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Le Séducteur de Jan Kjærstad,
une merveille romanesque venue de Norvège.

Fanny Ardant invite Monsieur Toussaint Louverture
à La Grande Librairie, irréel !

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N O T E S   D E   B O T A N I Q U E
E T   D E   Z O O L O G I E
D A N S   L A   N O U V E L L E
B I O D I V E R S I T É

PAR JEAN-FRANÇOIS COADOU

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E X T R A I T S   I

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LES ARBRES DITS « À BALIVERNES »
arbores nominatae «nugae»

Venues accidentellement d’Afrique noire dans les soutes des cargos transportant les bois précieux, des graines d’arbres dits «à balivernes» ont fait souche(s) sous nos climats tempérés.

Appelés aussi « arbres à calembredaines » au Congo belge, ils possèdent la particularité d’induire en erreur ceux qui séjournent dans son généreux ombrage, provoquent lapsus, mensonges involontaires et promesses de Gascon comme le tilleul le sommeil.

Naïvement confondus par les occidentaux avec les arbres dits « à palabres » dont ils épousent aspect et majesté, les arbres dits « à balivernes » abritèrent maintes négociations entre colons blancs et chefs de village farceurs.

Les arbres dits « à balivernes » jouèrent ainsi un rôle non négligeable dans les abondants malentendus qui vicièrent l’histoire des conquêtes coloniales.

 

LE HARICOT SANS FIL
phaseolus sine filo

Considéré au début de son apparition dans nos potagers comme un succès de la recherche génétique agro-alimentaire, le haricot sans fil rajoute à l’inconfort des agriculteurs une pénible nuisance sonore. En effet, arrivé à maturité, il sonne infatigablement jusqu’à ce qu’on le décroche.

Certaines variétés ne cessent leurs bruyants appels qu’une fois ébouillantées.

 

LE COQ AU VIN MAUVAIS
gallus coctus in malo vino

Décidément la vie des paysans est loin d’être facile !

Le coq dit « au vin mauvais », sorti d’on ne sait où, hante jour et nuit nos jadis paisibles basses-cours. Querelleur, acariâtre et despotique, il titube dès l’aube et chante des chansons paillardes jusqu’à point d’heure.

Vindicatif, rancunier et surtout fornicateur, il exige des poules de son harem qu’elles se plient à d’inavouables pratiques...

Les fermières en sont couvertes de honte.

 

L'OISEAU POÈTE
poetae avis

De la famille des perroquets, l'oiseau dit « poète » fut mis au point à la demande du ministère de l'éducation nationale (et ce, malgré l'avis défavorable du ministère de la culture), pour créer un climat ludique propice à l'étude de la poésie dans nos écoles maternelles et primaires.

Il reprend la dernière phrase entendue et lui trouve une suite rimée. Son succès fut foudroyant auprès des institutrices !

Pratiquant une versification des plus sommaires, il débite clichés et vers de mirliton pour la plus grande joie des enfants et de leurs maîtres d'école. Il est, d'après les linguistes, à l'origine de l'incommensurable appauvrissement  de la créativité de nos chères têtes blondes.

NB : dans la même logique éducative, le singe « picasso » sensé familiariser les élèves avec l'art contemporain.

 

LES PANSEMENTS NUTRITIFS
curationes aptae ad alendum

Les pansements dits « nutritifs » furent inventés au départ pour pallier au surcoût croissant de l'élimination des déchets hospitaliers. Destinés dans un premier temps à l'engraissement des animaux de batterie, leur richesse protéinique liée à un prix de revient dérisoire attira l'attention d'organisations humanitaires.

Lyophilisés et compactés en petits cubes, ils rendent un bouillon (dit « de culture ») très nourrissant dès qu'on les immerge dans l'eau tiède, qui sauva de la faim un nombre considérable d'enfants et d'adultes africains ou asiatiques.

Clef de voûte des programmes d'aide alimentaire, il représente aujourd'hui le nec plus ultra de la volonté de solidarité de l'Occident envers nos frères du Tiers-Monde.

En vente dans toutes nos bonnes pharmacies, faites le geste qui sauve en les confiant après furoncle à l'ONG de votre quartier. Et n'oubliez pas le slogan : « Un simple rouleau de sparadrap offert, c'est une famille sauvée de l'enfer ! »

 

LE ROSEAU PENSANT TOUT HAUT
calamus magna voce cogitans

Il peuple les rives de nos poissonneux étangs, en rendant la visite touristique fastidieuse, ainsi que la pêche et la chasse aux gibiers d'eau.

Connu pour la qualité de sa réflexion philosophique depuis Ésope via La Fontaine, mais nouvellement apparu on ne sait d'où dans sa variété bavarde, le roseau dit « pensant tout haut » soliloque intarissablement les pieds dans l'eau.

Les chênes de son voisinage, déjà victimes du merle moqueur, stressés par ses incessantes mises en garde, lazzis et menaces de déracinement au prochain zéphyr, en perdent leur superbe, développent des névroses obsessionnelles pour, au terme d'une vie de harcèlements, se laisser mourir avant l'âge, d'épuisement moral.

Le roseau dit « pensant tout haut » n'hésite pas à interpeller grossièrement le promeneur inconnu, le chasseur ou le pêcheur qui entre sur son territoire, pour lui prodiguer conseils inutiles et même lui faire un brin de morale. Il est la cause de la désaffection du traditionnel « grand bol d'air » dominical des citadins, et en conséquence de la faillite de guinguettes, fermes piscicoles, épiceries de villages, marchands d'articles de chasse et de pêche, etc., ainsi que de l'abandon des meilleures terres agricoles jouxtant les cours d'eau.

 

L'ARBUSTE DIT « APPROBATEUR »
arbuscula nominata « laudator »

D'une forte présence, l'arbuste approbateur écoute attentivement vos confidences et difficultés à vivre, en ponctuant votre diarrhée verbale de hochements de tête accompagnés de hmm, hmm, tout en restant de bois.

Très en vogue dans la bonne société, il trône près du divan de cuir, dans une pièce baignée d'une paisible demi-obscurité. Les décideurs de ce monde, chefs d'entreprises, élus, banquiers, promoteurs immobiliers, artistes officiels, ministres, etc., tous narcissiques ayant quelques problèmes de conscience et subissant le stress d'une existence trépidante, aiment à lui confier leurs jérémiades dans l'intimité de leurs cossues alcôves.

L'arbuste approbateur serait, dit la publicité, capable en quelques séances, de vous faire faire l'économie de quinze ans d'onéreuse analyse !

Les divers lobbies de psychanalystes, habituellement à couteaux tirés à propos de tout et de rien, sont là unanimes à condamner cette pratique solitaire et gratuite. Ils dénoncent la « supercherie » avec la véhémence du chien auquel on tente de retirer son os.

 


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D ’ A U T R E S   T E X T E S   M . T . L .

Minuscules annonces par Thomas Vinau
Chroniques irrégulières d'un libraire en librairie
par Cyrille Proles
Quelques annonces par Wandrille Leroy
Yravob par Bernard Deglet
Inventaire de nuit (d’insomnie) par Cécile Benoist
Recettes improbables — partie 2 par Michel Bonord

 

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E