La fin d’un long voyage pour Kesey, dont les mots continuent à résonner

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« Tous les hommes du roi commence
comme une comédie du pouvoir, emprunte les chemins
de la fresque historique et se conclut sur un entrelacs
de tragédies, la somptuosité de l’écriture le disputant
dans chacun de ces registres à la profondeur de la pensée.
Chef-d’œuvre ? Oui, dix fois plutôt qu’une. »
Les Inrocks

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L A   F I N   D ’ U N   L O N G   V O Y A G E
P O U R   K E S E Y ,   D O N T   L E S   M O T S
C O N T I N U E N T   À   R E S O N N E R

[PUBLIÉE EN 2001 DANS LE NEW-YORK TIMES]

PAR SAM HOWE VERHOVEK

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Il paraît que c'est Ken Kesey lui-même qui a publié le message que l'on pouvait lire sur son site web, IntrepridTrips.com, peu de temps après sa mort samedi dernier: « Bon, vous tous là-bas, faites passer le mot : une commémoration en mon honneur aura lieu au McDonald Theater d'Eugene à midi », aurait soi-disant écrit Kesey d'outre-tombe. « Et pour ceux qui n'auront pas pu trouver une place à l'intérieur, des haut-parleurs seront installés sur les trottoirs afin que tout le monde puisse écouter les riffs qui s'échapperont du lieu comme une nuée de phalènes. »

Pour sûr, la salle de 750 places était bondée et les gens débordaient jusque sur Willamette Street, où ils collaient leurs oreilles aux enceintes. À l'intérieur, sur une scène baignée de néons verts, jaunes et roses, on rendait hommage à Ken Elton Kesey, icône de l'ère psychédélique morte à 66 ans. Atteint d'un cancer et récemment opéré du foie, l'auteur a succombé à des complications.

Ce fut une commémoration éclectique, avec une prière tirée du livre d'Isaïe et une bénédiction sous forme de chanson des Grateful Dead : « And We Bid You Good Night ». La foule aussi était bigarrée. On y trouvait de nombreux Merry Pranksters, ces proto-hippies ayant sillonné le pays en 1964 à bord de leur bus scolaire peinturluré en fluo, qui roulait au LSD et arborait le panneau « Chargement étrange » à l'arrière – voyage relaté par Tom Wolfe dans son livre Acid Test.

Beaucoup de hippies sur le retour y assistèrent, tout comme des étudiants branchés de l'université de la ville, dont la plupart, bien sûr, sont nés bien après le voyage en bus et la publication des deux célèbres romans de Kesey, Vol au-dessus d'un nid de coucou et Et quelquefois j'ai comme une grande idée, parus au début des années 1960.

Mais il y avait aussi d'autres personnes ayant côtoyé Kesey durant les 30 dernières années passées du côté de Pleasant Hill, loin de la célébrité, et où il cultivait la terre, faisait partie du conseil d'administration de l'école, entraînait des lutteurs du lycée et élevait quatre enfants avec Norma Faye, son épouse et amour de jeunesse.
« En fait, il croyait en des valeurs américaines basiques – la famille, la liberté, l'amour, » d'après Allan Rosenwasser, un peintre venu à la cérémonie. « Mais j'aimais aussi son côté anticonformiste, dans tous les sens du terme. »

Kesey fut la cible de nombreuses critiques au fil des ans ; certaines personnes le considéraient comme le barde d'une période décadente ayant une vision irresponsable de la sexualité, ou comme l'apôtre d'une culture de la drogue ayant causé de nombreux dégâts chez les jeunes. D'autres virent de la misogynie dans Vol au-dessus d'un nid de coucou et son portrait de l'autoritaire infirmière Ratched.

Mais aucune critique ne se fit entendre aujourd'hui parmi ceux qui connaissaient, aimaient ou simplement admiraient l'homme, glorifié comme un grand esprit libre.

« Pour moi, Ken incarnait de nombreuses choses que l'on trouve inscrites dans la Constitution, » nous a confié Carolyn Adams, 55 ans, partenaire de voyage de Kesey et mère de sa fille Sunshine.

« Il représentait la liberté individuelle et créative, la capacité à dépasser ses limites, » selon Madame Adams, plus connue sous le nom de Mountain Girl à l'époque où elle vivait avec Jerry Garcia des Grateful Dead dans la maison communautaire de San Francisco.

Ou comme l'a souligné Sunshine, 35 ans : « Son cœur battait au rythme de la liberté quasiment tout le temps. Son message était : “Sois aussi puissant que tu t'en crois capable”. »

Son intelligence restera également dans les esprits. « Il s'amusait et était amusant, » a indiqué Dave Frohnmayer, président de l'Université de l'Oregon et ancien représentant politique républicain de l'État. M. Frohnmayer fut l'un des nombreux amis de Kesey à s'être exprimé lors de la commémoration.

« Il disait toujours: “J'aimerais mieux être un paratonnerre qu'un sismographe” », a ajouté M. Frohnmayer.

C'est d'ailleurs Kesey lui-même qui fut à l'origine du plus gros éclat de rire aujourd'hui, grâce à une vidéo montée par son fils, Zane, 40 ans, et dans laquelle l'auteur parodie un prédicateur et effectue quelques tours de magie, sa passion.

Les mots de Kesey résonnèrent d'une autre manière, notamment par la lecture d'un extrait de Et quelquefois j'ai comme une grande idée et l'insertion de quelques-unes de ses réflexions dans le programme. « Le mystère est ce qui m'intéresse vraiment,  écrivait-il. Le besoin de mystère est plus fort que le besoin de réponse. »

Dans ce lieu où l'ancien étudiant de l'Université de l'Oregon avait un jour offert un spectacle de ventriloque, on pouvait lire « Avec toutes nos condoléances » sur des cartes accompagnant les bouquets tandis que l'hymne « Amazing Grace » résonnait à la cornemuse. On griffonna également des phrases souvenirs dans le cahier placé devant une photographie de Kesey : « C'est à nous de conduire le bus désormais ! » et « Salut Chef ! »

La fin de la note, qui semble en réalité avoir été écrite par son ami Ken Babbs, autre Merry Prankster et compagnon de travail, indique que Kesey avait encore des choses à dire : « Il paraît qu'ils vont m'enterrer dans l'intimité. Babbs dit qu'il y a eu des milliers d'emails et il veut que je vous remercie tous d'avoir écrit. En attendant, j'ai encore plein de papiers à remplir et on me cherche une auréole plus grande, mais plutôt brûler en enfer que de jouer de cette fichue harpe ! Je me retiens de toucher à la machine à tonnerre. À plus. – Kesey. »

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