De
: S. Ahmed
À : Monsieur Toussaint Louverture
Objet : Amicalement
"Donc, ce site particulièrement VOUS EST DÉDIÉS.
Nous
ne sommes pas des raconteurs d'histoires, mais des
pourvoyeurs d'histoires, nous savons comment les
amener au plus grand nombre de lecteurs."
Je vous cite.
Chers amis écrivains et lecteurs qui aiguisent
leurs
esprits par la liberté de pensée,
Je vous grée d'accepter mes respects. Pillard des
tombeaux évenementiels de ces 42 dernières années,
depuis la mort de JFK, je me permets de vous adresser
l'idée originale d'une enquête qui dure depuis plus de
20 ans, dépassant même le cadre de M. JFK et des Etats
occidentaux. Une enquête... qui décrit comment le
Nouvel Ordre Mondial de M. Bush Père est arrivé dans
une certaine maturité dont les signes élémentaires
se
surperposent internationalement par le comptage
temporel, ou plus précisément les calendaires de
toutes cultures et religions et tout simplement sans
qu'aucune âme ne s'en rende compte, et même les
protagonistes de cette enquête eux même...
Vous en dire plus ne pourrait pas m'arranger car mon
texte n'est pas encore enregistré.
Seulement, sachant que votre philosophie de la
liberté à travers ce que j'en ai lu dans votre site,
m'a poussé à vous écrire dans ce sens afin de recevoir
un conseil et même une aide entre compagnon écrivain
et lecteur pour pouvoir publier, diffuser une grande
nouvelle que nulle ne peut encore s'imaginer,
tellement cet enchaînement de l'après-guerre
jusqu'aujourd'hui a découlé sur l'oubli de l'homme. Et
qui vous dira ce qu'est l'oubli de l'Homme, si ce
n'est que l'Homme lui même à condition qu'ils sachent
et pour savoir rien de telle que la plume et la
matrice (le pouce) et la bonne compagnie des
écouteurs, des lecteurs et de ceux qui savent de quoi
ils causent même s'ils se trompaient auparavant.
Attendant une réponse de votre part, je vous grée
d'accepter mes sincères salutations citoyennes.
* * *
De
: Jean Vilain
À : Monsieur Toussaint Louverture
Objet : Félicitations
Je viens de me procurer le premier numéo de Numérista.
Bravo! Que dire de plus...
Amicalement,
* * *
Maman,
cela fait longtemps maintenant que je pense à
t’écrire mais je n’avais pas trouvé, jusqu’ici,
le bon moment, le bon endroit. Je ne savais pas trop non plus ce que
je voulais te dire. Je ne le sais sans doute pas plus aujourd’hui
mais je sais que le moment est venu.
Je suis arrivé au village il y a bientôt
trois mois et je travaille dans les vergers avec les cousins. Je m’occupe
des arbres, je ramasse les fruits, je charge les mulets.
Je ne suis pas encore descendu à la ville pour
faire les marchés mais, à vrai dire, je ne suis pas pressé.
L’air des collines me va bien, il est frais comme nulle part ailleurs
et les fruits sont splendides. Ce matin, alors que j’étais
sur la terrasse à fumer
une bonne vieille Alhamraa, j’ai par inadvertance recraché
la fumée par le nez avant même de l’avoir inhalée.
J’ai retrouvé ce goût fort et désagréable
de mes premières cigarettes, crapotées en cachette sur
cette même terrasse pendant que vous faisiez la sieste dans le
salon. Je me suis rappelé aussi que j’avais bien failli
mettre le feu au cabanon derrière la maison avec le briquet de
papa. Et je me demande toujours si vous en aviez su quelque chose.
Je te raconte tout ça comme si je voulais te convaincre
que l’endroit est agréable, et plein de souvenirs. Mais
tu sais tout ça et je sais bien que tu ne viendras pas. Je sais
que tu m’en veux déjà d’être parti et
que tu m’en voudras encore plus en sachant
que je suis ici. Mais vos querelles d’adultes n’étaient
pas les miennes quand nous sommes partis pour Damas et, après
avoir entendu cent fois ta version des faits, j’ai enfin pu connaître
la leur.
Je sais ce que tu as souffert et comment ils t’ont
traité, mais je sais aussi maintenant ce que je ne voyais pas
de mes yeux d’enfants. Tes frères m’ont raconté
comment tu te comportais au village, tous ces gens peu recommandables
que tu fréquentais, l’image qui collait à la famille
à cause de toi.
Je sais maintenant qu’ils ne pouvaient pas faire autrement.
J’aurais peut-être eu du mal à pardonner
à papa pour ce qu’il t’a fait mais il n’est
plus là. (Avais-tu seulement appris son décès?
Cela fait bientôt deux ans maintenant. Mais je suppose que cela
ne te touche pas beaucoup. Au mieux seras-tu soulagée?)
Je ne veux pas m’attarder et je ne saurais d’ailleurs
pas quoi te dire de plus. Le travail m’attend et il est déjà
dix heures. Je voulais simplement te rappeler que j’existe encore,
que je vis avec la famille et que j’y suis à ma place.
Je sais que tu ne viendras pas, j’espère
juste que tu m’aimes un peu, malgré mon départ,
mon retour, malgré ce que sont nos vies l’une pour l’autre
aujourd’hui.
Je t’embrasse,
* * *
De
: Edouard Marsal
À : Monsieur Toussaint Louverture
Objet : Juste un mot sur Les Préliminaires
Cher Monsieur Toussaint,
Il y a beaucoup à dire sur chacun des textes de
la première parution ainsi que sur son aspect général.
Sur la première de couv l’ambitieuse rose des vents invite
à un plaisir qui n’est pas feint à la lecture du
premier texte 5W Club. Courte ou longue la nouvelle est un
support utilisé à merveille dans tes pages. Longitude
de la phrase qui s’étend ou latitude de mots courts, précis
pointus. Profondeur, humour, surprise décalage. Recherche dans
les mots, la syntaxe mais d’abord imagination.
Raconter une histoire. Tout simplement.
Des textes comme le Professionnel, Rouge claque ou Un jour
d’embauche illustrent parfaitement ce que je sens que vous
voulez proposer et développer.
Un doute subsistait quant au texte de Sarah.B La nuit des gens m’appellent.
L’accroche est dure ce balbutiement ces répétitions.
La nuit. Je crû y rencontrer ce qui m’avait déjà
gêné dans certains textes sur le site comme celui des nains
de jardins ou du constructeur automobile. On n’avance pas ça
patauge. J’ai besoin d’être entraîné
par les lignes à un rythme qui m’est propre. De sauter
de page en page l’œil plus vif que l’éclair
comme ça j’ai l’impression de bien avancer.
Ici ce texte demande autre chose je dois me plier et abandonner ma cadence
propre. Je revois Lucchini chez Pivot ya des années de cela :
« Bien lire c’est ruminer, comme la vache. Ruminer. »
Plusieurs semaines et des lectures espacées sont alors nécessaires.
Je m’accroche à quelques bouées flottant en surface
le jeune homme de la place Tien Han Men me tient par le bras je m’agrippe
et avance en rampant avec la ténacité d’un standardiste
composant à répétitions et sans relâche le
même numéro d’urgence sur l’interurbain. Ligne
en dérangement. Raison trop grand nombre appels.
Puis le chemin s’éclaire en page 39. Car. La nuit quand
j’ai dû. Stopper mon magnétoscope. Trouver le téléphone.
Poser ma tasse de café. Marquer la page de mon livre. Sortir
des toilettes.
L'oscillation est bonne le rythme prend tout sons sens en une phrase
semble-t-il.
C’est plus qu’un rythme, une richesse un étonnement…
Pour reprendre Thierry Acot-Mirande dans le courrier des lecteurs, ce
texte long et compliqué masque ce qu’il devrait révéler…et
révèle ce qui est trop souvent masqué. Juste. Savoir.
Possible. À portée de la main.
Juste.
Savoir.
Possible. À portée de la main.
Tout est dit là. La théorie. La pratique. La la la.
Ouvrir des voies hors des têtes.
Boire le sang.
À vous, aux autres,
ED.
* * *
De
: Laurent Decazeviele
À : Monsieur Toussaint Louverture
Objet : L'homme brun
Cher MTL,
j'aime beaucoup ton site, pour les histoires drôles,
et j'aime beaucoup ta revue, pour les histoires tout court.
Tout le monde doit te dire ça en t'écrivant,
et toi-même tu dois te dire en lisant ça, ce quelqu'un
a un texte à me faire lire, mais il se sent un peu gêné
de l'envoyer parce qu'il ne l'a pas écrit après ça
rencontre avec Monsieur Toussaint Louverture. Moi-même, j'écris
cette lettre et je me dis ça, je me dis que tu es en train de
penser ça, en parcourant ma lettre des yeux.
J'écris de temps en temps effectivement, mais la
plupart du temps mes histoires ne sont pas drôles, à la
limite un peu cyniques, rarement drôles. Depuis que je te connais,
j'essaye d'écrire un peu différemment, de toute façon,
je me répète que j'ai le temps, qu'avec de bons conseils
et du travail, viendra un jour où j'écrirai ce que je
voudrai.
Je pensais te donner l'histoire surprenante d'une jeune
fille qui a un accident de voiture, elle va mourir dans les secondes
qui suivent, pourtant elle se retrouve dans un avion pour l'Inde, elle
commande à l'hôtesse un coca-light. Une fois à
New Delhi elle croise un homme, un homme brun (ça aurait été
le titre de l'histoire : l'homme brun) qui l'a fait se retourner
sur son passage tellement elle le trouve charmant; elle continue quand
même sa route. Elle se dit qu'elle fait une erreur, que c'était
peut-être sa chance, que cet homme avait sans doute des choses
douces à lui dire. Toutes ses pensées se tournent vers
le concept d'erreur. Ses pas continuent à l'entraîner dans
la ville, il y a des gens partout et elle ne voit personne, elle est
toujours retournée sur le passage de l'homme brun. Les portes
d'un ascenseur se referment devant son nez, ce qui l'oblige à
prendre des escaliers. Elle court maintenant, de jolies couleurs roses
envahissent ses joues, elle pense que ses chaussures ne sont pas adéquates.
Encore une fois, ses pensées se contractent autour de l'idée
même de commettre une erreur. Elle n'osent pas baisser les yeux,
elle a peur, que comme dans un rêve, elle ne puisse pas voir ses
pieds, mais juste elle, en plan large, en train de baisser les yeux
vers ses jambes. Le bus a démarré sans la voir, les gens
autour d'elle ne font attention à rien, sa main se tend pour
faire signe, mais rien ne se passe. Rapidement, elle est à bord
d'un taxi à qui elle a donné une grosse somme d'argent
pour se rendre le plus vite possible à l'aéroport. La
circulation dans la périphérie de Delhi est anarchique,
personne ne contrôle rien, elle s'agrippe à la portière.
Les voitures partout roulent à une vitesse stupide, derrière
ses yeux se reforme l'image de l'homme brun et c'est tout. Elle a sans
doute un accident, mais on ne sait pas puisqu'elle ne nous permet de
voir que l'homme.
C'était l'histoire que je voulais t'écrire,
mais je ne l'ai pas fait, à la place voilà une autre histoire.
Une histoire vraie.
« Le degel c’est quand on peut creuser un
trou dans la terre de son jardin suffisamment grand pour pouvoir y mettre,
par exemple, son chien. C’est un après-midi sans couleur,
un moment plein de vapeurs où on choisit dans la resserre en
bois une pelle, et que forcément nos mains frigorifiées
tombent sur les échardes de celle qui a servi de couperet dans
la matinée.
En hiver, quelques années plutôt, j’accompagnais
mon père couper de ce bois, celui qui nous servait à réchauffer
le salon quand le froid était trop tranchant. C’était
une punition, parce que c’était l’époque
de la main, autrement dit celle de la punition permanente. À
chaque fois que mon père allait faire quelque chose de dur, de
long et souvent de fatiguant, je devais l’accompagner.
On en était là, dans cette vieille voiture, où
je glissais mes mains sous mes cuisses pour ne pas voir le bout de mes
doigts se casser. Il y aurait eu des volutes de condensations blanches
qui seraient sorties de nos bouches, à cause du radiateur intérieur
cassé, mais ça faisait des années que nous nous
taisions. C’était ce vieil échange cordial, où
deux individus arrivent à en oublier la présence l’un
de l’autre tellement ils se détestent, quand sur le bord
de la route, j’ai vu une tache jaune dans la neige.
On a gardait le chien, même s’il était
fou. D’abord, mon père l’a laissé vivre dans
la grange, puis, à cause de ma mère qui pensait que ce
serait bien pour moi, plus près de chez nous. Mais vraiment,
d’abord il était fou parce qu’il avait sans doute
été beaucoup battu, avant qu’on ne le trouve en
boule sur le bas côté. C’était une folie idiote,
il voyait un autre animal et alors il aurait fallu être rapide
comme l’éclair pour l’empêcher de le tuer.
Tellement qu’un jour, il a mordu un voisin fermier. Mon père
a dû l’achever avec la pelle parce que les plombs, ça
lui avait rien fait.
Quand on jette le chien avec qui on a joué, avec
qui on a bien ri, qu’on a fait courir comme un dingue, qu’on
a nourri, qu’on a essayé par tous les moyens de faire dormir
dans son lit, quand on jette ce chien dans le trou : il fait un bruit
de sac plein de patates. C’est sous ce ciel anonyme qu’on
se dit qu’il va falloir reboucher le trou vite fait, parce que
ce sac de patates au fond, on sait très bien que c’est
le chien. Qu’attendre trop longtemps et on va descendre dans le
trou, comme le vulgaire gamin qu’on est, pour bien vérifier
que le chien est geler comme la terre.
C’est comme ça que mon père en est
venu à mettre sa main sur mon épaule. Il m’a dit
de rentrer, qu’il allait s’occuper seul de reboucher le
trou. »
Merci d'avoir pris le temps de me lire, j'espère
que tu auras de la place pour me publier sur ton site.
À bientôt.
* * *
De
: Alain Sevestre
À : Philippe de Jonckheere
J'ai emprunté une fois Tentative d'épuisement
d'un lieu parisien de Georges Perec à la bibliothèque
Jules-Joffrin (XVIIIème arrond. de Paris), et, page 21, en regard
de ce texte souligné : Café de la mairie, 18 oct
1974, 12 h 40 : Retour (aléatoire) d'individus déjà
vus : un jeune garçon en caban bleu marine tenant à la
main une pochette plastique repasse devant le café,
au crayon, quelqu'un avait inscrit, se reconnaissant sans doute, moi
avec une flèche. J'ai emprunté le volume le 08.12.98;
fiche biblio en dernière page.
J'ai tenté de retrouver la personne en épluchant
les dates d'emprunt du livre, mais c'était pour le coup un travail
fastidieux, vain. J'ai rendu le livre. Il y est encore, je suppose.
L'étrange, tout de même, c'est le peu d'indices
du portrait. Il faut peut-être imaginer un emploi du temps extrêmement
précis au jeune homme ou une rigoureuse notation de ses faits
et gestes à cette époque. C'est, en tout cas, un retour
de fiction très remarquable.
Peut-être s'agit-il d'un de ces moments oulipiens
dont parle Jacques Roubaud dans son dernier livre La bibliothèque
de Warburg ?
Alain Sevestre
* * *
De : Martine Prunier
Au : Réprésentant de M.T.L.
Objet : Votre revue
Me revoilà, sauvée des eaux, pleine de
nostalgie, affligée d'un rhume aquatique qui force mes sinus.
J'ai lu votre revue pendant mes vacances. J'y vois du bon, une présentation
exceptionellement belle mais qui peut effrayer le lecteur moyen et honnête
par tant de splendeur, attention à cet écueil. J'ai commencé
à la montrer à Gueret mais les libraires sont toujours
frileux et préfèrent vendre "le chasseur français"
Bon, la région s'y prête...à la chasse, malheureusement.
Je n'ai pas aimé les principales nouvelles (longues) que vous
y présentez, mais, ce n'est pas grave car je sais qu'il y a des
lecteurs qui aimeront et il faut de tout pour faire le monde de MTL
. Mon avis est fort subjectif, ce n'est pas une question de style, quoique...
mais franchement une question de contenu.
J'ai préféré les textes courts. Pour moi, moins
présomptueux. J'ai tout de même envie de vous dire : faites
attention à ce que MTL ne devienne pas une revue prétentieuse.
Vous allez peut-être me jetter, me honnir, me bannir, me tuer
en espérant l'impunité, mais tant de chic, de classe dans
la forme, alliés à trois nouvelles, à mon avis,
ce qui n'est pas la vérité, mais mon humble avis, à
trois nouvelles que j'ai trouvées une, vaniteuse, l'autre ennuyeuse,
l'autre que j'ai eu du mal à finir, pourrait donner quelque chose
de relativement chiant. À moins que je ne comprenne rien à
la littérature moderne. je suis assez esseulée dans mon
coin de Creuse avec peu de personne pour échanger et peut-être
larguée quand à ce qui ce fait. Ça, je veux bien
l'entendre.
Je m'attendais peut être à un style qui ressemble à
celui du site, caustique, ironique, leger et sans prise de tête,
d'où une légère déception de ma part. Mais,
on n'est déçu que des illusions que l'on se fabrique pour
son propre bénéfice. Vous avez certainement décidé
de faire autre chose de votre revue et pourquoi pas?
Bon, je m'aperçois que je ne suis pas tendre avec vous, j'accepte
donc que vous ne le soyez pas non plus, répondez moi selon votre
hargne et nous serons quittes.
Cordialement. M Prunier.
* * *
De : Pierre Protin.
À : MTL.
Objet : Aération.
Je profite de votre appel à opinions pour vous
faire part d'une ingénieuse idée que j'ai eu ce week-end.
J'ai inventé un moyen d'aérer une voiture qui sentirait
mauvais. Ça peut arriver que l'intérieur de votre voiture
sente l'humidité ou la salle de sport. Ça arrive à
tout le monde de faire l'amour à bord de son véhicule,
de transporter quelque chose de mort, ou de prendre en stop des rugbymen
juste après leur match et juste avant leurs douches. Ce sont
des chose qui se passent tout le temps, mais après que faire
avec l'odeur? La camoufler avec un petit sapin pendu au rétroviseur?
Je suis désolé mais cette ambiance vanille me rend malade
et encore plus l'idée de devoir le toucher.
Alors c'est simple.
Il suffit d'ouvrir ses portières arrières
à fond, de démarrer et de faire au moins cinquante mètres
de marche arrière à toute vitesse. Au bout de cette distance,
vous freinez d'un coup sec et là, les portes se claquent, sur
un habitacle plein de fraîcheur.
Que demandez de plus.
Bientôt je vous apprendrai à descendre vos
poubelles sans descendre de chez vous.
Continuez, c'est génial.
Pierre P.
* * *
De
: Thierry Acot-Mirande
Au : Représentant
Je profite de votre
message pour essayer d'apporter un éclairage plus circonstancié
sur ma démarche... Je vais essayer d'être précis...
L'être est
voué à se défaire corps et âme, à
se fondre dans le vide : nous sommes les jouets (plus ou moins lucides)
de ces éléments déchaînés, nous sommes
cette plaine désolée où blanchissent déjà
nos os. Il n'est rien, jusque dans la plus extrême dissonance,
où ne serait l'infini. L'éveil ? Quand la parole se contente
de nommer un objet, elle ne nous en affranchit pas : les mots ont une
réalité propre, leur office est de rompre nos rapports
naturels avec les choses qu'ils désignent. L'écrivain
cherche à atteindre à travers les mots cette réalité
des choses que précisément les mots abolissent en s'affirmant
comme sens, car on ne peut parler de leur absence de sens, sinon en
lui donnant un sens qu'elle n'a pas. Exprimer un objet, c'est le trahir,
mais le traduire, c'est le dissimuler. L'expression vraie cache ce qu'elle
manifeste. Par exemple, on a souvent remarqué que tout sentiment,
toute idée puissante provoquait en nous comme un vide, une suspension
de l'être : le langage, s'il écarte ce vide, écarte
aussi la vérité, c'est-à-dire, en définitive,
la poésie. Entre ce vide et le langage devrait pouvoir s'établir
un rapport en quelque sorte musical qui est l'image de ce que tout mouvement
de la pensée laisse autour de lui d'inexprimé, mais non
pas d'inerte ou d'incorporel. C'est pourquoi toute oeuvre qui masque
ce qu'elle devrait révéler a plus de signification pour
l'esprit que les fausses clartés apportées par l'analyse
ou l'introspection.
Ce qui se dérobe à l'analyse - non pas dans les modes
d'expression, mais dans le contenu - constitue la nature même
de l'art comme aussi, je pense, de la littérature.
Donc, je vous
invite à imaginer un univers enfin désentravé,
dégrippé. Comme un terrain de jeu infini.
Très amicalement.
Thierry Acot-Mirande.
* * *
De : Szilvia
Deák
À
: Maupassant
Budapest, le 08 décembre 2003.
"J'aime le ciel comme un oiseau, les fôréts
comme un loup rodeur..."
Vous vous en souvenez? Je viens de lire votre journal intitulé
"Sur l'eau" qui m'a tout à fait ébloui. Je me
suis rendu compte qu'il y avait une grande ressemblance entre nous,
bien que je sois une Hongroise et je vive dans une autre époque.
On est en 2003. L'été dernier je suis allée à
St-Tropez où vous aimiez aller vous aussi et je ne cesse d'affirmer
que vous ne reconnaitriez pas ce petit village de pêcheurs de
l'époque où vous pouviez si bien vous cacher des gens.
Des milliers de touristes ont envahi l'environ et depuis ce temps-là
le village calme est devenu ville. Tout le monde roule en voiture de
luxe, des boutiques somptueuses des stylistes célébres
longent les rues. Dans le port on peut prendre en photos des yachts
splendides. Vous deviez aimer ça... Cet endroit est le paradis
des célébrités. Le soleil toujours brille, la mer
a aussi la couleur d'azur qu'il y avait 100 ans. C'est bien d'y faire
trempette, sentir la sensation de la liberté et de l'éternité.
Le monde s'est beaucoup développé. On a conquérit
de nouveaux horizons. On se déplace en avion, on a marché
sur la Lune et nous essayons de faire des recherches sur le Mars.
Les découvertes de communication comme le portable et l'Internet
nous rendent fous. Le monde est dans notre domicile sans parler de la
radio et de la télévision.
Dans le siécle dernier la médecine a fait beaucoup de
progrés aussi. Certainement on pourrait vous guérir de
vos maladies et vous ne devriez pas mourir si jeune. Par contre il y
a des choses qui n'ont pas changé. Il y a toujours des guerres.
Les gens sont toujours à la recherche du bonheur et les chercheurs
ne savent pas toujours pourquoi nous rêvons.
Je vous quitte, cher Monsieur, en espérant que vous recevrez
cette lettre par un canal céleste.
Au revoir au Paradis,
Szilvia Deák votre fidele lectrice.
P. S.: Vous devez savoir une chose: les écrivains
ne mourront jamais
D’autres
courriers