Ah que de progrès depuis l'époque lointaine où
les braves gens se contentaient de jeter leurs ordures par la fenêtre
au risque de verser le contenu d'un pot de chambre sur la tête
du malheureux quidam qui passait par là.
Depuis, nous sommes passés de la décharge publique
et du tas de fumier au ramassage pour tous (ou presque). Même
dans les campagnes.
Nous voici à l'étape du tri sélectif.
Les matières biodégradables d'un côté, le
verre d'un autre et enfin le papier et le métal dans un 2e sac.
J'oubliais, il y a aussi un ramassage cartons (eo particulier pour les
commerçants).
Il est indéniable qu'il reste des progrès à
faire. Dans un premier temps, il faut, c'est évident, séparer
le fer et le papier. Ce qui nous mène à 5 ramassages.
Toutefois, on ne peut pas ne pas se faire la remarque que dans les
matières biodégradables, toutes ne devraient pas être
traitées de la même manière.
Ainsi, les coquilles d'oeuf. Elles peuvent être une source
de calcium appréciable. Si nous mettions nos coquilles d'oeuf
dans un sac séparé, qu'elles soit rassemblées
dans une usine de retraitement, ce serait moins de gâchis.
De même pour les épluchures de patates. Nous faisons
tous des épluchures bien trop épaisses - (Je m'adresse
là, aux quelques retardés qui ne se nourrissent pas
encore de frittes surgelées ou autres plats cuisinés
en vente dans notre grand supermarché) - Il serait possible
de récupérer cette pulpe de pomme de terre et d'en faire
de la purée, par exemple. Il est donc évident qu'il
est urgent de mettre en service le ramassage des épluchures
de pommes de terre.
Si on tient compte du nombre de légumes, fruits, curcubitacés,
légumineux et autres denrées qui pourraient être
recyclées, nous arrivons à la conclusion qu'il faut,
de toute urgence organisé un service de ramassage pour 58 sortes
de déchets courants recyclables. (Bien sûr cette évaluation
ne tient pas compte de déchets rares, comme les œufs de
caviar, par exemple.)
Il est à noter que cette initiative créerait des emplois.
En effet, il parait impossible que le service de ramassage des ordures
d'une ville ( et ce qu'elle que soit sa taille.) puisse passer de
5 à 58 ramassages différents sans embaucher. De même,
la multiplication des véhicules s'impose, d'où une augmentation
substantielle de la production automobile lourde. Ici aussi, cette
demande créera la nécessité d'investir dans de
nouvelles chaînes de production, d'où de nouvelles embauches.
Il n'en reste pas moins que j'imagine mal 58 sacs de déchets
divers dans un coin de ma cuisine, ça ferait désordre.
Il conviendra donc que chaque cuisine soit équipée d'un
local à déchets de taille respectable. Cette modification
de l'habitat sera bénéfique pour les entreprises de
bâtiment qui se verront sollicitées pour mener à
bien cette tâche.
Je ne sais pas si vous imaginez l'ampleur du marché concerné.
Le chiffre reste à vérifier mais on peut raisonnablement
estimer qu'il doit y avoir quelque chose comme 30 millions de foyers
dans notre beau pays. Cette formule de tri-total permettrait donc
la construction de 30 millions de locaux à ordures.
Que dire du nombre de sacs plastiques qui seront nécessaires
pour mener à bien ce projet ? La demande sera multipliée
par 29 ( étant donné qu'aujourd'hui seuls les matières
biodégradables non triées et le papier ferraille font
l'objet de mise en sac).
La consommation ( à raison d'un sac pour chaque catégorie
de déchets ) sera de 1.740 millions de sacs plastiques par
semaine, ce qui pour une année nous mène à 89
milliards et 580 millions. Une révolution pour l'industrie
du sac plastique.Il faudra aussi construire des usines de retraitement
et les faire fonctionner.
Il va donc de soi que dans ces conditions, nos presque
3 millions de chômeurs actuels ne seront pas suffisants pour occuper
les postes créés par cette formule de tri total. Nous
serons contraints à avoir recours à de la main-d'oeuvre
étrangère.
Autres conséquences: N'ayant plus de chômeurs, le pays
fera de considérables économies, le déficit de
la sécurité sociale sera résorbé en 2
temps 3 mouvements et je ne vous parlerais pas des rentrées
fiscales diverses qui bénéficieront de cette initiative
(taxe professionnelle, impôts sur le revenu, impôts fonciers)
...
Je suis même certain que d'autres avantages, auxquels je n'ai
pas songé, découleront de cette pratique.
Mais une chose est sûre : L'avenir sourit aux
ordures !