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Le Séducteur de Jan Kjærstad,
une merveille romanesque venue de Norvège.

Fanny Ardant invite Monsieur Toussaint Louverture
à La Grande Librairie, irréel !

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L E S   T O U R I S T E S
— PARTIE I —

PAR JEAN VILAIN

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Tout d’abord, il faut savoir que le Touriste Type n’existe pas. Ou plutôt, disons qu’il existe plusieurs catégories de Touristes. Par nationalité, bien sûr, mais également par pôle d’intérêt, niveau social et culturel, âge et j’en passe. Bien sûr nous ne pouvons faire une étude exhaustive du Touriste, néanmoins nous vous parlerons de toutes les catégories dont la connaissance est de la plus grande importance compte-tenu de leur universalité.

 

Le Touriste idéal

Cette catégorie n’est hélas qu’un doux rêve. Il consiterait en un touriste riche qui enverrait par recommandé, ou virement, le montant des dépenses qu’il aurait faites s’il était venu, mais ne viendrait pas vous déranger dans votre sieste et bien sûr ne demanderait en aucun cas le remboursement des prestations que vous auriez dû lui fournir.

 

Le Touriste Culturel

Le Touriste Culturel se divise en 2 sous-catégories que l’on qualifiera de Cultureuse pour la première ; et de Patrimonique pour la deuxième. Bien entendu certains Touristes Culturels relèvent des deux sous-catégories à la fois.

Sous-catégories des sous-catégories:

— Le Touriste Cultureux aisé
et le Touriste Cultureux fauché.

— Le Touriste Patrimonique aisé
et le Touriste Patrimonique fauché.

— Le Touriste Cultureux aisé fréquente plus particulièrement les super-marchés de la Culture (Avignon, Orange, Marciac) où il faut être vu et où il va « faire son marché », c’est-à-dire choisir les spectacles dont il fera tout pour qu’ils soient programmés par l’association de spectateurs dont il est qui président, qui membre actif. Il peut parfois s’égarer dans un petit festival si toutefois la programmation est à la hauteur de son niveau intellectuel. En grande majorité le Touriste cultureux aisé est professeur de français ou ancien professeur de français. Sa connaissance du spectacle est telle qu’il ose sans le moindre complexe expliquer à un professionnel du spectacle qui a 30 ans d’expérience ce qu’il conviendrait de faire pour que ce merveilleux spectacle soit parfait. Il peut également, si par hasard il est professeur de musique, vous jouer au pipo le sublime solo de Miles Davis dans Ascenseur pour l’échafaud, mais beaucoup mieux que le trompetiste, parce que LUI il sait ce que c’est que la Musique (il a un peu de mal à justifier certaines de ses fausses notes, mais c’est un détail sans importance). Le Touriste Cultureux aisé ne se fait pas remarquer par sa tenue vestimentaire mais par ce port de tête si particulier dont la signification sans équivoque est que vous êtes un inculte qui a bien de la chance de le connaître.

— Le Touriste Cultureux fauché aimerait bien lui aussi aller à Avignon, Orange, Marciac mais c’est pas dans ses moyens.

— Le Touriste Patrimonique aisé. Ainsi que son nom l’indique, ce Touriste s’intéresse de près à son patrimoine (c’est pour cela qu’il est aisé) et au Patrimoine (à savoir nos trésors architecturaux qu’ils soient historiques, religieux, folkloriques ou inventés de toutes pièces). Il réside souvent dans des relais-châteaux. Il passe des heures dans la cathédrale d’Albi à lire dans son guide Michelin la description détaillée de la visite de celle de Béziers qu’il visitera demain. Il visite tout monument pourvu d’un parking même payant. Viollet-le-Duc est son idole. Aucun des spectacles Historico-artistico-fabulato-merdique qui sont à la mode depuis quelques années ne lui ont échappé. Il va de ville en ville, de ruine en ruine, de table en table, la tête dans ses guides prévoyant sa journée de demain au lieu de vivre celle du jour.

— Le Touriste Patrimonique fauché. Cette catégorie est en voie de disparition, la plupart des momuments ne pouvant de nos jours être visités que contre un droit de péage. Le Prieuré de Serrabonne par exemple, niché en pleines Corbières, dont il suffisait de se procurer la clef auprès d’un vague gardien est maintenant pourvu d’une caisse. Et même s’il trouve dans les environs quelques vieilles pierres à se mettre sous les yeux, étant fauché, il ne peux se permettre de changer de ville, de région autant qu’il le souhaiterait. Il doit se contenter pour la 4° fois du mois d’assister à la démonstration de bourrée auvergnate par les attardés locaux.

 

Le Touriste en voie de divorce

Ce type de Touriste voyage en couple, étant donné que ces vacances sont l’ultime tentative de réconcilliation après quelques années de mariage (cette durée pouvant varier de un à quelque chose comme 80 ans, dont un bon nombre consacrés aux engueulades, bouderies et autres joyeusetés de la vie du couple), et avant un plus que probable divorce.

Inutile de vous dire que l’ambiance est au beau fixe.

Les vacances du Touriste en voie de divorce sont émaillées de repas au restaurant (ben oui, on va pas être mesquin quand on cherche à reconquérir le cœur de l’Amour de sa vie.) La particularité de ces repas c’est que les regards de notre couple de Touriste en voie de divorce se fuient avec une constance qui force l’admiration. La plupart du temps les deux membres de notre couple mangent avec obstination, comme s’ils avaient faim. Certains chipotent dans leur assiette en regardant au loin si le cadre s’y prête ou la pointe de leurs godasses si ce putain de restau est situé face à un mur.

D’autres téléphonent. Chacun de leur côté de table, l’un la tête tournée vers la droite, l’autre vers la gauche ils parlent dans leur téléphone afin de pouvoir enfin communiquer avec quelqu’un.

Je ne vous parlerai pas de la tête que fait celui des deux qui a accepté de visiter le musée consacré à l’aiguille à tricoter à travers les âges pour faire plaisir à son conjoint ou de participer au concours de pêche du 14 juillet pour la même raison. 14 juillet qui les verra à la nuit tombante assister au traditionnel feu d’artifice.

LUI : (la prenant par la taille) C’est beau. Non ?
ELLE : Si j’attrape un rhume, ce sera de ta faute. Passe-moi plutôt ta veste, ce sera plus utile.

Eh oui, de temps en temps, ils se parlent. Ils tiennent alors ce genre de dialogue:

LUI : Qu’est-ce qui se passe ? Tu souris.
ELLE : Oh rien, je pensais à autre chose.

Bien décidés à la réconciliation, ils prennent soin l’un de l’autre:

LUI : J’mangerais bien une glace.
ELLE : T’y penses pas… Et ton cholestérol !

À moins que ce soit:

ELLE : Je mangerais bien une glace.
LUI : T’y penses pas… Et ton régime !

En gros, ils font preuve de tant d’imagination dans le dialogue que le seul service que vous pouvez leur rendre est de piquer leur bagnole pour qu’il aient enfin un sujet de conversation commun.

L’avantage du Touriste en voie de divorce est qu’il revient rarement l’année suivante.

 

(à suivre)

 

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E