L'homme des coulisses

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« Tous les hommes du roi commence
comme une comédie du pouvoir, emprunte les chemins
de la fresque historique et se conclut sur un entrelacs
de tragédies, la somptuosité de l’écriture le disputant
dans chacun de ces registres à la profondeur de la pensée.
Chef-d’œuvre ? Oui, dix fois plutôt qu’une. »
Les Inrocks

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A R T I C L E   D U   T I M E
L ' H O M M E    D E S   C O U L I S S E S

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Il y bien longtemps, les dimanches après-midi, avant que les antennes de télévision n'aient pris racine sur les toits de l'Amérique, avant que Y.A. Tittle, Bart Starr ou Jimmy Brown n'aient eu leur heure de gloire devant des millions de téléspectateurs, l'homme communiait souvent avec sa famille, ou partait en pèlerinage dans la nature pour y trouver un peu de réconfort face à une existence de labeur. De temps en temps, il entrait dans un bar ou allait au stade. De nos jours, chaque dimanche d'automne, il se tourne vers son poste de télévision et savoure dans une ivresse alcoolisée les victoires des Chargers, des Giants, ou des Packers. C'est là, selon le nouveau romancier Frederick Exley, 38 ans, que l'homme contemporain peut trouver des héros fantastiques capables de vivre ses propres rêves inéluctables.

Le Dernier stade de la soif est en quelque sorte la somme autobiographique des tentatives du jeune Exley de participer au Rêve Américain. Il désire être le super-héros, acclamé par des foules d'adorateurs — sur les terrains de football où son père avait excellé, ou du moins en tant qu'écrivain célèbre. Il se voit conquérir la citadelle de New York, baigner dans l'argent et le succès. La femme de ses rêves aurait des jambes à couper le souffle, un nez camus, la sophistication d'une jeune étudiante de l'Université de Vassar, et l'innocence idéaliste d'une Dorian Day qui serait sur le point d'être séduite par nul autre que Freddy Exley, de Watertown (New York).

Compte-rendu d'une vie gâchée. Hélas, lorsque le véritable Freddy Exley se manifeste, c'est pour s'avérer singulièrement incompétent. Complètement saoul, il trébuche d'un week-end au suivant à regarder du foot. Le sport et ses surhommes offrent un décor pittoresque à sa vie d'homme brisé. Il saborde sa carrière naissante dans la publicité. Il réalise que la femme idéale, telle qu'il se l'était imaginé, personnifie la femme américaine matérialiste et castratrice. Sa faiblesse le conduit à trois reprises à être interné. Il devient finalement un Oblomov contemporain, allant du lit au canapé, passant sa vie à parler à son chien et à se délecter de la culture pré-mâchée qu'il ingère lors de marathons télévisuels. « Il est vrai que je tourmentais mon chien. Ma solitude était telle qu'au bout d'un moment, j'ai attribué des qualités humaines à ce cabot. Je lui parlais constamment. («Permets-moi de te parler de l'ambiguïté d'Henry James, Christie.») Je lui ai appris à s'asseoir comme le font les humains, son échine contre le dossier du canapé ; et nous restions assis comme ça, mon bras autour de ses épaules comme s'il se fût agi d'un pote, à regarder la télé ensemble. Je lui avais même fabriqué un pull bleu, réplique exacte de celui que je portais.»

Exley (le personnage) refuse de se confronter à son incapacité à emprunter des chemins pavés d'or, à l'échec de ses tentatives pour saisir l'imaginaire de la foule, il refuse de prendre conscience qu'il n'a jamais été un prétendant à la couronne. Il est en effet un homme ordinaire, contraint à rester sur le banc de touche et à se cantonner amèrement au rôle de fan. «Je me battais car je comprenais, et ne pouvais supporter de comprendre, que c'était mon destin — contrairement à celui de mon père, à qui il fut promis d'entendre le rugissement de la foule — de m'asseoir dans les gradins avec le commun des mortels et d'acclamer les autres. C'était ma croix, mon destin, ma fin, d'être un fan.»

Le livre regorge de scènes hilarantes, d'intuitions géniales et de personnages mémorables — parmis eux figure un vendeur du nom de Mr. Blue, capable de 50 pompes d'une traite. Les divagations du narrateur, semblables aux errances d'un ivrogne, peuvent parfois dérouter le lecteur dans un léger fouillis, mais ils font tous partie d'une course folle qui voit finalement Exley devenir le vainqueur que son protagoniste a toujours désespéré d'être.

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E