Les sigles sont nos amis

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Personne ne gagne de Jack Black
débarque en librairie !

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L E S   S I G L E S
S O N T   N O S   A M I S

(P O U R   L E S   R E S P E C T E R ,
A P P R E N O N S
   À   L E S   C O N N A Î T R E )

PAR JEAN-PIERRE FAVARD

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Parfois, lorsqu'on se promène dans la rue, il arrive qu'on ait le regard attiré par la plaque de tel ou tel professionnel apposée sur telle ou telle façade. Le plus souvent, au-dessous de leur nom figure leur profession: avocat, médecin, oto-rhino-laryngologiste, voyante extralucide ou shaman amérindien. Mais il n'est pas rare que ces mêmes plaques recèlent, en sus, quelques données ésotériques qu'il est toujours de bon ton de savoir analyser; voire décrypter, ne serait-ce que pour mieux briller en société. À titre personnel, il m'arrive souvent de déambuler sans but précis. Dans ces moments-là, je m'amuse à deviner le sens caché derrière ces sigles qui émaillent — pour ne pas dire envahissent — notre quotidien. Ce matin encore, au détour d'une ruelle sordide où je m'étais égaré pour Dieu seul sait quelle raison inavouable — mais je peux bien vous le dire après tout: Je sortais en fait d'une réunion Tupperware où j'avais, des heures durant, tenu mon public en haleine grâce au dernier né de la firme, une sorte de couscoussière dont la particularité résidait dans sa grande résistance au froid de sorte qu'il devenait enfin possible de préparer des sorbets à base de merguez et de semoule, de pois chiches et de légumes. Une véritable révolution dont le secret résidait entièrement dans l'alliage de zinc et de téflon bi-expansé dont était composé ce remarquable objet… mais vous comprendrez aisément que ce genre de chose demande un tant soit peu de discrétion, surtout en ces temps d'espionnage industriel. Je ne vous en dirai donc pas plus. Désolé. Non, pas la peine d'insister. Quoi, de l'argent ? Mais pour qui me prenez-vous ? Je ne mange pas de ce pain-là Monsieur ! Madame ? Vous êtes vraiment bizarre vous… enfin… — bon, où en étais-je… ah oui, je sortais de cette fameuse ruelle sordide et je tombais, stupéfait, sur cette plaque pour le moins énigmatique:

Docteur Arnaud DULLE
Médecine générale
DJPJ

Bon, « médecine générale », je voyais à peu près ce que cela pouvait recouvrir, mais que dire de ce mystérieux sigle, DJPJ ? De retour chez moi, j'interrogeais l'Internet et découvrais, abasourdi, l'existence d'une bien étrange corporation : les Diplômés Juste le Premier Janvier. On m'expliquait alors, avec force détails et schémas, que ces gens ne disposaient en réalité d'aucun diplôme officiel et ne pouvaient exercer leur profession qu'en vertu du seul fait que le premier Janvier était un jour férié (et que, par conséquent, la validité de leur diplôme ne pouvait être mise en doute par quiconque). Sans cette mise en garde salutaire — et mon opportune curiosité —, que n'aurais-je été confier ma santé à un filou de ce genre ? À lui ou à l'un ou l'autre de ses semblables.

J'en tirais la conclusion qui s'imposait: seule la véritable connaissance est à même de nous sauver.

Je passais les jours suivants à arpenter le pavé, à la recherche de mystificateurs de cet acabit. En fait, je crois surtout que je venais de réaliser quelle était ma véritable vocation. J'étais venu au monde pour pouvoir le sauver.

Les premiers jours passèrent comme sur un nuage. Mon nouveau statut de super héros me conférait une mission et des responsabilités. J'étais enfin quelqu'un. Je notais au passage, non sans une certaine angoisse, que le nombre de médecins DJPJ installés dans mon quartier était proprement hallucinant — sans doute en allait-il ainsi partout ailleurs mais j'avais décidé, pour des raisons strictement pratiques et ne concernant que moi, de cantonner mes recherches sur quelques pâtés de maisons seulement. Je pensais ainsi donner l'exemple. Et que d'autres feraient à leur tour — et chez eux — ce salutaire travail d'information.

Bien vite, je m'aperçus que mon abnégation portait ses premiers fruits.

Je parvenais en effet à distinguer trois grandes catégories de malfaisants, les opportunistes, les arrivistes et les je-m'en-foutistes (À noter que ces premières et secondes catégories sont le plus souvent cumulées chez les mêmes individus. Que voulez-vous, la nature humaine est ainsi faite).

Une fois ce premier travail de recherche accompli, il ne me restait plus qu'à consigner mes découvertes par écrit et à les rendre publiques. (Je vous rappelle, à toutes fins utiles, que ces informations ne sont valables que dans mon quartier. Il convient donc de les vérifier en ce qui concerne le reste du monde.)

Les principaux sigles à éviter
si l'on veut rester en vie:

DJPJ, Diplômé Juste le Premier Janvier. En ce qui concerne les professionnels de santé, nous en avons déjà parlé et savons à quoi nous en tenir. Mais attention, il s'avère qu'après recherches, ce sigle soit aussi usité dans le domaine fort peu courant de la triperie-volaillerie. Méfiance donc.

ML, Médecin Légiste, si vous parvenez à lire cette plaque, vous n'avez rien à faire ici.

INRI, In Nuditum Restirae Infinitum. Centre de remise en forme faisant aussi office de lieu de rencontres (il est, à ce propos, vivement conseillé de consulter les horaires d'ouverture avant de s'y rendre).

MTL, Moniteur Titulaire Libidineux. Rendu populaire par le documentaire Les bronzés, le Moniteur Titulaire Libidineux se rencontre essentiellement en club de vacances. Rarement seul mais toujours mal accompagné, il manie un humour le plus souvent gras et en dessous de la ceinture. Peut également servir de lampe de chevet quand il est en forme.

Les sigles sans danger
(mais à manier tout de même avec certaines précautions, on ne sait jamais):

MDH, Médecin Déroutant mais Humain. Ce sigle indique que le professionnel de santé auquel vous avez affaire peut vous paraître suspect au premier regard, en raison de son allure dégingandée ou de ses cheveux gras, mais sachez que son diagnostic, aussi terrible soit-il, vous sera toujours délivré avec le sourire.

AAVCM, Association of American Veterinary Medical Colleges. Ne se rencontre qu'aux États-Unis, vérifiez immédiatement l'usure de vos chaussures et la date de validité de votre passeport.

ABA, Association pour le Bien des Aveugles et malvoyants. Bon, d'accord, il manque le M dans ce sigle mais comme cette association ne s'adresse qu'aux aveugles et malvoyants, cela n'a guère d'importance (et permet, au passage, de faire d'appréciables économies, notamment en terme de gravure).

CNRS, Centre National des R et des S. À ne pas confondre avec le CNTU, Centre National des T et des U.

CCAS, Cause Caucasien Ami Spirituel. Sorte de société secrète, assez fermée, où il est vivement conseillé de rire des blagues en version originale. À titre d'exemple, la blague "Funishtud, Arcca Laoo CHE Vanesss" est très drôle (même si personne ne la comprend, forcément, c'est du Vénusien).

Les sigles qui semblent totalement inoffensifs
(et auxquels on peut faire confiance les yeux fermés. Enfin, jusqu'à preuve du contraire):

MBB, Mets ton Bonnet Baigneur, se rencontre généralement à l'entrée des piscines municipales, sans aucun danger du moment qu'on est suffisamment équipé en bouées canard.

CRDP, Chez Riton Déménageur Parisien. Renseignements pris, le dénommé Riton s'appellerait en fait Édouard et serait aussi Parisien que moi je suis Franc-Comtois. Mais on m'a certifié qu'il ne cassait jamais rien. Et pour un déménageur, c'est tout ce qu'on lui demande.

ENA, prononcez ENNNNNNNN AHHHHH. Logo figurant sur certains cabinets de toilette en signe d'encouragement pour leurs occupants.

 


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