Diplômé avec mention de l'université Columbia, Beckett se
lança dans la rédaction d'un essai consacré à L'influence de Marcel
Proust et de ses madeleines sur le régime alimentaire de Daffy Duck.
L'entreprise tourna au désastre. L'ouvrage avait bien
été traduit en quinze langues, mais toutes inconnues à ce jour.
Loin d'abdiquer, Beckett reprit la plume pour écrire ce qu'il
annonça comme le grand roman qui manquait à la littérature américaine.
Beckett, dont le sixième sens était très développé — une chance
pour lui qui avait égaré les cinq autres dans un taxi —, affirma
que, cette fois-ci, le « succès » serait au rendez-vous. Son éditeur
apprit la nouvelle et s'envola pour l'Amérique latine.
Après de longs mois de travail, Ô temps, emporte le vent parut
enfin en librairie. Le livre fut mal accueilli par la critique qui
lui reprocha une étrange parenté avec l'œuvre de Margaret Mitchell.
Beckett se défendit de l'avoir plagiée mais on retrouva chez
lui la moustache de Clark Gable.
Humilié, Beckett s'enferma dans un distributeur automatique
de boissons chaudes de Wall Street. Il y resta trois années comme
« café lyophilisé non sucré ». À sa sortie, il sombra dans le désespoir
en constatant que ses vêtements étaient démodés.
Au moment où il décida de s'immoler par le feu, Beckett fit
la connaissance d'un certain Heinrich, un passant qui lui proposait
son briquet. Finalement, Beckett renonça à mettre fin à ses jours
et brûla le chapeau de son bienfaiteur. Cet incident clos, les deux
hommes en rirent, puis ouvrirent un petit commerce de notaires empaillés.
Beckett venait ainsi de dire adieu à l'écriture et à ses angoisses.
Il s'empressa d'aller porter la bonne nouvelle à ses parents
qui lui firent gentiment remarquer que ses études leur avaient tout
de même coûté la modique somme de 32 500 dollars. Il ne resta pas
pour dîner.