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[Stéphane Fleury est un jeune étudiant en Science
de la Mer à l'Université de La Rochelle. Il aime
beaucoup l'équitation et a décidé de nous faire
partager son journal. Vous pouvez lui écrire, vous pouvez le
lire, vous pouvez l'aimer, le haïr, même s'il préférerait
être aimé.]
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Essayer de ne pas perdre et de retrouver le post-it
sur lequel j’ai noté ce rêve étrange.
Compter sur les rencontres et les conversations que
je vais avoir à la laverie depuis que je suis obligé
d’y aller toutes les semaines.
Aux toilettes, se pencher avec plus d’attention
sur les notices des produits de nettoyages.
Quand je dois prendre le bus, m’asseoir aux
places réservées, dissimuler mes béquilles et
attendre qu’une vieille personne me demande, des yeux, ma place.
Rester sourd aux manifestations verbales de son mécontentement,
puis sortir avec faiblesse les béquilles.
Sur le bord de la piscine, prendre le temps de parler
aux surveillants de baignades.
Penser à mettre en marche mon dictaphone quand
je prends seul mon repas du soir.
Téléphoner à un ami bavard, lui
dire la bonne idée que je viens d’avoir. Attendre quelques
jours, lui demander ce dont il se souvient. Prendre des notes.
Arrêter de tout ramener au sexe. Au sexe théorique.
Discuter avec les chauffeurs de taxi de nuit, même
si je n’ai pas assez pour prendre le taxi.
Faire semblant d’hésiter entre une baguette
et une demi-baguette à la boulangerie, laissez passer ces vieilles
dames et écouter la conversation.
Se mêler aux commentaires à la sortie
des projections gratuites du mardi soir à la maison des étudiants.
Lire avec un œil distrait les journaux quotidiens
que j’achète seulement pour les rubriques livres
et rencontres, puis entamer spontanément une conversation
sur l’actualité avec mon voisin du cours de science.
Quand je commence à comprendre que cette fille,
une séduisante turque, dans le couloir de notre immeuble veut
bien m'inviter à prendre le thé chez elle, lui dire
que je suis d'origine grecque.
Ne pas se débarrasser des emballages de carambars
aussi vite.
Compter les UV qu’ils me manquent pour passer
en seconde année, l’argent qu’il me reste pour
finir mon mois, les conquêtes féminines que j’aurais
pu faire, les boutons qu’ils me restent encore du lycée,
les jours depuis le dernier appel de ma mère, puis additionner
l’ensemble et prendre à la bibliothèque un livre
dont c’est la référence.
Mesurer la largeur de cette chambre qui me sert de piaule,
puis essayer simultanément d’écouter les gémissements
étouffés qui viennent de la droite et les bribes de
paroles qui filtrent de la gauche. Ne pas essayer d’utiliser
mon dictaphone.
Penser en adulte responsable et non vierge.
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M.T.L.