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Le Séducteur de Jan Kjærstad,
une merveille romanesque venue de Norvège.

Fanny Ardant invite Monsieur Toussaint Louverture
à La Grande Librairie, irréel !

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D A N S   L E S   P R O F O N D E U R S
D U   M O I

PAR JEAN VILAIN

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J'ai un truc qui me gratte dans le nez. C'est pénible. J'enfonce
donc un index prudent à la recherche de l'intrus. Ça me fait sourire, la pensée de ce que dirait ma mère si elle me voyait. Ce qui est embêtant c'est que je n'arrive pas à le décrocher ce truc. Je pousse donc un peu plus loin l'index investigateur. C'est bien la première fois que j'explore une de mes cavités nasales à une telle profondeur. Un instant je me demande si c'est bien prudent. J'ai à peine formulé cette pensée que sans savoir ni comment ni pourquoi, je me retrouve entraîné à la suite de mon doigt dans des profondeurs inconnus et encore vierges. 

J'avoue être surpris mais qui ne le serait pas? Je n'ai guère le temps de me poser plus avant la question que je suis aspiré dans une sorte de grande grotte. Il y règne une étrange lueur rosâtre et je me retrouve à patauger dans de suintantes humeurs. Tant qu'à faire, je choisis celles qui me paraissent les plus sympathiques. Certaines, lourdes et verdasses ne m'inspirent pas du tout et je les évitent pour rejoindre un courant torrentueux, clair, bondissant. Un courant de bonnes humeurs sans aucun doute. Ça ne peut pas faire de mal, la bonne humeur ! me dis-je en me laissant entraîner.

Jamais je n'aurais pu imaginer que les fosses nasales puissent être aussi vastes. C'est très haut de plafond. Je panique un peu en plongeant vers ces abysses. Pourvu qu'elles ne contiennent pas, comme celles des océans des montres tels le calmar géant ou voire pire. Je me mets à imaginer ma rencontre avec un monstre Lovecratfien. Cthulu en personne, tentaculaire et carnassier, néanmoins moins effrayant qu'un Bush éructant son discours anti-Irakien. J'en suis là de mes réflexions quand je remarque une fissure laissant entrevoir une glauque lueur grisâtre. M'accrochant comme je le peux aux irrégularités de la paroi et après une courte ascension néanmoins digne des exploits d'un Indiana Jones, j'arrive à me faufiler par cette infractuosité. Je me retrouve alors en présence d'immenses plis et replis. Au bout d'un moment d'intense réflexion et de perplexes interrogations, je comprends que je suis en présence de mon cerveau.

Quand je dis, je comprends, c'est une façon de parler. Disons plutôt que les quelques connaissances que j'ai de l'organisation du corps humain et de ses fonctions et fonctionnements principaux, me mettent à l'évidence devant le fait que cette immense masse gélatino-glaireuse est mon cerveau. C'est tellement pas lisse ce truc que je peux grimper dessus en m'aidant des plis et replis. Ça glisse un peu, faut faire gaffe mais c'est possible. Et puisque c'est possible, je le fais. Quand je pense que je suis en train de grimper sur mon propre cerveau.... Je ne vois vraiment pas comment c'est possible une chose pareille. Y'a un truc ! Mais Quel truc ??? Bon, c'est pas tout ça, faut qu'je grimpe. Je ne sais pas si c'est moi qui m'habitue à cette obscurité grisso-rosâso-glauque mais j'y vois mieux, un peu comme si ce machin... mon cerveau, s'éclairait vaguement de l'intérieur.

J'aperçois des trucs à travers les parois. Je dis des trucs, ce n'est pas par manque de vocabulaire, c'est simplement que je n'y vois pas suffisamment bien pour donner la moindre précision sur ce que je peux bien apercevoir. Ce verbe "apercevoir" aurait dû être largement suffisant pour que l'on m'épargne cette longue et inutile explication de texte. Je fini ma grimpette en maugréant contre les chipoteurs d'orthographe et autres subtilitées de vocabulaire, histoire de me donner du coeur à l'ouvrage. Je suis presque au sommet. Ce sur quoi je marche est devenu suffisamment plat pour ne courir le risque de se retrouver en bas à la moindre glissade. je décide donc de faire une halte et d'établir là mon campement pour la nuit. Je ne sais pas si c'est la nuit mais je suis crevé. Alors je vais dormir un peu. Demain, il fera jour !

* * *

J'ai bien dormi. D'une traite, comme on dit. J'aurai préféré me réveillé dans mon lit. J'aurais bien aimé que tout ça soit un rêve, un rêve idiot mais un rêve. Parce que ou je suis toujours en train de rêver et que tout ceci n'a pas la moindre réalité, ou je suis effectivement en train de m'éveillé après m'être servi des circonvolutions de ma propre cervelle en guise de couvertures. Je dois manquer d'imagination mais j'ai un peu de mal à m'y faire. Il me semble que je vois de plus en plus nettement ce qui se passe de l'autre coté de la paroi. La réalité.... La réalité, quel mot ! quand on sait ce qui va suivre.... Mais quel autre mot employer ? La réalité, donc à défaut d'autre mot, c'est que je suis en train de passer à tavers cette paroi, un peu comme les fantômes anglais au travers des murs des castels de même nationalité. Je n'ai pas l'impression d'être un ectoplasme. Je suis comme j'étais avant avec mes pieds, mes jambes, ma tête, tout le fourbi. En fait, je crois que je suis encore en train de rétrécir. J'étais minuscule, je deviens microscopique. Si petit que je passe entre les cellules. En m'aidant des bras je peux avancer dans l'espèce de gel dans lequel je suis plongé, un peu comme le fait un scaphandrier, un de ceux qui portent le même scaphandre que celui du « Trésor de Rachkam le Rouge ». C'est plutôt plaisant comme impression.

D'un seul coup, je me fige. Il vient de me venir à l'esprit que mes déplacements ne sont peut-être pas sans effets. Et si en pataugeant dans cette gadoue je commettai des dégats irréparables ?! ?!? ... De toute façon, je ne vais pas rester comme ça, ici, à rien faire. J'avance. On va bien voir. Devant moi, ça devient de plus en plus clair. J'y vois de mieux en mieux, le gel se clarifie, je m'approche d'une sorte de canalisation gigantesque. J'avance toujours. Je suis contre la paroi de la canalisation. Je continue à avancer. Ça y est, je suis passé. Je ne suis plus dans le gel. Je suis dans une sorte de grand pipe-line aux parois gris-bleu-argent, très chic, très in. Il ne manque que la moquette. Je tire à pile ou face le côté où me diriger. Ça tombe sur face, je me dirige donc au hasard puisqu'il n'y a pas moyen de faire autrement.

Je marche un bon moment, un quart d'heure, vingt minutes. Le temps normal pour éprouver une petite soif, quoi ! Eh bien, là, rien du tout, j'ai pas soif du tout. Encore une preuve que cette situation n'a rien de normal. Bref, après avoir marché une petite soif, j'arrive à une sorte de carrefour d'où partent une foultitude de tuyaux comme celui d'où j'arrive, au centre une excroissance qui bien entendue est une table d'orientation qui situe dans quelle directions chercher ce qu'on souhaite trouver. Par curiosité, et aussi parce que c'est la plus proche, je me rends dans la zone

GÉOGRAPHIE - HISTOIRE

En arrivant dans le secteur histoire, où, entre parenthèse, c'est un peu le bordel, je tombe sur une fiche où on peut lire : "Marignan 1515". Bizarre le système de classement ! Comme je ne suis pas trop passionné par le sujet, je vais voir dans un autre secteur.

COMMANDES

Voilà qui doit être intérressant... Alors là, il faut voir ça. Ça valait le dérangement. Imaginez la salle de commandement de L'Enterprise, le vaisseau spatial du capitaine Kirk dans Star Treck, eh bien là, c'est pareil mais en mieux. Pas de sièges, pas d'écrans, pas de tableaux compliqués avec des petits boutons partout. Non, rien de tout ça, mais devant moi sur les parois des emplacements où je sais qu'ils dirigent, là un muscle, ici un autre ou alors ils rendent compte du fonctionnement d'un organe, une douleur à babord, une... Tout le côté mécanique en quelque sorte. Je m'amuse un peu avec les doigts de la main droite. Pas longtemps, ça va un moment ces amusements de gamin ! Passons aux choses sérieuses ! Je suis curieux de connaitre mon premier souvenir...

Allons voir à la case souvenirs ! Heureusement le fléchage est très bien fait et je fais le trajet en un instant. Depuis que je suis passé par la salle de commande, il me suffit de penser où je veux me rendre pour m'y retrouver presque instantanément. Un court instant pendant lequel on a la sensation de suivre un parcours mais à une vitesse si grande que comme dans les films de science-fiction les paysages défilent sous forme de trainées de lumières illisibles. D'autres lumières sillonnent cet espace, manifestement des "choses" qui se déplacent comme je le fais moi-même. Deux TGV minuscules et supersonniques se ruent l'un vers l'autre, ils vont si vite qu'ils ne sont que lumières, le tout dans un silence total... Cette description pour essayer de rendre compte de ce qui se passe. En réalité c'est parfaitement inexprimable. Pour être simple, on va dire que ça va vite et que c'est plutôt décoiffant question sensations.

CASE MÉMOIRE

Le temps de penser : "Premier Souvenir" et je suis envahi de bruits, d'odeurs, de sensations visuelles, physiques, d'impressions de toutes sortes, je revis littéralement et instantanément ce moment ; je viens de naître et dans un mélange de douleurs et de voluptés je peux clairement me voir-entendre-vivre-penser : Mais qu'est-ce que je fais ici ?

* * *

Tu parles si c'est original comme question ! C'est celle que l'on se pose ou qu'on pourrait se poser chaque jour de nos putains de vies. Que je pourrais tout aussi bien me poser aujourd'hui si je n'avais d'autres chats à fouetter - encore une expression idiote, je n'ai jamais fouetter mes chats. Je me laisse aller à me réimprègner de quelques souvenirs particulièrement agréables. Je me laisse pièger aussi par un mauvais souvenir qui fait des pieds et des mains pour s'imposer en force. C'est bien mais on s'en lasse. Même si le film est bien fait, on a quand même une impression de déjà vu. Passons à la case

PSYCHÉE

pour voir ! Si je dois apprendre quelque chose ce sera sûrement là, voyons.... "comportements acquis "... Putain!... L'ambiance, c'est bourré d'interdits là-dedans: " Fais pas ça !", " Fais pas ci !", "Faut pas faire ça ! " , " Pas comme ça !", " T'es trop p'tit ! ", " T'es trop grand !"... C'est fou ça, quand t'es môme t'as le droit de rien faire parce que t'es un gosse et quand t'es grand t'as plus le droit de rien faire sous prétexte que t'en es plus un ! C'est quand que t'as le droit de faire ce que tu as envie ?... Regardes un peu les dégats.... là, il y a une case "Envies refoulées" ... Regardes, putain de moine:
ÉCRIRE,
PEINDRE,
CHANTER,
FAIRE DE LA MUSIQUE,
RIGOLER ,
AIMER,
VIVRE.
Quand je pense qu'on se fait chier la plupart du temps à bosser pour gagner sa croute ou à faire des trucs qui ne nous plaisent pas alors qu'on a envie de faire tout ça. On a peut-être pas le temps de tout faire dans la liste, mais doit bien y avoir moyen d'oublier les emmerdements et en débloquer un peu pour faire l'essentiel, écrire si c'est l'envie la plus forte, ou peindre ou n'importe quoi, mais surtout ne pas oublier de vivre, d'aimer... et de rigoler le plus souvent possible. C'est sûr, il faut savoir faire passer le superflu avant l'essentiel parce que c'est ce superfu qui est essentiel. Si la chose importante pour toi c'est d'écrire des textes de chansons, fais des chansons puisque c'est ça ta raison de vivre. Fais les pour les faire, pour le plaisir que ça te donne. Regardes la tête de tous ces braves gens qui n'ont jamais rien créé de leur vie, ça suffit pour comprendre que quand tu as envie de créer d'une manière quelconque, faut surtout pas te priver. C'est une des rares jouissance gratuite en ce monde. Je me dis tout ça tout en me dirigeant vers la case

LIBIDO

Ça me fais penser à une diatribe de Henri Miller dans Souvenirs, souvenirs. Il pousse une grande gueulante contre cette société où un pompier peut être payé tous les mois même s'il n'éteint pas d'incendie, où un politicien gagne grassement sa vie mais où un artiste, qu'il soit peintre, écrivain, comédien doit crever la faim et le plus souvent se résigner à devenir gardien de square ou tout autre boulot plus ou moins alimentaire pour pouvoir continuer à peindre, composer, sculpter. Encore heureux si son boulot alimentaire ne fini pas par le phagocyter si totalement qu'il renonce à son Art. Oui, il faut le dire bien haut: On vit dans une société de merde pour laquelle les artistes qui ne rapportent pas n'existent pas ! C'est bien vrai, ça mon brave Monsieur ! Décidement, y'a tout à refaire! Ah, ça y est !

LIBIDO

voilà un sujet qu'il est intéressant ! Une bonne grosse érection, y'a que ça de vrai. Mais qu'est-ce qui se passe encore !... Me v'la reparti à la vitesse grand V. Putain ! C'est la foule ici ! Voilà que je suis parqué avec des milliers, des millions de bestioles gigotantes. On a tous à peu près la même taille. Ils n'ont pas de bras ni de jambes, seulement une grande queue. D'un coup ça démarre. Tout ce petit monde prend un départ digne des 24 heures du Mans. Me voilà au premier rang et si je ne veux pas finir écrasé, coincé au milieu de cette foule j'ai intérêt à faire fissa. Atteindre la grotte, là bas.


Neuf mois plus tard, je nais. Impressions de déjà vu . Les premiers mots de mon père quand il me prend dans ses bras: Salut l'Artiste !

 

D'AUTRES TRAJETS

 

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E