Il est vrai que vous êtes utiles. Souvent je n'ai pas assez
de mes habituels cabas pour contenir mon dentifrice et mon kilo de
pommes. Partie pour n'acheter que ces quelques articles, voilà,
que, comme d'habitude, je me retrouve les bras chargés de confiture,
yaourts, bonbons imprévus dans mes emplettes. Alors, je remercie
les caissières de prévoir, à mon bénéfice,
ces pochons publicitaires certes, mais précieux.
J'aime à dire que si vous n'existiez pas il faudrait vous inventer.
Innombrables sont les services que vous rendez. Vous garnissez les
poubelles démunies de protection. Vous dépannez le pique-niqueur
en manque d'enveloppe à sandwich. Un jour de forêt printanière,
Vous avez chaussé pour moi, un bouquet de jonquilles.
Si j'élucubre plus loin encore, je vous trouve, ô sacs
plastique des supermarchés, l'âme sociale. Vous êtes
le compagnon de voyage idéal du SDF,sa glacière à
vin, son garde-manger naturel. Pour les jeunes gens endimanchés
qui s'essaient aux joies de la campagne, vous servez d'intermédiaire
entre l'étoffe précieuse qui habille leur postérieur
et l'herbe qui tache en vert et contre tous. Encore une aide de votre
part, encore un merci à vous adresser.
Et puis, et puis, comment ne pas reconnaître votre caractère
indispensable, lorsque plein d'espoir, le ramasseur de champignons
vous tortille au fond de sa poche, son poing dessus près à
vous déployer, comme un étendard triomphant afin de vous
garnir du premier cep de la saison. Vous êtes, à cet instant,
poches plastique des supermarchés, l'unique témoin d'une
lutte sans merci entre la nature et l'homme. Ce dernier, au péril
de sa raison, a réussi à arracher à une terre
hostile, sa quintessence même. Vous le savez et l'humidité qui
vous habite alors n'est que larme d'émotion.
Votre identité, votre place parmi nous, humains, n'est plus
à prouver, vous avez gagné vos lettres de noblesse. Nous
ne pourrions nous passer de vous, chers, chers sacs plastique des supermarchés.
J'excuse tout de vous, même votre façon de vous traîner,
lamentables, sur les plages atlantiques. Oui j'excuse tout de vous
ou presque, d'où l'objet de cette missive.
Voilà que l'autre jour, je me pressais à la caisse du
supermarché. Comme d'habitude, je n'eus pas assez de mes cabas
et la vendeuse me balança, sans respect pour vous, une poignée
de sacs plastiques des supermarchés dont je tairai le nom par
respect pour la concurrence. Il arriva ce qui, malheureusement, je
dois le dire et l'avouer, arrive plus souvent que de raison. Vous restâtes
collés. Oui collés! Je veux dire par là que je
ne pus vous ouvrir. Mes doigts gourds et gelés se sont échinés,
agacés, gercés, sur vos feuillets. Votre cavité
virtuelle restait hermétique et inutilisable. J'étais
gênée pour vous. Derrière moi, la foule des clients
s'impatientait. Elle s'impatientait parce qu'elle ne voulait pas attendre
mais aussi parce qu'elle voyait ce qui l'attendait: des sacs plastiques
des supermarchés inutilisés car inutilisables. Gasp!!!
J'en rugis encore.
C'est pourquoi je vous fais cette lettre, (que vous lirez peut-être).
Je vous réitère donc, par ces mots violents, mon ire
et mon mécontentement. Je vous affirme que si le comportement
sus-mentionné
devait se confirmer, je me verrais dans l'obligation de me priver de
vos services, voire de me séparer de tout le stock de sacs en
plastique de supermarché que je garde au fond de mon armoire.
Je comptais m'en servir pour transporter mon raton laveur, pour lancer
des messages à la mer et pour couvrir mon livre de messe.
Chers sacs plastique des supermarchés, comptant sur votre compréhension
et votre haute bienveillance, recevez l'expression de mes sentiments
les plus froissés.
Martine Prunier.
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