R E Q U I N B L E U PAR JÉROME AUBOIRE . . . . . .
J'essaie de voir à travers le dallage gris clair, micacé, presque translucide. C'est trop épais. Ça fait un moment que je suis là. Je ne sais pourquoi, j'aime cette matière. Il y a quelqu'un d'autre dans la pièce. Il m'observe, assis à un bureau. Le lieu est très clair. Je songe à 2001. J'ai l'impression que je suis entré là pour un entretien d'embauche, je n'ai pu m'empêcher d'admirer le sol, oublier ce qui m'était proposé. Un coup sourd. Les dalles se disjoignent, soulèvent.
De l'eau s'épand. Un autre, la gueule carrée d'un squale
apparaît, les rangées de dents rasoirs. Le sol ne bouge plus.
Je préférerais savoir où il est, j'attend. Il revient
plus fort, les dalles volent laissant passer à mi-corps le grand
requin bleu. Il est presque entier dans la pièce, puis, glisse,
happé par le flot sombre. Pourquoi ? Il nous en veut, pour quelle
raison ? Qu'avons-nous fait ? Il continue. De plus en plus dangereux.
De l'eau commence à entrer dans la pièce, les dalles flottent.
Je pense qu'on nous observe, mais je n'en suis pas sûr. Ils sont
plusieurs à venir maintenant. Tout un groupe qui détruit
le sol. Nous ne savons plus où nous mettre. Nous aurions pu sortir
de la pièce peut-être mais nous n'en avons même pas
eut l'idée ou c'était impossible. La porte est inaccessible,
de l'autre côté de l'eau. - Ça vous intéresse ?
. . . . . .
|