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Le Séducteur de Jan Kjærstad,
une merveille romanesque venue de Norvège.

Fanny Ardant invite Monsieur Toussaint Louverture
à La Grande Librairie, irréel !

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C H R O N I Q U E S   I R R É G U L I È R E S
D ' U N   L I B R A I R E
   E N   L I B R A I R I E

PAR CYRILLE PROLES

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Ombre de l’ombre

Il y a des jours comme ça. Tout s’enclenche en pleine nuit agitée, et passablement pleine de matière onirique. Puis se délie au matin : on se lève douloureusement, le poids des cernes nous maintenant au sol. On se prépare en marmonnant des formules destinées à nous rendre invisible. Enfin, le trajet de métro se fait les yeux plongés dans l’obscurité des tunnels. Quelque part, on l’a eue notre invisibilité.

Arrivé au boulot, les bonjours adressés aux collègues restent un peu trop en bouche. Ils ont compris, je suis dans un mauvais jour.

L’inconvénient de l’horaire du jour, le fatidique 12h-20h30, me projette à jeun dans l’épaisseur de la foule du quartier qui vient faire de l’emplette sur ses heures de repas. Cinq roulettes m’attendent, impatientes, débordant de coffrets pour Noël. Hé oui, à Noël, on vend du coffret, c’est-à-dire quelques titres d’un auteur avec du carton autour. Bref, je grogne. Ça va être lourd, ça va être fastidieux.

On m’assaille déjà de questions subsidiaires, est-ce que j’ai un livre sur l’affaire Villemin ? Sur le shopping à Paris ? Sur la cuisine hongroise ? Désolé, mais non, il va falloir quitter la pièce des littératures policière et de science-fiction messieurs mesdames. Ici, on fait dans le flingue, l’épée de feu, l’arnaque et le hobbit rêveur. Sans oublier la princesse en haut de la tour.

Il est vrai que la pièce en question, celle où je travaille, donc, se situe tout près des escalators. Lorsque les clients arrivent à l’étage librairie, la probabilité pour que je sois le premier gilet vert à portée de vue est assez forte. Surtout que la pièce est à gauche, vous savez, le sens de déplacement d’un client dans un espace de marchandises… Ça mériterait une prime.

Mais mon regard de renard blessé, ma voix momentanée de bûcheron, mon attitude un peu expéditive je l’avoue font que seuls les plus téméraires et les grands enfants me tiennent la jambe. Certains arrivent même à me tirer un sourire. Heureusement qu’ils sont là ceux-là, tiens ! Je dis ça, mais je ne blâme pas les autres.

Je trie, je range, j’empile, je mets de côté tout ce qui mérite un peu plus que du mécanisme, à savoir la mise en place des nouveautés. Il faut savoir qu’avec le peu de place dont je dispose, celui qui arrive prend la place de l’autre. Cent centimètres carrés valent de l’or sur mes tables.

Mais voici que mon collègue revient de manger. Je ne vous l’ai pas présenté ? Il s’occupe de la science- fiction, domaine totalement étranger à mes habitudes littéraires. Il est donc une heure et quart. Je lui laisse le réassort à ranger et je commence à m’occuper du reste. À deux, ça va plus vite.

Pffft, trop de nouveautés ! On dirait que les éditeurs se filent le mot. Puisque c’est ça, je vais me fumer une cigarette. Profitons-en, ça sera bientôt interdit.

Allez, il est 14h, la foule commence à s’amincir. Mon collègue est en forme aujourd’hui, il m’oblige à dire quelques conneries. Il faut dire qu’avec les couvertures de livres de science-fiction, il y a du matériel à moquerie. L’imagerie du guerrier mâle conquérant a encore de beaux jours devant lui.

Clac clac font les caisses vertes qui se plient. J’installe le Nestor Burma de Léo Malet tome 3 à côté de son ami le tome 2. Il y a de la logique, il ne faut pas croire.

Mais il est 14h30, il faut que j’aille manger ! Il y a des jours, j’vous jure !

 

Chronique précédente.

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E