Lettre à Joshua du 15/11/03

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« Tous les hommes du roi commence
comme une comédie du pouvoir, emprunte les chemins
de la fresque historique et se conclut sur un entrelacs
de tragédies, la somptuosité de l’écriture le disputant
dans chacun de ces registres à la profondeur de la pensée.
Chef-d’œuvre ? Oui, dix fois plutôt qu’une. »
Les Inrocks

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L E S   C H R O N I Q U E S   D E   L A   H O N T E

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Cher Joshua,

pour en finir une bonne fois pour toutes avec les formalités, comment vas-tu (ne va pas croire cela dit que je me désintéresse de ton sort)? En ce qui me concerne tout va bien mais ce n'est pas pour te donner de mes nouvelles que je t'écris, donc passons dés à présent au véritable objet de cette lettre.

J'ai fait récemment une découverte tout à fait surprenante et qui m'a beaucoup rejoui. Depuis un certain temps déjà j'avais remarqué quelque chose d'étrange dans l'accoutrement de nos amies les hongroises (je parle des plus élégantes d'entre elles, celles dont on sent bien en les voyant qu'elles ont passé de longues heures à parfaire leur parrure): elles portaient jeans, petits hauts moulants et manteaux de fourrure pour les plus extravagantes(ou les plus frileuses?) d'entre elles, rien de bien étonnant jusque-la te dis tu probablement(et tu as raison). Non en réalité,c'est à un autre niveau que se situait l'objet de ma surprise: au niveau des pieds si j'ose m'exprimer ainsi.Un jour, en effet, mon regard vagabondant librement comme à son habitude s'arrêta sur ces drôles de chaussures dont l'extremité, remarquablement allongée et pointue,ne permettrait à aucun pied humain normalement constitué de se loger douilettement. Cette constatation m'inspira trois hypothèses:

1/une nouvelle race mutante qui se distingue du genre humain par la curieuse forme de ses pieds est arrivée recemment sur Terre pour accomplir un dessein encore inconnu ou

2/une catégorie de jeunes femmes particuliérement masochistes s'est mise dans la tête de se ridiculiser tout en souffrant le martyre en achetant et(et c'est dans ce point que reside l'enormité de l'affaire) en portant des chaussures dont la silhouette allongée est à elle seule une promesse de douleur continue.

ou encore 3/(et c'est, je le crains, la solution la plus vraisemblable) ces jeunes filles souffrent certes, mais ne songent pas une seule seconde à se ridiculiser avec ces abominables escarpins longilignes,si elles les portent,c'est parce que ça leur plait tout simplement.

Tout cela me plongea,comme tu t'en doutes, dans des abîmes de perplexité et je me demandais comment le goût international(car malheureusement, il me semble avoir déjà vu de ces horreurs ailleurs qu'ici) avait pu tomber si bas.Tu te souviens peut-être du début de ma lettre où je te faisais part d'une découverte qui m'avait "profondément rejoui" et tu trouves peut-être à present contradictoire que je semble affligé par ce que je t'ai raconté. Patience patience, c'est tout simplement que je ne t'ai pas dit quelle avait été ma découverte...

En effet, je trouvais ces chaussures atroces et celles qui les portaient irrécupérables jusqu'au jour où je pris conscience d'un élément qui changea radicalement mon regard, désormais teinte de tendresse, sur les malheureuses. Ces chaussures n'étaient pas sans me rappeler une mode passée trés ancienne et à laquelle, sans même en avoir conscience, ses jeunes filles rendaient un vibrant hommage. De longues chaussures qui s'achèvent par une pointe grotesque (parfois orne d'un grelot autrefois mais je n'ai jusqu'alors jamais vu personne pousser l'audace jusque-là de nos jours)... ça ne te rappelle donc rien?... Moi aussi il m'a fallu du temps pour les reconnaître les chères petites... Je ne vais pas te faire languir davantage: c'est (bien sûr! comment cela ne m'avait il pas saute aux yeux avant!) le grand retour des poulaines que l'on croyait (et on avait tort, comment a-t-on pu les croire enterrées aussi facilement?) à jamais disparues!

Elles sévissent donc à nouveau dans le monde de la mode, surgies(qui eut cru cela possible?)du Moyen Âge. C'est pourquoi, alors qu'avant je n'y voyait que la preuve d'un indéniable mauvais goût, je ne peux pas m'empêcher à présent de leur lancer de tendres regards, lorsque je les apercois aux pieds d'une innocentes que ses petites malicieuses s'emploient à ridiculiser et à transporter 600 ans en arrière (ce dont la naive jeune fille ne se rend évidemment pas compte), au temps ou les poulaines étaient du dernier chic à la cour de Charles VI le fol.

Il me semble que cette lettre est déjà beaucoup trop longue et je vais donc te laisser.

À bientot j'espère,

Francois.

 

 

D E R N I È R E   C H R O N I Q U E

 

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E