Journal de vacances

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Personne ne gagne de Jack Black
débarque en librairie !

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J O U R N A L   D E   V A C A N C E S

PAR MARTINE PRUNIER

 

Lundi 29 août

C’est la vache, qui m’a interpellée. Nous étions tous dans ce train en panne en pleine campagne normande. Cet arrêt obligatoire au milieu d'un champ me donnait l’occasion d’observer une nature que je ne connaissais pas. L’herbe verte courrait comme une folle vers les ruisseaux, les arbres, en bruissant, racontaient aux nuages des histoires cochonnes qui ne faisaient rire qu’eux, les chevaux galopaient vers des avenirs incertains mais ne s’en souciaient guère. Seule, dans ce compartiment j’eus tout le loisir d’analyser la situation. J’avais choisi, pour plus de commodité, de me transporter par la SNCF afin d’arriver la première sur les plages et voilà que j’étais en butte aux mêmes aléas que le commun des mortels : J'allais être en retard sur le lieu de mes vacances.

C’est dans les yeux de la vache que se matérialisa un paradoxe, la vache qui regardait passer le train. L’aimable bovidé paraissait fort désappointé puisqu’il était destiné à voir les trains passer, or celui-ci était, pour lui, mortellement stable. Plus tard, j’appris que la cornue se suicida en se jetant sous le tracteur de son maître. Ce dernier, empli de calva à en pisser après les tournesols crut voir la vierge noire l’invectiver. Les tournesols s’ébrouèrent, une messe fut dite pour le tracteur et l’affaire ne prit pas plus mauvaise tournure. Je restais, seule avec mes questions

Mardi 30, temps doux.

Un jour entier de volé sur les plages de Normandie. Depuis hier, nous sommes au champ, au champ comme les oies, au champ comme les moutons, au champ comme les bergères qui gardent les doigts de leurs mains. Elles évitent ainsi les jeux de vilains. Pourtant, les vilains sont dans la plaine et ne demandent qu’à s'amuser avec les rustiques gardiennes. De mon wagon immobile, j’observe que rien n’est simple pour la vie affective de tout ce monde rural. Les petites paysannes tendent désespérément leurs bras graciles vers le soleil en trottinant gauchement devant les pâtres qui sont pourtant leurs mâles opportuns, faudra bien qu’elles s’y fassent !

Un chat miaule à la lune. Elle lui répond que ce n’est pas le jour. La pauvre bête désespitée s’accroche à ses basques et entame une partie de chistera, ce qui ne la mène à rien.
Mercredi sur son doux trente et un.
Rien ne s’arrange, le convoi est toujours à l’arrêt. Le ciel est bleu, on se demande pourquoi. Une question naît en mon esprit enfiévré : en quoi la nature se venge-t-elle de m’emprisonner ainsi en ce huis clos ferroviaire ? Je sacrifie pourtant à son culte ! un jour à l’eau, un jour au vin, il me semble que toute entité devrait se contenter d’une telle obole. Que puis-je faire de plus ? Que peut-on me demander encore ? Vais-je me commettre à quelques incantations? C’est bien beau tout ça mais le jour ne vient pas où j’irai geler mes pieds dans la mer du nord.

Jeudi 32 si doux.

C’est la fête à ma frangine, je pense à elle dans ce petit train de campagne où nous sommes toujours immobilisés par la grâce de Dieu. Je dis la grâce de Dieu car après tant d’heures passées ensemble, les voyageurs n’ont pas résisté au bonheur d’une confession en groupe. Un petit psychodrame gratuit au frais de la république ça ne se refuse pas. C’est toujours intéressant d’apprendre à son voisin qu’un frère, alcoolique impénitent rencontra l’abstinence, d’un seul coup d’un seul après amputation des deux bras. C’est toujours intéressant d’apprendre de son voisin que sa femme voit un psy pour son éjaculation précoce. Je savais que les psys en souffraient mais au point de le confier à la femme de mon voisin !. En veine de confidence, ce dernier me dit qu’il n’y a rien de plus mortel que la naissance. À voir en mourant me dis-je.

Vendredi 33 dingue doux.

C’est fini, fini les plages de Normandie, elles danseront sans moi le long des golfs clairs. Leur ronde est infinie aussi infini que mon ennui. Je repars vers Paris et ne pourrai faire bisquer les copines avec des histoires de baisers salés, de marins idoines et de grains de sable indiscrets. Ginette n’a pas rencontré Gontran. Gontran restera avec sa maman, c’est encore elle qu’il invitera au bal de la fin de l'été comme tous les ans, comme éternellement Comment appâter les filles avec des histoires de vaches au regard langoureux, de chat sous la lune et de confessions de placard ?

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D ' A U T R E S   T E X T E S   M . T . L .

 

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E