J’entretiens une relation bien particulière
avec les films américains mono neuronaux destinés aux
adolescents prépubères. Une sorte de fascination hystérique.
Pour rien au monde je ne raterais la sortie ciné de "How
to loose a man in 10 days" ou DVD de ‘Never been kissed’
!
Et pourtant j’avoue difficilement cette fascination.
Ou plutôt, je la modifie. Comme lorsque je vais acheter le Cosmo
en même temps que le Courrier International, "en plein second
degré, avec tout le fun du recul sarcastique". Je sais que
c’est faux. Les gens savent que c’est faux. Je sais qu’ils
le savent. Et pourtant je me plais dans cette mascarade à laquelle
personne n’est dupe mais qui donne ce piment si particulier à
la situation.
Mais aller voir la dernière trouvaille teenage
n’est pas chose si facile. Parce qu’il s’agit
de toute une mise en scène savamment
organisée. Une fois le film sélectionné, il faut
laisser s’écouler le laps de temps nécessaire à
faire monter l’enthousiasme. Ne surtout pas aller voir le film
tout de suite. Prendre le temps d’en parler, de laisser les
gens ironiser sur mes choix cinématographiques, tenter vainement
d’entraîner
quelques amis avec moi.. Laisser monter lentement l’envie irrépressible,
parfois même attendre la sortie DVD. Parce que la démarche
cinéma est totalement différente
de celle DVD.
Une fois que j’ai laissé mûrir l’idée,
que j’ai trouvé une copine suffisamment détachée
ou un copain suffisamment en attente d’une occasion de m’embrasser,
je peux enfin aller voir le film. Rater la première séance
programmée, pour laisser entrer la frustration, et enfin pénétrer
dans la salle de cinéma. Un rapide coup d’œil avant
de m’asseoir finit généralement de me rassurer :
public quasi exclusivement féminin à l’exception
des quelques garçons à s’être fait piéger
par des charmes auxquels ils ne goûteront probablement pas ou
capitulant devant la construction du couple.
La lumière s’éteint et je me régale
déjà. Une heure trente plus tard, après des éclats
de rire non contenus, des coups de fards devant les situations tellement
traversées et une fin totalement convenue, je suis ravie. Enchantée
même.
Mais le rituel ne s’arrête pas là.
Le café obligatoire qui s’ensuit pour commenter par le
menu toutes les scènes et les comparer à la réalité
et aux évènements vécus. Les regards atterrés
des copains qui se maudissent d’avoir accepté et qui subissent
en plus les remakes façon "ma vie".
Se succèdent alors toute une série de conversations
bâties sur les mêmes modèles. Vanter les mérites
du film auprès des copines, s’inspirer de faits réels
-si possible nous ou leur étant arrivé- pour les intéresser.
Ou adopter à nouveau le détachement ironique et sarcastique
-raaah le second degré- auprès des pauvres garçons
cinéphiles qui subissent mon verbiage.
Mais le scénario est loin de s’arrêter.
Car vient la sortie DVD. Et la encore tout un rituel se met en place.
Schéma bien différent de celui qui s’applique au
cinéma, car généralement, il s’agit d’un
film déjà vu et revu.
La préparation prends également un long
moment de maturation. Une fois l’idée bien ancrée,
il s’agit de trouver LA copine (et uniquement une fille) qui se
place dans la même situation de pseudo auto-dérision. S’ensuit
encore l’expédition au vidéo club pour choisir le
DVD. Les regards désespérés du loueur et les pouffements
des deux copines.
Une fois installées devant l’écran,
une bouteille de rouge ouvertes et les paquets de cigarettes pleins, le
show commence. Car on est loin du silence quasi religieux de la salle
de cinéma. Là, commentaires et critiques sont recommandées
voire indispensables. Les arrêts sur image, les ralentis, les retours
en arrière pour voir et revoir les scènes cultes. Le "divertissement"
prend alors tout son sens. Mise en situation, interaction, le film
se regarde comme un jeu, non, le film se vit !