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Remarquable, n’est-ce pas ? de Robert Benchley, notre dernière publication, est disponible, remarquable, n'est-ce pas ?
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L E S C H R O N I Q U
E S D E L A H O N T
E
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Cher Joshua,
pour en finir une bonne fois pour toutes avec les formalités,
comment vas-tu (ne va pas croire cela dit que je me désintéresse
de ton sort)? En ce qui me concerne tout va bien mais ce n'est pas
pour te donner de mes nouvelles que je t'écris, donc passons
dés à présent au véritable objet de cette
lettre.
J'ai fait récemment une découverte tout
à fait surprenante et qui m'a beaucoup rejoui. Depuis un certain
temps déjà j'avais remarqué quelque chose d'étrange
dans l'accoutrement de nos amies les hongroises (je parle des plus
élégantes d'entre elles, celles dont on sent bien en
les voyant qu'elles ont passé de longues heures à parfaire
leur parrure): elles portaient jeans, petits hauts moulants et manteaux
de fourrure pour les plus extravagantes(ou les plus frileuses?) d'entre
elles, rien de bien étonnant jusque-la te dis tu probablement(et
tu as raison). Non en réalité,c'est à un autre
niveau que se situait l'objet de ma surprise: au niveau des pieds
si j'ose m'exprimer ainsi.Un jour, en effet, mon regard vagabondant
librement comme à son habitude s'arrêta sur ces drôles
de chaussures dont l'extremité, remarquablement allongée
et pointue,ne permettrait à aucun pied humain normalement constitué
de se loger douilettement. Cette constatation m'inspira trois hypothèses:
1/une nouvelle race mutante qui se distingue du genre
humain par la curieuse forme de ses pieds est arrivée recemment
sur Terre pour accomplir un dessein encore inconnu ou
2/une catégorie de jeunes femmes particuliérement
masochistes s'est mise dans la tête de se ridiculiser tout en
souffrant le martyre en achetant et(et c'est dans ce point que reside
l'enormité de l'affaire) en portant des chaussures dont la
silhouette allongée est à elle seule une promesse de
douleur continue.
ou encore 3/(et c'est, je le crains, la solution
la plus vraisemblable) ces jeunes filles souffrent certes, mais ne
songent pas une seule seconde à se ridiculiser avec ces abominables
escarpins longilignes,si elles les portent,c'est parce que ça
leur plait tout simplement.
Tout cela me plongea,comme tu t'en doutes, dans des
abîmes de perplexité et je me demandais comment le goût
international(car malheureusement, il me semble avoir déjà
vu de ces horreurs ailleurs qu'ici) avait pu tomber si bas.Tu te souviens
peut-être du début de ma lettre où je te faisais
part d'une découverte qui m'avait "profondément
rejoui" et tu trouves peut-être à present contradictoire
que je semble affligé par ce que je t'ai raconté. Patience
patience, c'est tout simplement que je ne t'ai pas dit quelle avait
été ma découverte...
En effet, je trouvais ces chaussures atroces et celles
qui les portaient irrécupérables jusqu'au jour où
je pris conscience d'un élément qui changea radicalement
mon regard, désormais teinte de tendresse, sur les malheureuses.
Ces chaussures n'étaient pas sans me rappeler une mode passée
trés ancienne et à laquelle, sans même en avoir
conscience, ses jeunes filles rendaient un vibrant hommage. De longues
chaussures qui s'achèvent par une pointe grotesque (parfois
orne d'un grelot autrefois mais je n'ai jusqu'alors jamais vu personne
pousser l'audace jusque-là de nos jours)... ça ne te
rappelle donc rien?... Moi aussi il m'a fallu du temps pour les reconnaître
les chères petites... Je ne vais pas te faire languir davantage:
c'est (bien sûr! comment cela ne m'avait il pas saute aux yeux
avant!) le grand retour des poulaines que l'on croyait (et
on avait tort, comment a-t-on pu les croire enterrées aussi
facilement?) à jamais disparues!
Elles sévissent donc à nouveau dans
le monde de la mode, surgies(qui eut cru cela possible?)du Moyen Âge.
C'est pourquoi, alors qu'avant je n'y voyait que la preuve d'un indéniable
mauvais goût, je ne peux pas m'empêcher à présent
de leur lancer de tendres regards, lorsque je les apercois aux pieds
d'une innocentes que ses petites malicieuses s'emploient à
ridiculiser et à transporter 600 ans en arrière (ce
dont la naive jeune fille ne se rend évidemment pas compte),
au temps ou les poulaines étaient du dernier chic à
la cour de Charles VI le fol.
Il me semble que cette lettre est déjà
beaucoup trop longue et je vais donc te laisser.
À bientot j'espère,
Francois.
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