Un thriller kafkaïen jouissif et déjanté

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« Tous les hommes du roi commence
comme une comédie du pouvoir, emprunte les chemins
de la fresque historique et se conclut sur un entrelacs
de tragédies, la somptuosité de l’écriture le disputant
dans chacun de ces registres à la profondeur de la pensée.
Chef-d’œuvre ? Oui, dix fois plutôt qu’une. »
Les Inrocks

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U N   T H R I L L E R   K A F K A Ï E N
J O U I S S I F   E T   D É J A N T É

PAR ELLA LEFLAND
(SAN FRANCISCO CHRONICLE)

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Le linguiste était presque parfait était le titre idéal pour un roman où s'entremêlent linguistique et sensations fortes. Avec un titre pareil on pourrait penser qu'il s'agit d'un ouvrage savant sur les origines du langage. Détrompez-vous, c'est un thrille du genre « meurtre mystèrieux » on ne peut plus truculent et savoureux.

Ce premier roman – qui s'est vu décerner le prix James D. Phealan en 1976 (sur manuscrit) – se joue allégrement des règles habituelles du genre pour suivre sa propre voie, sans prétentions, et parfaitement désopilante. L'histoire se passe dans un institut de recherches sur le langage des bambins situé dans le Midwest américain. Réunis dans une crèche, les bébés « babilleurs » font l'objet d'une observation minutieuse, quasi obsessionnelle, de la part des membres de l'institut qui, bien que se détestant cordialement les uns les autres, s'efforcent tant bien que mal de sauver les apparences en se comportant de manière civilisée.

Quand l'un de ces membres est retrouvé mort dans des circonstances troublantes, les soupçons se portent sur ses collègues. Pour autant, les masques de la bienséance ne tombent pas brutalement. Non, et c'est bien là ce qu'il y a de fascinant, ils résistent au choc jusqu'à engendrer un suicide, un second meurtre et toutes sortes d'incidents bizarres. Cependant, le vernis va finir par craquer quand l'un des suspects, un jeune linguiste, beau et brillant, mais timide (et attachant), décide de mener l'enquête dans son coin. Le jeune Cook, peu habitué aux mesquineries de l'humanité, peut passer des heures à s'interroger sur une remarque désagréable. Un jour qu'il est en train de se livrer à ce genre d'exercices, il entreprend de mettre au jour la véritable personnalité de ses collègues, une quête qui, au final, va déboucher sur une chasse à l'assassin.

Cook découvre des indices pour le moins étranges en feuilletant un vieux carnet ayant appartenu à la première victime ; l'inspiration lui vient lorsqu'il écoute babiller l'un des bambins de la crèche ; il est parfois aidé – mais le plus souvent intimidé – par un enquêteur brillant mais lourdingue. La candeur intrinsèque de Cook nous amène à faire des observations que nous ne ferions pas de nous-mêmes, du style : n'est-il pas exact que les pisse-froids, quand ils se montrent ne serait-ce que modérément aimables, nous apparaissent d'un seul coup comme les gens les plus charmants de la terre ?

Les associés de Cook sont tous un chouïa borderline, mais tout compte fait pas plus que la moyenne des gens. L'un des principaux charmes du roman est son atmosphère à la fois terre-à-terre et kafkaïenne ; l'étrangeté abonde tout en restant crédible. Par exemple, dans le bureau du directeur, il y a une porte qui ouvre directement sur l'une des cabines des WC de l'institut.

Dans le même ordre d'idées, l'assassin a scalpé sa première victime, un geste inexplicable et grotesque, mais malgré tout cohérent, et au final presque acceptable. Quand Aaskhugh, l'un des linguistes, se comporte comme un demeuré devant un visiteur, nous observons la stupéfaction de ce dernier sans la partager, car nous sommes déjà d'une certaine façon sur la même longueur d'ondes que Aaskhugh. La crédibilité des situations confère à la stupeur et au choc des accents de vérité.

Enfin, l'aspect linguistique est abordé avec légèreté, et avec une telle cocasserie qu'on en redemande. Le rythme est suffisamment soutenu pour satisfaire les amateurs les plus exigeants. En même temps, les méditations de Cook ne sauraient laisser indifférents les lecteurs pour qui un polar n'est qu'un roman d'action. Les réflexions contenues dans ce livre sont un régal – intelligentes, imprévisibles, et d'une drôlerie mémorable. Un roman insolite et rafraîchissant, écrit avec l'instinct sûr d'un auteur qui ne boude pas son plaisir.

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E