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Le Séducteur de Jan Kjærstad,
une merveille romanesque venue de Norvège.

Fanny Ardant invite Monsieur Toussaint Louverture
à La Grande Librairie, irréel !

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C H R O N I Q U E S   I R R É G U L I È R E S
D ' U N   L I B R A I R E
   E N   L I B R A I R I E

PAR CYRILLE PROLES

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Du passé faisons table rase

Nous vivons dans un monde moderne, et les territoires du libraire sont la terre promise pour qui désire observer les mécanismes comportementaux de ses concitoyens. Le téléphone portable étant l’un de ses derniers joujoux, nous allons nous attarder un peu sur le sujet.

Posons le cadre : je me positionne derrière le comptoir. La pièce Polar-SF est en ordre, et je savoure la quiétude d’une clientèle en pleine digestion. Rien ne vaut l’ambiance de l’après-repas, aux environs de 15h30. Votre libraire en profite donc pour vous étudier.
Mais voilà qu’arrive la cliente accrochée à son téléphone. Elle me sourit : c’est qu’elle va me poser sa question. Je réponds par un sourire similaire : c’est que je vais tenter d’y répondre. Néanmoins, elle doit continuer sa discussion téléphonique : la vie de l’homme moderne n’est pas simple. L’inconvénient, c’est que la personne au bout du fil sans fil a une question. La dame en chair et en os est la médiatrice…

La question est un peu alambiquée, et la dame me tend le téléphone, pensant ainsi résoudre le problème. Mais je refuse poliment, car je suis allergique à l’objet. Le docteur m’a formellement interdit d’y toucher. Nous voilà dans l’embarras. Quelques minutes plus tard, nous avons résolu l’énigme, il suffisait de lire entre les lignes téléphoniques.

Ensuite, un couple passe. Chacun est à son portable, l’un dans la main gauche, l’autre dans la main droite, une véritable harmonie. On en ferait un tableau.

Le matin est plus propice aux débordements. Il y a dans ma pièce une fenêtre qui donne sur la rue en contrebas. Beaucoup s’y blottissent comme dans une cabine téléphonique. On m’a expliqué qu’on y capte mieux la communication. Ah, si l’on y capte mieux la communication, alors… Ils y résolvent tous leurs problèmes financiers, juridiques, médicaux, familiaux, sexuels, etc. Se sachant seuls au monde, ils en font profiter tout leur entourage. C’est la générosité moderne. Les yeux rivés dans la rue, la voix haute, ils voyagent, ils sont ailleurs. Plus tard, nous y installerons un engin de téléportation.

Les plus dangereux restent ceux qui ont la tête dans le guidon. Vous les identifiez rapidement à leur regard hagard, leur démarche imprévisible, leur assurance naturelle. Évitez d’être sur leur route, ils ne vous voient pas, vous n’existez pas dans leur champ de vision restreint. Si par le plus sombre des hasards il vous arrivait de les percuter, sachez qu’ils ne feront que rebondir sur votre corps. Aussi, soyez souple.

Enfin, il y a ceux qui, alors que vous entamez une conversation commerciale, ont le téléphone qui sonne, qui chantonne dans la poche. Certains s’excusent et répondent, disparaissant comme ils sont apparus. D’autres éteignent leur bidule et reprennent la conversation. Mais les pires sont bien ceux qui répondent sans se rendre compte que vous êtes là, devant eux, au milieu de votre phrase. Ne gardez pas la deuxième moitié de votre phrase, elle ne vous sert plus à rien. Il ne vous reste plus qu’à la jeter dans la corbeille à papier. Que voulez-vous, c’est du gaspillage, mais nous vivons dans un monde moderne…

 

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E