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L A G L A C E À L A V A N I L L E PAR JEAN VILAIN - - - -
Il a 3 ou 4 ans. Il joue souvent avec Katia. - C'est l'heure du goûter, les enfants! Ils jouent souvent avec cette dînette. Ils n'ont
pas toujours de vraies choses à manger. Alors, ils font semblant.
Quelques brins d'herbe servent de salade, un peu de bouillasse - de
la terre mélangée avec un peu d'eau - devient de la purée
ou une soupe, un morceau de bois figure la viande. Mais il faut d'abord
que Katia fasse son marché. Il fait le marchand. Pendant qu'elle
cuisine et met la table il se prépare à devenir le mari
qui va rentrer du travail. Quand c'était le moment, il arrive
: Un jour, les parents de Katia ont déménagé. Il ne l'a plus jamais revu. * * * Il a 8 ans et l'âge de raison. Quand ses parents, ses grand'mères lui donnent de l'argent, ou qu'il détourne quelques pièces de la monnaie des commissions ou de la quête, il se précipite chez le marchand de glace, face au cinéma. En rougissant, il demande une glace à la vanille qu'il va savourer à l'abri des regards à petits, tout petits, coups de langue. Pour qu'elle dure plus longtemps. * * * Il a 10 ans. Il est follement amoureux de la sœur
d'un copain d'école. Il passe et repasse sous ses fenêtres
dans l'espoir de l'apercevoir. * * * Il a 20 ans. Il fait son service militaire. Les jours de permission, comme d'autres vont se saouler, il s'empiffre de glaces jusqu'à en être dégoûté. * * * Il a 30 ans. Quand il va au restaurant, à la fin du repas, sans même regarder la carte, il commande sa glace préférée. * * * Il est vieux. Il a tout son temps. Après sa sieste, il va se promener. Tous les jours le même périple. Un tour en ville, puis il se rend au jardin public. Après avoir regardé les enfants jouer dans le bac à sable - il est fasciné par leur cruauté, il se rend jusqu'au stand de la marchande de glace, une petite blonde souriante. Il a bien du mal à se jucher sur le haut tabouret de bar, mais tant bien que mal, il y arrive encore. Il n'a même plus à demander, depuis le temps qu'il vient tous les jours. Quand elle le voit arriver, la jeune femme se saisit d'un cornet qu'elle remplit à ras bord de glace à la vanille. Il remercie d'un sourire, d'un signe de tête. Ils échangent quelques mots si elle en a envie. Ce jour là il a mal aux jambes et marche lentement. Il approche du stand. La jeune femme prépare une glace. C'est la mienne, se dit-il. Il s'en régale d'avance. Une bouffée de salive lui monte aux lèvres. Péniblement, il s'installe sur son tabouret. Il sourit, tend la main pour saisir le cornet. Elle ne le regarde pas. Elle regarde au loin. Il tourne la tête. Un jeune homme arrive en courant, l'air joyeux. C'est à celui-ci qu'elle tend la glace. Elle ne l'a pas regardé un seul instant, ne se préoccupant que de l'arrivant. Les yeux dans les yeux, ils sourient aux anges. Elle l'a oublié, il n'existe pas, il n'existe plus. Lentement, il laisse retomber son bras, redescend du tabouret, une grimace de douleur aux lèvres. Il veut parler, dire quelque chose... Finalement, il renonce. Hochant la tête, il fait demi-tour et s'éloigne. - - - - D'AUTRES HISTOIRES DE LOUVERTURE
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