Entretien avec Julien Campredon

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Personne ne gagne de Jack Black
débarque en librairie !

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E N T R E T I E N   A V E C
J U L I E N   C A M P R E D O N   P A R U
D A N S   L A   R E V U E
B R È V E S

PAR MARTINE DELORS

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Ton parcours, depuis la première publication dans Brèves 72.

C’était il y a cinq ans. Avant Brèves je n’avais publié que dans des très petites structures associatives avec peu de visibilité. Je dirais qu’avec Brèves n°72 je suis rentré dans l’univers des écrivains semi professionnel. À la même période je suis devenu un des collaborateurs des éditions Monsieur Toussaint Louverture, où j’ai participé à chacune des anthologies collectives, puis j’y ai publié mon recueil de nouvelles Brûlons tous ces punks pour l’amour des elfes, en 2007 qui épuisé, a été réédité en novembre dernier. Juste avant, je venais de publier à l’Atelier du Gué une grosse nouvelle sur le salon du livre de Paris, Boris le Babylonien contre l’Aligot Littéraire. Depuis j’ai publié dans plus de vingt-cinq anthologies collectives, dont le livre collectif « Si elles savaient » aux éditions des Petits Matins, et le Southwords issue 13th du Munster litterary center de Cork. Aujourd’hui je me considère comme un professionnel ; je viens de terminer un nouveau recueil de nouvelles, je finis un petit roman, prépare un gros roman de chevalerie, et je fais une tournée de lectures partout en France (avis au libraires et bibliothécaires). Publier dans Brèves, où tout à commencé, c’est faire un retour sur un chemin de cinq ans qui ne fut pas un parcours de santé, loin s’en faut !

Il y a un style Campredon qu'on aime ou qu'on n'aime pas. À ce stade de ton travail, tu apparais comme un écrivain qui provoque chez le lecteur une complicité ou un rejet. Est-ce dû à ton caractère ? à tes engagements ? aux sujets que tu traites ? à un certain goût de la provocation ?

Sans doute ; ce n’est pas la première fois que l’on me fait la remarque. Pour ma part, je ne jetterais pas la pierre aux lecteurs qui me honnissent, car moi aussi il y a beaucoup d’écrivains qui me filent des boutons. Nous vivons dans une époque où l’expression d’idées en général est extrêmement mal vue, on publie de la littérature blanche, les intellectuels sont chassés dans la campagne à grands coups de balais, et je crois que je dérange pour cette simple raison que je donne un avis. En fait je considère que l’écrivain est le premier des politiques, au sens qu’il se doit d’observer la société pour essayer de se construire une vision du monde qu’il transmet par la suite dans ses histoires. Le problème lorsque l’on dénonce quelque chose, c’est qu’il y a toujours quelqu’un derrière, si bien que beaucoup de gens prennent mes critiques pour eux, et ils ont raison. J’ai sans doute joué la provocation quand j’ai commencé à écrire, mais je n’en ai plus besoin, ce que mes propos ont de dérangeant, c’est qu’ils illustrent une situation qui est gênante. Jeune écrivain, je me moquais des gens par défi, aujourd’hui je le fais parce que ceux dont je me moque sont risibles. D’ailleurs nous le sommes tous, je suis simplement l’esclave sur le char du triomphateur romain qui lui rappelle sa faiblesse humaine, à cela dans mes textes je me moque souvent de moi même.

Ton écriture — puisque c'est là que tout se joue pour un écrivain. Comment la définirais-tu ?

Le qualificatif de baroque est le plus évident et le plus facile. Mes amis m’inscrivent dans un certain réalisme magique, et Thierry Acot-Mirande me dit que je suis un troubadour trash. Tout ça est sans doute un peu vrai. Je cherche à faire des textes denses, touffus, où s’entremêlent plusieurs concepts dont l’entrechoquement illustrent l’absurdité du monde, ce qui donne toujours à rire. J’aime les phrases musclées, les situations comiques et les dialogues qui fusent – je suis en train de passer au scénario pour un cours métrage qui sera réalisé par un jeune réalisateur, Fred Millet. Enfin, je tiens à avoir une bonne connaissance de ce dont je parle ; par exemple récemment suite à la lecture d’un de mes textes « Tornar a l’ostal ou les mémoires d’un revenant », quelqu’un parmi le lectorat m’a fait la remarque que seul quelqu’un qui avait une extrême connaissance de l’histoire des Protestants des Cévennes pouvait avoir écrit ceci. Et l’intérêt de ces références, c’est qu’elles donnent plusieurs niveaux de lecture, au lecteur de choisir celui qui lui plaît.

Saint Torero est-il un texte représentatif ?

Oui et non. Le processus de création du texte répond à ce que je t’ai dit précédemment, mais la grosse différence tient au fait que le thème du texte m’avait été imposé, et à la vérité je ne connais pas bien le monde de la tauromachie. Le nombre de signes à respecter était limité, du coup chaque virgule, chaque mot y est économisé, ce que je ne m’impose jamais. Désormais j’ai envie de passer au roman, parce que j’ai de plus en plus envie de me laisser divaguer.

Peux-tu nous en faire un rapide commentaire de texte ?

Saint Torero est un texte sur le thème de la corrida, qui traite essentiellement de la compromission humaine, sur le fait que les gens vieillissent mal. Je parle aussi de ma tristesse à voir ma ville, Toulouse, perdre son âme et jeter aux orties son identité.

L'Occitanie, le Canal du Midi, Toulouse, c'est ici, aujourd'hui, que tu ancres ta vie et beaucoup de tes récits.

Il se trouve que, par le plus grand des hasards, mon parcours professionnel de médiateur culturel a débuté à l’époque où j’ai découvert et commencé à apprendre l’Occitan. Aujourd’hui j’ai trop développé ma vision culturelle et ma réflexion sur la place de l’Occitan dans ma construction pour pouvoir clairement l’exprimer en deux phrases. Ce que je peux dire c’est que pour moi, la culture et l’événementiel sont deux concepts antinomiques ; je définis la Culture comme étant l’ensemble des racines symboliques qui ancrent l’humain dans le sol qu’il a investi. Je crois que la Culture correspond à faire le lien entre un rapport primaire à la terre et une élévation spirituelle et intellectuelle. Détruire les langues vernaculaires comme nous le faisons méthodiquement en France est un suicide, une aliénation, car nous nous coupons les pieds, et cette dialectique du lien entre le lieu, les gens, et l’absolu devient dès lors impossible à faire. Je précise au passage que quand je parle d’aliénation, pour ceux qui ne comprendraient pas, il suffit d’observer le malaise social que nous connaissons dans une société qui pourtant vomit des tombereaux d’argent. Enfin, je n’aime pas tant le voyage que l’idée du voyage, et développer mon ici, c’est me laisser croire qu’un ailleurs existe. Je veux dire que New York ne peut exister que parce que les gens parlent l’Occitan à Villelongue d’Aude d’une façon qui leur est propre, et que Villelongue est un endroit unique et fondamental.

Saint Torero se situe évidemment dans cette veine-là. Faut-il y voir un texte prémonitoire ? un pamphlet social ou politique ? un simple épisode autobiographique mis en scène ?

Autobiographique, certainement pas ! Saint Torero, mémoires de la gitane qui danse, est un texte de fiction extrait du recueil de nouvelles que je viens de terminer, et je pense qu’il est vraiment dans le ton de cet ensemble de six textes, tous assez longs pour des nouvelles. Sur le propos, l’écriture se nourrit nécessairement de son auteur, et ce qu’il vit et ce qu’il pense influe sur le texte, bien sûr. Je vais livrer un scoop, tuer le mythe peut-être, mais je n’ai jamais eu de tante à Toulouse, et ma seule tante originaire du Midi ne parle pas la langue et vie à la Réunion. Enfin, il n’y a rien de prémonitoire, bien au contraire, il s’agit d’un constat et en ce sens peut-être est-ce un pamphlet. Toulouse est une ville qui ne vit plus que par et pour l’argent, et donc qui meure, voire qui est déjà morte. Et je crois que la vision très événementielle de la comune participe définitivement d’enterrer tout espoir de renouveau. Je cherche à dire qu’une ville c’est une mère, une tante, et qu’elle doit prendre garde à ses enfants. Or dans le Sud, on explulse les enfants qui ne peuvent trouver du travail ou acheter des maisons, pour laisser venir ce que j’appelle les « primes au soleil », c’est-à-dire des fins de carrière qui ne cherchent pas à s’investir dans un endroit dont ils ignorent tout mais dont ils apprécient le climat. Et voilà, nous y sommes et patatra : avec cette considération j’illustre parfaitement la première question, cette proposition peut sembler polémique, or nous vivons dans une époque où toute polémique est interdite par le pouvoir sans doute, mais encore plus par une partie même du public.

 

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E