Chroniques irrégulières d'un libraire en librairie

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Personne ne gagne de Jack Black
débarque en librairie !

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C H R O N I Q U E S   I R R É G U L I È R E S
D ' U N   L I B R A I R E
   E N   L I B R A I R I E

PAR CYRILLE PROLES

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Le meilleur des mondes-librairie

Le libraire que je suis, perdu dans ses pensées donc, à l’air fatigué, mais son œil brille encore. C’est bon signe. D’ailleurs, vous ne vous y tromperez pas. Comme vous l’avez deviné, ô intelligences subtiles, il pense au client idéal. Peut-être même vient-il de le renseigner et a-t-il du mal à retrouver toute sa tête?

C’est une certitude, la barre est haute pour franchir les marches de l’olympe clientéliste. Je me propose de vous éparpiller les ingrédients nécessaires pour être un client idéal.

Si vous passez me voir, sachez vous en souvenir…

— Il ne demande jamais le livre sur/de Cécilia Sarkozy.
— Il lit sans difficulté, ou à peine, le titre qu’il a lui-même écrit sur un bout de papier de taille convenable.
— Il se lave avant de venir en librairie, pas après.
— Il ne répond pas au téléphone quand il s’adresse au libraire. D’ailleurs, il ne répond pas au téléphone tout court.
— Il s’intéresse énormément aux auteurs préférés du libraire, même s’il n’en a jamais entendu parler.
— S’il consomme des stupéfiants, c’est après son passage en librairie.
— Il ne touche pas le libraire, sauf si celui-ci le lui demande.
— Il articule correctement et ne parle pas à voix basse, ni même n’a de cancer de la gorge.
— Il rit aux blagues du libraire sans postillonner, à toutes ses blagues. Lorsqu’il ne les comprend pas, il rit encore plus.
— Il est beau, élégant, poli, cultivé. Il sait garder une part de mystère.
— Il n’oublie pas ses lunettes à la maison.
— Il n’a pas de malformation faciale.
— Il garde ses habits en librairie, quelque soient les circonstances.
— Il revient.
— Il ne perd pas son enfant dans la librairie.
— Il comprend vite, même si le renseignement qui lui est donné est très incomplet.
— Il ne perd pas ses parents dans la librairie.
— En cas de besoin pressant, il sait se retenir.
— Il ne pense même pas à utiliser les livres comme couverture.
— Il ne vole que des livres de poche.
— Il ne demande pas au libraire s’il est du magasin, surtout si ce dernier porte un veston ridicule à l’enseigne de son entreprise chérie.
— Il ne se jette pas sous les roues d’une roulette poussée par un libraire.
— Il ne demande pas le dernier livre de Jacques Attali, il n’y en a pas.
— Il ne confond pas les toilettes et l’ascenseur.
— S’il lui prend l’envie de raconter sa vie, il n’en trace que les grandes lignes, à la manière d’une quatrième de couverture.
— Il ne se bat qu’à l’extérieur du magasin.
— Il ne demande pas s’il y a une photocopieuse dans la librairie (bien sûr qu’il y en a une).
— Il ne pense pas pouvoir payer en tickets-restaurant.
— Il connaît l’alphabet.
— Il ne cherche ni aspirateur, ni sous-vêtements.
— Il ne demande jamais au libraire si ce dernier a lu le livre qu’il vient de lui conseiller. Là n’est pas le propos.

La prochaine fois, je vous expliquerai l’art d’être désagréable lorsqu’on est un bon libraire.

 

Chronique précédente.

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E