À une époque éventuelle, l'État se
donna pour objectif d'alléger les sévérités
de la politonymie et confia à la Commission d'Humanisation
Élémentaire (CoHuE) la tâche de renommer toutes
les appellations étatiques qui nécessitaient une poétisation.
Les députés de la CoHuE s'exécutèrent.
Après quelques tables rondes concertées dans la sérénité,
ils remirent des propositions qui ne tardèrent à être
appliquées.
Ainsi, la République Française devint L'Espace
Républicain des Françaises et des Français
pour la liberté, l'égalité des chances et la
fraternité citoyenne.
Le Premier ministre prit le titre de Modérateur des
idées de la Nation.
Le ministère de la Défense se mua en Maison des
sécurités pour toutes et tous.
Le ministère de la Santé se transforma en Ensemble
social et citoyen pour la préservation de la santé,
le respect des différences génétiques et la
recherche sur les technologies gourmandes.
Le ministère des Finances s'appela Portefeuille des
générosités citoyennes pour le progrès
de la Nation et l'épanouissement des Régions.
Le ministère de l'éducation évolua en Aire
de l'avenir des citoyennes et des citoyens pour l'élan culturel,
le progrès solidaire, la tolérance et l'égalité
des chances.
Le Baccalauréat devint une Charte de l'avenir citoyen,
la licence un Contrat de culture universelle, la maîtrise
un Contrat de culture maîtrisée et le CAP un Contrat
de culture technique et social.
Des idées soumises par deux députés se virent
refusées par la CoHuE. Un représentant de Port-du-Progrès-des-Normands
(anciennement Le Havre) avait proposé un retour au calendrier
républicain et aux appellations citoyen et citoyenne
pour remplacer monsieur et madame. Et un député de
L'Ile méridionale de toutes les Beautés (ex-Corse
du Sud) avait opté pour qu'un titre de César citoyen
Auguste solidaire se substituât à la Présidence
de la République. À leur grande surprise, les deux
élus entendirent la Commission leur répondre que certaines
appellations, pour poétiques qu'elles puissent paraître,
se voient parfois associées à des époques inhumaines.