M. T. L. ouverture sur le monde : Modéle premier niveau

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Personne ne gagne de Jack Black
débarque en librairie !

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P O I N T   F I N A L

PAR MANON FIANTINI

- - - -

A : Oh !
I : Ah ?
O, riant : Hi ! Hi! Hi!
A : Mais où sont-ils donc ?
O, d’un ton sûr : Il paraît qu’ils ont disparu.
I, du tac au tac : Quoi ? Ils ont fichu le camps ?
U : Mais qui ? Qui a disparu ?
A à O : Bah ! Non !…
O, fanfaronnant : Si, si ! Nous vous l’affirmons.
I : Alors faisons fissa : fouillons partout !
A, opinant : Oh oui !
O : Allons voir dans nos mots.
I : Allons dans nos bouquins.
A : Sont-ils par hasard sous un point ?
U : Mais qui ?
O, ignorant U : Sur un nom ?
I : Noms connus, noms communs, n’oublions pas un mot sinon nos doux fripons riront à plus pouvoir.
O, d’un air savant : Ils ont mis, paraît-il, lorsqu’ils sont partis coquills par milliais ai fauts d’ortograf !
A, riant : Ah !Ah!
I, rigolant : Hi! Hi!
U : Quoi ? Qui ? Où ?
O, ignorant toujours U : Plaît-il ?
I, d’un air coquin : Pour sûr, on vous croit…
O : Oh ! Ça suffit ! Imb..., Imb..., b...
A : Ah! Ah!
O : And..., andouil...
I : Hi! Hi !
O : Cr..., cr...
U : Mais quoi bon sang ?
O à A : A bruti !
O à I : I diot !
U : Quoi à la fin ?
O : Oh, vous : imbaicil !!

imbaicil s’imprimant dans l’air.

O, confus : Oups…
A et I, à l’unisson : Oh ! Contrôlait-vous !

imbaicil puis contrôlait gigotant d’un air rigolard.

O : Hi ! Hi ! Vous aussi.
A, rougissant : Non mais ! Taisais-vous rondouillard !
I, paniquant : Oui taisais-vous grassouillait !
O à I : Maigrichon !
A à O : Gros malotru !
O à A : Raplaplat !
I à O : Lourdaud !
O à I : Rikiki !
U : Quoi ?
Tous : Hurluberlu !!!

Mais voici Y.

Y : Il suffit. Qu’y a-t-il ? Qui donc a mis la zizani parmi vous tous ?
O, riant : Un sot qui, vous trompant, prit à vos mots la fin.
A : …qui fit la zizani finissant par un i !
Y : Incroyabl !
U, d’un air sûr : Insansai !
O : Jamais vu. Pourtant toisons nos mots puis voyons clair : ils ont disparu, ils sont partis…

Trois points passant dans un coin, rigolant.

Y, imprimant : Mais oui, ils n’y sont plus…
U : Mais qui ?
A, ignorant U : Oui, oui.
Y : Mais alors, qu’allons-nous fair ?…
O : Nous l’ignorons. Pour l’instant, il faut fair sans…
I : Trouvons la solution.
U : À quoi ?
Tous : Chut !
Tous, fouillant dans un bouquin : Hum… Hum…
A, d’un ton sûr : Fabriquons un r…un r…Oh zut : un ramplaçant !
Y : Un ramplaçant ! Mais comman ?
Tous, fouillant : Hm…Hm…
I, soudain : Mais oui : coupons un O puis inclinons un brin son v…, son v…, son bidon ! Co, com ça.
A, conquis : Ah ! Trais satisfaisant !
Y : Aipatant !
O, s’opposant au lifting, d’indignation : Oh !! Ai pourquoi pas un I ?
I : Impossibl ! Ai pourquoi pas un A ?
A : Incroyabl ! Ai pourquoi pas un Y ?
Y : Impansabl ! Ai pourquoi pas un U ?
U, naïf : Quoi ? Ramplaçai qui ?
A, I, O, Y, à l’unisson : Oui !!! Qu’on lui tranche la tait !!
U, tout blanc, courant, fuyant : À moi !

À cet instant, notre reine bienveillante et sage, la langue française, s’avança au dessus de nos têtes et dit d’un ton très sentencieux :
"Cessez cette idiote querelle, tournez-vous et voyez. "
En une phrase, elle avait mis les points sur les i et nous obéîmes tous à la lettre.
C’est alors qu’arriva E, revenant de loin, qui dit : " Excusez-moi, souffrant de surmenage, je me suis éclipsé, j’ai soudain pris le large ; vacances incognito, fuyant trop de turbin, je me suis reposé dans les pays latins."
Il nous cloua à tous le bec.
L’histoire semblait réglée puisque tout rentrait dans l’ordre : fautes d’orthographe, mots incomplets, U sauvé…
Pourtant, quelque chose me turlupinait, quelque chose clochait et j’étais bien déterminé à découvrir de quoi il s’agissait…

Deux jours plus tard, je croisai une parenthèse qui me conta la vérité sur la disparition du E. Il est connu que les parenthèses apportent des renseignements très précieux. Cette dernière en savait beaucoup, beaucoup trop pour le garder pour elle seule…

Voici ce qu’elle me révéla ce jour-là :
"L’histoire débute il y a quelques semaines (trois exactement). Le E, très sollicité par notre chère langue française, commença à faire courir des bruits : ses émissaires, les interjections, hurlant sur leur passage, disaient à qui voulait l’entendre que notre reine l’estimait plus que tout autre voyelle et même que tout autre consonne (ragots mensongers que ces propos même si l’on aurait pu prévoir que le E – passez-moi l’expression – prendrait un jour le globe).
Mais l’affaire empira : le E condescendant commença à maltraiter les accents (il usait et abusait de leurs services en les prévenant au dernier moment !)
Puis un jour, il dépassa les bornes : ce fut fête sur fête, dîner sur dîner, soirée sur soirée, goûter sur goûter. Et figurez-vous très cher qu’on y mangeait – pire qu’on y buvait ! – tout ce qui portait accent : crêpes, bières, rosé, petits canapés, sucré, salé… ; on y dansait meringué ou yéyé. Orgies logorrhéiques de mots accentués…(À croire que le E le faisait exprès !)

Mais sachez aussi que les accents sont très fiers, très ambitieux et qu’on ne peut les provoquer impunément. Ils n’ont, croyez-moi, pas peur d’avoir affaire à de gros bonnets.
- Excusez-moi d’être si pointilleux mais d’où tenez-vous cela ?
- Patience et je vous dirai tout…
Déjà par le passé, (exactement quatre siècle avant J-D(1)), l’accent circonflexe et l’accent aigu conspirèrent, tenez-vous bien, contre notre S pourtant si populaire et parvinrent à le détrôner à l’intérieur de plusieurs mots : ainsi, à la place d’asne, on se mit à écrire âne, à la place d’isle, île, à la place de teste, tête, à la place d’estable, étable,…et je vous en passe.

Nos deux comploteurs, triomphalement perchés sur leurs nouveaux emplacements, narguaient cette diaspora des S. Mais chut ! Cette honteuse histoire, gardez-la pour vous ! Laissez-là cette Moyenâgeuse querelle qui prête à la discorde. Car sachez qu’elle est niée par les deux fomenteurs, non reconnue et tue par l’ensemble du royaume (je la tiens pour ma part d’une amie très savante qui l’appelle amuïssement du S )
Mais on raconte aussi que, suite à cet incident, la moitié des accents aigus baissa honteusement et sinistrement son chapeau et c’est ainsi que naquit l’accent grave, le seul accent réglo de l’histoire de notre langue. "
Je me dis à moi-même que, pour l’enquêteur amateur que j’étais, cette petite parenthèse valait bien le détour. Comme il se faisait un peu tard, je l’invitai au troquet d’en face où nous poursuivîmes notre conversation devant un Bloody Mary.
"Bref, me dit-elle, pour la deuxième fois dans l’histoire, l’accent aigu et l’accent circonflexe se liguèrent en de sombres desseins : cette fois, non sans raison d’ailleurs (précisa-t-elle un peu éméchée), ils décidèrent – mais c’est un secret – de kidnapper ce E qui se riait d’eux !…"
Je laissai alors échapper un Oh de stupéfaction.
"Comment l’affaire s’est-elle dénouée ? ajoutai-je, piqué de curiosité.
- Je n’entrerai pas dans les détails car j’y risquerais ma peau. Tout ce que je peux vous dire, c’est que la confédération internationale de l’alphabet (2) a mis la main sur les coupables et retrouvé le prétentieux détenu…
Waow !!! pensai-je . Je l’savais : cette parenthèse était un agent double !!!

Je n’en sus guère plus mais je l’avoue, j’étais moi-même un peu rond. J’avais tout de même élucidé le mystère mais je n’étais pas très fier de mes congénères. Quelle jungle ! pensai-je tout bas. Il faut bien se garder d’employer une lettre pour l’autre car la langue est faite de lettres aux dents longues…
Je quittai ma très séduisante parenthèse et rentrai d’un pas lent par les rues désertées qu’avait recouvertes une nuit bleue et épaisse.
Je savais que, de toute manière, j’aurai "le mot de la fin". Expression impropre soit dit entre parenthèses car moi je suis le point final et j’avais, ce soir-là, "le point de la fin".

(1). Joachim Du Bellay
(2). La CIA

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E