ces tiques langagiers, puis de les recracher et de les triturer jusqu’à leur insuffler de l’émotion. C’est la réponse, tout au moins quand on écrit de la fiction.What else ? Les multinationales font partie de nos souffrances, mais d’un autre côté chaque époque a ses propres souffrances. Désolé, mais je ne sens pas spécialement d’humeur apocalyptique aujourd’hui. Tout finira par s’arranger. McJihad est au coin de la rue.

AA : Même les critiques négatives de votre œuvre comporte des remarques comme : « Sam Lipsyte est l’auteur le plus drôle que vous puissiez trouver. Il écrit les plus belles phrases que vous ayez jamais lues. Ses chapitres ne sont pas mal non plus. Mais au bout du compte, l’histoire s’achève en jus de boudin. » Si j’étais un de ces critiques, que me diriez-vous ? 

SL : Je ne sais pas quoi dire à propos des critiques. Souvent ce ne sont que des confrères écrivains qui s’amusent à vous dégommer. Je me souviens qu’après avoir lu mon dernier roman, Dale Peck a déclaré avoir eu envie de rejoindre Al-Qaïda. Sur le coup j’ai trouvé ça très élégant. Sauf qu’au final il s’est dégonflé, parce que pour autant que je sache, il ne s’est jamais enrôlé. Encore que… allez savoir ? Il y a un moment que je n’ai pas vu son nom sur un papier. Peut-être est-il en train d’animer des séminaires de littérature pour les nouvelles recrues ? C’est délicat. J’ai toujours eu du mal avec les critiques qui vous expliquent qu’un roman doit être comme ceci et pas comme cela, ce qu’un auteur peut s’autoriser ou non. Certains de nos meilleurs critiques sont des gens mesquins, bas de plafond et incroyablement fleur bleue.

AA : Comme Gay Lutz, George Saunders, Barry Hannah et quelques autres, vous avez appris beaucoup de Gordon Lish. Lish a cessé d’enseigner, d’après ce qu’on m’a dit, donc je suppose que vous n’allez pas le mettre sur la paille si vous nous dévoilez deux ou trois choses importantes que vous avez apprises grâce à lui.

SL : Lish nous a appris à ne pas nous servir de mots comme restaurant ou évasement. Maintenant, je ne vous en dirai pas plus sauf si vous me payez. C’était un excellent prof qui a joué un rôle majeur dans ma vie.

AA : Vous enseignez l’écriture à l’université de Columbia. Y a-t-il des lectures particulières que vous aimeriez conseiller à vos étudiants ?

SL : J’aime toute sorte d’auteurs très différents, comme Thomas Bernhard et E.M. Cioran, ou Christine Schutt et Don DeLillo ou Charles Portis, ou encore Leonard Michaels. Si leurs noms me viennent à l’esprit tout de suite, c’est parce que de là où je suis assis je peux les voir sur les rayonnages, et aussi parce qu’ils appartiennent, à mon sens, à une même catégorie. Ils ont tous en commun la densité du phrasé, je crois, ainsi que l’humour et l’intelligence.

AA : Qu’est-ce qui peut être enseigné ou pas ?

SL : Je n’en suis plus trop sûr. On peut peut-être enseigner le toucher. On peut aider les gens à affiner leur sensibilité au langage, mais à un moment donné, c’est leur oreille qui va prendre le dessus, même s’ils ne l’ont jamais vraiment laissée faire son travail jusque-là. Et puis on peut apprendre aux gens à ne pas avoir peur (et même honte), même si on ne peut pas les y forcer. Presque tout le reste, me semble-t-il, découle de la relation entre le maître et l’élève et de l’effort collectif. Je souscris à l’idée qu’on obtient plus vite ce qu’il nous faut quand il y a d’autres gens autour de nous. Seul vous pourrez atteindre le même résultat, mais il vous faudra beaucoup plus longtemps.

AA : Je ressens la même chose quand je suis sous acide. Votre mère était romancière et votre père chroniqueur sportif et auteur de fiction. Auriez-vous été un auteur différent si vous n’aviez pas eu des parents écrivains ?

SL : Je n’aurais pas été happé par la notion absurde que la fiction a de l’avenir.

AA : Quand écrivez-vous ?

SL : Quand je peux. J’ai un boulot à plein temps et un gamin, si bien que ma vie d’écrivain consiste pour l’essentiel à optimiser mon temps. Il fut une époque où j’en perdais sans cesse. C’est d’ailleurs peut-être encore vrai, sauf que maintenant il me faut plus longtemps pour écrire de nouvelles pages. Ma principale mission consiste à m’asseoir et à ne pas penser du tout, tout au moins au début. Il me faut une amorce : une réplique, une phrase bizarre, ou même une phrase tout court mais avec un je-ne-sais-quoi qui ne tourne pas rond. C’est comme ça que j’aime démarrer. Après quoi, j’enchaîne une phrase après l’autre, et je prends des virages de plus en plus serrés, en essayant de voir jusqu’où je peux aller sans faire une embardée, et ce jusqu’à ce que ça commence à prendre forme. Plus tard, bien sûr, vient le stade de la relecture intraitable du texte, que je préfère à l’écriture du premier jet. Le truc c’est que c’est votre intuition (souvent mauvaise) qui vous dit si quelque chose fonctionne ou pas. Mais si ça vous excite, si vous êtes capable de réciter par cœur des passages et que ça vous fait planer, alors que vous n’êtes ni perché, ni bourré, ni au bord de l’épuisement, c’est qu’il existe une infime possibilité pour que vous teniez-là quelque chose de puissant – même s’il y a de fortes chances pour que ce soit nul et bon à foutre à la poubelle et que vous soyez obligé de vous y recoller.

AA : Mis à part Stanley Crouch (et mis à part le fait qu’il est plus vieux) notre génération n’a pas l’air d’avoir donné le jour à des artistes vraiment percutants. Est-ce parce que les enjeux sont moindres de nos jours ?

SL : Il est vrai que je m’attendais à plus de pugilats et de tables renversées. Mais les gars de la vieille génération c’étaient un peu des tocards, non ? «  Des imbéciles en vieux chapeaux et manteaux démodés » (extrait de This Be The Verse, poème de Philip Larkin), non ? Je ne suis pas certain d’avoir jamais eu l’impression de travailler dans le même sens que d’autres écrivains, mais il existe des affinités, des gens dont le travail vous intrigue, vous excite, vous étonne. Mais il y a aussi un tas de gens qui « écrivent » et au sujet de qui vous vous dites « Ouais, ça pourrait être de l’écriture ». Mais si ces gens sont des écrivains, alors vous n’en êtes pas un, et si vous en êtes un, comment peuvent-ils en être eux aussi ? Je crois qu’il y a des tas de gens qui ressentent ça, qui en veulent aux autres et cherchent à mettre des bâtons dans les roues à ceux qui ne font pas partie de leur catégorie, et ils sont furieux quand des gens appartenant à une autre catégorie qu’eux commencent à récolter les miettes qui tombent du grand autel imbécile de la culture. Et ce n’est pas parce que les enjeux sont ridicules, parce qu’en dehors des enjeux financiers (ridicules pour la plupart), les vrais enjeux – moraux, s’entend – sont colossaux, et c’est dur à avaler quand quelqu’un appartenant à une autre catégorie, et dont l’écriture est au ras des pâquerettes, est encensé et montré en exemple par des institutions semi-officielles. Et vous ne voulez pas davantage que quelqu’un que vous admirez attire sur lui toute l’attention. Mais sérieusement, citez-moi ne serait-ce qu’un jeune auteur sur lequel tout le monde est d’accord. Ça n’existe tout simplement plus. Et peut-être que ça n’a jamais existé, même si nous prétendons le contraire. Personne, parmi la vieille génération, n’aurait proclamé tout haut : « J’ai toujours trouvé que Faulkner, c’était de la merde. » Pourtant, les gens le pensaient. J’ai lu des critiques de l’époque particulièrement salopes.

AA : Y a-t-il des mantras que vous aimeriez nous léguer, en attendant McJihad ?

SL : Pas de mantras. Si je devais tout résumer en quelques mots, ce serait, arrêtons d’essayer de tout résumer en quelques mots, et n’écoutez pas ceux qui le font. Vous voyez, ça en fait deux.

Entretien recueilli par Alex Abramovich

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Sam Lipsyte, un auteur américain nous parle de la traduction et de la vénérable tradition de la masturbation dans la littérature.

Guernica : Vous passez pour quelqu’un de drôle, et vous l’êtes, mais quand j’ai lu Demande, et tu recevras, j’ai été très émue. C’est un roman très poétique en fin de compte.

Sam Lipsyte : J’avais un prof qui nous a dit un jour : « Si vous voulez écrire de la fiction, vous devriez ne lire que de la poésie. » J’ai toujours été fasciné par les auteurs qui attachent de l’importance au phrasé et qui travaillent dans ce sens. J’ai toujours dit que je détestais écrire, mais que j’adorais remanier le texte. Le langage, c’est très important pour moi. De même que la drôlerie ou l’horreur qui peuvent en découler.

Guernica : On a l’impression que vous introduisez plus de poésie – pas seulement au niveau de la forme mais au niveau des sentiments – vers la fin de votre roman.

Sam Lipsyte : J’en ai fait la remarque à mon éditeur à l’époque. J’ai fait un gros effort à la fin du livre pour donner l’impression que jusque-là le récit glissait sur des rails et que soudain il déraillait et partait dans une autre direction. Je ne voulais pas que le roman soit exclusivement l’histoire de Milo (le protagoniste de Demande, et tu recevras) et de ses déboires, jusqu’au bout. J’avais l’impression que tout roulait parfaitement, mais à la fin, j’ai voulu élargir le champ de vision, pour amener le lecteur à réaliser que Milo n’était en fin de compte qu’un personnage qui se tient au premier plan d’une image plus grande.

Guernica : Vous, qui aimez peaufiner la langue, que vous inspire le fait d’être traduit ?

Sam Lipsyte : Dès lors que vous acceptez d’être traduit, vous devez jouer le jeu jusqu’au bout. Pour moi, la traduction est une collaboration. Quand un traducteur traduit un de mes livres, ce livre cesse d’être entièrement à moi. Il devient aussi le livre du traducteur. Si bien que le livre publié dans une autre langue devient presque l’œuvre de deux personnes. C’est un aspect que je trouve plutôt intéressant.
Le livre a été traduit en plusieurs langues et dans certains cas j’ai été amené à travailler étroitement avec le traducteur, et j’ai beaucoup aimé ça. Ma traductrice italienne est super, mais à un moment donné, elle n’arrêtait pas de m’envoyer des mails pour m’interroger sur le sens de chaque mot ou presque. Elle me demandait : « Est-ce que c’est un mot d’argot pour “pénis” ? Je répondais: « Non, c’est un téléphone », ou bien: « C’est une spatule. Ce n’est pas censé être un mot d’argot pour pénis. »

Guernica : Vous encouragez donc cette collaboration.

Sam Lipsyte : Etant donné que c’est un passage obligé, la question est de savoir si vous pouvez aider ou pas. Et puis le traducteur doit savoir écrire. Le traducteur doit être capable d’entendre la musique. Et sa musique ne sera peut-être pas exactement la même que la vôtre parce que le traducteur doit transposer. Et donc, tout ce que vous voulez c’est que le traducteur capte ce que vous faites et qu’il soit aussi capable de capter tous les passages qui cessent de fonctionner une fois transposés dans une autre langue.

Guernica : Les personnages de vos romans ont des voix puissantes. Comment les trouvez-vous ? Vous les entendez dans votre tête, ou est-ce le résultat d’un lent processus de fabrication ?

Sam Lipsyte : On aimerait donner l’impression que ce sont des créations nées d’une inspiration intarissable et fulgurante, comme des coups de tonnerre, ou ce genre de chose, mais c’est un processus qui prend beaucoup de temps. L’art est un artifice qu’on s’efforce de rendre naturel. Je découvre la voix du personnage au fur et à mesure que j’écris. Je ne peux pas le faire avant, je ne peux pas la planifier. Parce que c’est quand je suis en train de composer qu’elle se révèle à moi et me révèle ce que je suis en train de faire.

Guernica : En parlant de personnages, vous avez fait votre spécialité des personnages masculins anxieux et impuissants. Ce genre de chose est devenue assez courant dans la littérature américaine contemporaine: des récits pleins de sexe mais où il n’est pas question de conquêtes féminines – contrairement à ceux de la génération précédente comme Norman Mailer, Philip Roth ou John Updike. Chez vous, au contraire, les personnages sont constamment tendus, ils sont en manque et en proie une étrange tristesse dont ils jouent et s’amusent. Je me demandais, pourquoi toute cette masturbation ?

Sam Lipsyte : Il y a récemment eu un blog consacré à ce sujet, vous l’avez probablement vu.

Guernica : Oui, dans la New York Review of Books.

Sam Lipsyte : Je pense que tout cela est générationnel. Une nouvelle génération d’auteurs masculins est arrivée après celle de ces porcs qui ont dominé la scène pendant si longtemps. Moi, je n’étais pas comme ça, parce que ma mère était une fervente féministe et que je suis allé manifester pour l’égalité des droits depuis l’âge de quatre ans.
Alors je ne pense pas que ce soit un choix nécessairement conscient. Je crois que c’est plutôt le reflet des messages contradictoires et de la confusion dans lesquels le mâle se trouve pris de nos jours.

Guernica : L’article de la New York Review of Books arguait que c’était par peur de perdre le lectorat féminin.

Sam Lipsyte : Si seulement je pouvais être un aussi fin stratège [rire]. Pour moi, c’est juste une représentation honnête de certaines tensions culturelles et personnelles. Peut-être que je me suis branlé plus que la moyenne des gens au cours de mon existence. Je n’en sais rien. Mais je crois que les gens, en général, se masturbent plus qu’on ne le pense.

Guernica : Vous avez recommencé à écrire des nouvelles, c’est bien ça ?

Sam Lipsyte : Je viens juste de rendre un recueil de nouvelles à mon éditeur.

Guernica : Vous enseignez l’écriture créative à l’université de Columbia. Vous aimez enseigner, je crois ?

Sam Lipsyte : J’adore ça.

Guernica : Vous diriez que c’est une relation réciproque ou à sens unique ?

Sam Lipsyte : Non, j’en ressors constamment revigoré et dynamisé. Et j’essaie de ne pas voler des idées.

Guernica : Vous en avez envie parfois ?

Sam Lipsyte : Oui ! [rire]. « C’est vraiment super, mais vous n’êtes pas encore prêt à publier ça… »

Guernica : Le parcours type de l’écrivain américain de nos jours c’est une maitrise ès arts en écriture créative, quelques publications, décrocher un job à-côté, comme d’enseigner l’écriture à de jeunes écrivains inscrits en maitrise…

Sam Lipsyte : Personnellement, j’ai sauté la case maîtrise.

Guernica : Je vois. Vous étiez plutôt du genre à vous shooter à l’héroïne et à vous faire coffrer. C’est nettement plus Beaudelairien que le parcours de nos studieux étudiants de master.

Sam Lipsyte : J’estime que ça devrait être au programme de tout bon master d’écriture créative.

Guernica : Ça devrait faire partie des cours obligatoires.

Sam Lipsyte : En fait, je pourrais me charger de ce cours. Ce pourrait être un Master class. Pas besoin d’y consacrer tout un semestre. Juste quatre semaines passées à se tirer sur la nouille, se shooter à l’héro et faire de la tôle.

Entretien recueilli par Astri von Arbin Ahlander

 

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