Le charme discret et dangereux de David Carkeet

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Personne ne gagne de Jack Black
débarque en librairie !

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L E   C H A R M E   D I S C R E T
E T   D A N G E R E U X
D E   D A V I D   C A R K E E T

PAR SARAH WEINMAN
(L.A. TIMES)

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Mettons de suite les choses au clair : David Carkeet n'est pas auteur de roman policier. Son objectif n'est ni de se lancer dans une chronique acerbe des maux de la société ni de documenter une étude approfondie du meurtre dans toute sa subjugante brutalité. Au contraire, son approche est plus légère, plus fantasque, et présente des protagonistes qui, loin d'êtres torturés, sont des personnes tout juste blessées. Lorsqu'ils se retrouvent sous le coup de la loi, ils n'organisent pas une croisade impitoyable, mais conduisent une enquête parallèle et maladroite frisant parfois l'absurde afin de mettre la main sur le véritable coupable, comme s'ils savaient à quel point il est ridicule de jouer les apprentis détectives. Qui plus est, alors que le méchant du roman policier se cache toujours entre les lignes, avec Carkeet, le mal se révèle chez les personnages par des anomalies linguistiques, le goût des tartes faites maison, ou les habitudes déroutantes des beautés fatales.

En d'autres termes, les protagonistes des romans policiers trouvent le meurtre, tandis que chez Carkeet c'est le meurtre qui révèle des détectives, quasiement malgré eux. Ils ne cherchent pas les ennuis, ou en tout cas pas selon les règles de leur logique parfois tortueuse. Ils veulent être aimés mais ont parfois du mal à le faire comprendre aux autres, qui prennent leurs plaintes récurrentes pour les marques de sentiments plus sombres. Au final, le lecteur se sent désarçonné, détourné du cours habituel de la narration pour emprunter les sentiers plus fascinants et tortueux du comportement humain, dont les grands mystères surpasseront toujours ceux d'une enquête criminelle.

Prenons Jeremy Cook, qui apparaît pour la première fois dans le premier roman de Carkeet, Le linguiste était presque parfait (1980), nommé pour un Edgar Award et réédité 5 ou 6 fois depuis, et traduit en 3 autres langues. Toute son existence est marquée par des situations et des réflexions excentriques – après tout, son poste de «génie en résidence» à l'institut Wabash le mène à étudier les curieuses fautes linguistiques des bambins de la crèche que l'institut abrite. Les fluctuations du marché de l'immobilier dans le sud de l'Indiana, de toute évidence, mènent à la formation d'étranges associations, dont la meilleure illustration réside dans l'équipe des collègues de Cook, du rigide Walter Wach, réglé comme une horlorge suisse (dont Cook dit qu'il n'est pas important… puisqu'« il n'est que le directeur ») à Emory Milke, homme barbu et au torse puissant (que Cook considère comme son rival face au sexe opposé) en passant par le père de famille troublé Ed Woeps, dont le jeune fils Wally se révèle être porteur d'un indice clé, en emettant un « m-boui », une locution rondelette et apparemment incompréhensible.

Un membre de cette délicieuse équipe sera assassiné, son corps caché de façon peu arrangeante dans le bureau de Jeremy, et le petit groupe va hardiment se lancer, autour d'un café à la réunion matinale ou d'un verre à la fête du même soir, dans des théories fumeuses afin de déterminer lequel d'entre eux pourrait être coupable. Le détective en charge, le Lieutenant Leaf, va suspecter tout le monde et cependant laisser une large marge de manœuvre à Jeremy, transmettant des détails importants sur l'affaire tandis que d'autres points restent cachés avec une pointe de génie machiavélique.

Mais d'un autre côté, Jeremy va passer autant de temps, sinon plus, à essayer de trouver lequel de ses collègues l'a traité de «parfait trou du cul» et si la nouvelle et séduisante assistante de recherche finira par détourner son attention de Milke pour s'intéresser à lui.

Mais l'intérêt nonchalant porté à ce qui, aux mains d'un autre auteur serait le cœur de l'intrigue fait partie du charme du Linguiste était presque parfait. Contrairement à Cook, qui désire être aimé et aimer les autres mais ne sait comment s'y prendre, ou Arthur Stiph, tellement absorbé par sa théorie selon laquelle les meilleurs amis seraient des ennemis refoulés, des faux frères, ce qu'il étaye par une analyse minutieusement détaillée – Carkeet a sa propre vision et s'y tient, sans se demander si son lecteur a embarqué avec lui, car à la fin du livre, il ou elle l'aura fait. Pourquoi d'autre aurait-il fait ressurgir Cook dans deux œuvres ultérieures : Une Putain de catastrophe (1990) et The Error of Our Ways (1997), dont le mystère central n'a rien à voir avec le meurtre ? (les deux ouvrages sont à paraître chez Monsieur Toussaint Louverture)

La description suivante des « Rata du grognard » semi-quotidiens de Cook le prouve de façon convaincante : un « plat unique, façon ragoût, avec du bœuf haché comme ingrédient central » qui, en effet, est renforcé par une théorie : « La philosophie de Cook concernant l'alimentation était crûment réaliste. La faim était une douleur qui faisait interférence avec les choses importante, comme étudier la linguistique. Se nourrir mettait fin à cette douleur. Se nourrir nous permettait de la supporter… Au regard des intérêts de Cook, la vertu remarquable de son rata n'était pas qu'il le faisait grogner… mais plutôt qu'il l'assurait de ne pas avoir envie manger à nouveau de sitôt. Si tant est qu'il veuille se nourrir à nouveau un jour. »

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