Bien à vous, Gérard Depardieu

Boutique    |   Articles    |    Listes    |   Suggestions   |   Accueil
Nos livres    |   
Newsletter   |   Facebook   |   Contact   |   La belle colère

.

Personne ne gagne de Jack Black
débarque en librairie !

.

B I E N   À   V O U S ,
G É R A R D   D E P A R D I E U

PAR JULIEN CAMPREDON

. . . . . .

Sur le site de mon éditeur, il existe une rubrique « écrivez une nouvelle en 20 minutes ». Bien que cela sonne légèrement comme « remboursez votre épargne sur 20 ans », je me suis dit que ce gars étant agréable et qu’il me devait de l’argent, tu vas lui écrire une nouvelle en 20 minutes, ça finira bien payer. C’était une histoire formidable : un contrôleur roux dans un train cherche à réveiller une passagère pour contrôler la validité de son titre de transport. Comme celle-ci refuse de sortir du sommeil, il l’embrasse sur sa petite bouche pointue, puis déclenche le système de freinage d’urgence, et saute enfin sur le remblai de la voie de chemin de fer d’où il s’enfuit. Plus tard, il avouera avoir découpé la fille en morceaux.

En ce moment même j’écris sous contraintes ; certains mauvais esprits pourraient se complaire à soulever le caractère léger de l’histoire : évidemment. Pour en comprendre tout le sel, il aurait fallu lire l’originale… Mais mon éditeur (qui me doit de l’argent, ça doit avoir un lien) a refusé de la publier, au motif que, je cite, ça ressemblait à du Julien Campredon, et que le fait que le contrôleur embrasse la jeune fille était une « campredonade ».

J’en reste sans voix et, à cette simple évocation, mes doigts souffrent de crampe. Pourquoi me faire cet affront ? Parce qu’il me doit de l’argent, et que les éditeurs sont des radins, on y revient naturellement ! Parce que dire « mon vieux Julien, c’est du réchauffé », ce n’est pas la même que « ça ressemble à du Julien Campredon. » Cette dernière phrase insinue que je ne suis pas Julien Campredon. Et là où mon éditeur est vraiment quelqu’un de mauvais, c’est que pour éviter de me payer la poignée d’euros qu’il me doit, il a donné le mot à mon coiffeur, qui m’a dit ce matin même : « Alors comme ça, on se fait une coupe à la Julien Campredon ? » Mon épicier, qui m’a demandé d’arrêter de regarder les seins de sa fille comme Julien Campredon l’aurait fait. J'ai même reçu ça par la poste :

Cher Monsieur,
je ne sais pas qui vous êtes, mais vous écrivez comme mon fils Julien Campredon. Si l’enjeu de tout ceci est une poignée d’euros entre vous et votre éditeur, je vous conseille de faire du cinéma plutôt que de la littérature, comme je l’ai déjà recommandé à mon fils.
Et n’oubliez pas de bien vous couvrir, il fait encore très froid (à Montauban ce matin, il n’a pas fait plus de 7 °). Monsieur Alibert est bien mal. Sinon viendrez-vous mardi ? Je ferais du lapin à la moutarde, comme mon Julien Campredon les aime, avec son vin préféré des Corbières
Je vous embrasse très fort, comme une mère embrasse son fils.

J'allais répondre à cette aimable personne, paraphant le tout de mon inimitable – croit-on – « bien à vous, Julien Campredon », lorsque j'ai reçu l'avis d'imposition adressé à ce nom. C'est un facteur rouquin qui me l'a remis. Il m'a regardé de pied en cap, et il m'a dit : « Beaucoup trop riche pour être Julien Campredon.»
J'ai ouvert l'avis d'imposition, un chèque de prime à la précarité y était joint, alors j'ai décidé de laisser tomber cette histoire de piécettes et de micro éditeur qui imprime ses livres dans son garage.

Non, décidément sa mère avait raison, ce n'est pas rentable d'écrire à la Julien Campredon.

Désormais, j'ai décidé de me la jouer à la Gérard Depardieu. D'ailleurs ça marche bien, cela ne fait que cinq minutes que je me la joue à la Gérard Depardieu, et déjà deux personnes avisant mes pellicules, m'en on fait compliment. Hé puis, « depardonade », ça sonne quand même mieux que « campredonade », tout le monde en conviendra.

Bien à vous,
Gérard Depardieu

D'autres histoires

 

.

V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E