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Nous avons le plaisir aujourd'hui de vous
faire partager la rencontre de notre envoyé spécial avec
La Championne Mondiale d'une discipline séculaire longtemps sous-estimée
en tant que sport.
Il était temps que cette discipline
soit reconnue au plus haut niveau ... La pétanque n'a-t-elle
pas ses Champions du monde (individuel, par équipe, de tir, de
consommation de Pastis et j'en passe) ? Or, qu'est-ce que la pétanque
? Un passe-temps d'après sieste pour retraités normaux,
ou avant l'heure, qui en quelques décennies s'est métamorphosé
en sport universellement reconnu, avec ses Champions, ses sponsors,
ses circuits qualificatifs, ses fabricants de matériel spécialisé,
ses supporters, ses buvettes et le soutien intéressé de
Pernod-Ricard...
Certes la pétanque a ses Championnes,
mais, il faut bien le reconnaître, les femmes sont très
minoritaires dans ce sport presque exclusivement masculin (ainsi que
dans certains autres tels que l'haltérophilie, la chasse à
la Bécasse et le quatre vingt-et-un de bistrot...) Or pendant
que ces pionniers de ce qui allait devenir un sport Mondial lançaient
leurs boules pour occuper leurs loisirs, que faisaient leurs femmes
lorsqu’elles ne les faisaient pas reluire? En ces temps de Pionniers,
la femme, c'est bien connu avait un esprit pratique et utilitaire (je
vous rappelle que nous nous situons avant l'apparition du MLF qui bouleversa
quelques peu les données.) Pour occuper les loisirs, ces Dames
tricotaient, joignant ainsi l'utile à l'agréable (l'utile
étant le résultat de cette agitation digitale –
pulls, chaussettes et autre cache-nez –, l'agréable étant
les potins plus ou moins calomnieux qui se colportaient à cette
occasion, car, comme la pétanque, le tricot se pratique en groupe
plus ou moins important quoique rarement en équipe... sauf bien
sûr quand plusieurs tricoteuses d'une même famille travaillent
à un projet commun style couvre-lit en patchwork).
Quoi qu'il en soit, il n'est que justice
que cette discipline typiquement féminine, et en voie de disparition,
ait à son tour droit la reconnaissance par la création
d'un Championnat du monde.
Pourquoi, me direz-vous, créer
un Championnat du Monde de tricot au moment même où cette
activité est en perte de vitesse (au moins dans nos pays dits
civilisés) ? Je vous répondrai qu'il y a bien des Championnats
de tir à l'Arc alors que ça fait un bon bout de temps
qu'on ne se sert plus de cette arme, que ce soit pour la chasse ou même
la guerre.
Je vous le dis tout de suite, pour ne pas
vous faire attendre plus longtemps, vous n'êtes pas près
de voir cette épreuve retransmise en direct et en eurovision.
En effet cette épreuve, si elle est brève – puisqu'elle
se déroule sur 3 minutes – est relativement peu spectaculaire.
Imaginez une salle de gymnase, une centaine
de chaises sont placées en carré en son centre. Quelques
panneaux publicitaires disséminés çà et
là, peu nombreux, (Les aiguilles kipiq, quelques marques
de laines, un fabricant de tisanes, une grande marque de Thé,
une revue destinée aux ménagères de 50 ans.) Rien
à voir avec ce qu'on peut observer sur un stade de foot pour
une finale Mondiale. Pour l'instant nous attendons les concurrentes
qui sont en train de s'échauffer dans les vestiaires. La plupart
sont arrivées depuis quelques heures. Un massage des mains, des
doigts et plus particulièrement de l'index servant à lever
la maille. Le droit ou le gauche selon que la concurrente est droitière
ou gauchère. Cette séance de massage est la plupart du
temps suivi d'un échauffement d'une pelote de 50 grammes. Echauffement
au cours duquel seront choisies soigneusement les aiguilles devant servir
à la compétition et définis les derniers détails
tactiques. La grande majorité des concurrentes a en effet un
tableau de marche très précis. Certaines préfèrent
commencer lentement puis accélèrent le rythme au fil de
l'épreuve, d'autres choisissent la régularité.
Certaines préfèrent calquer leurs performances sur celles
de leur adversaires, prêtes à répondre au moindre
démarrage, sûres de leur dextérité au moment
du sprint. Mais les voici qui entrent. Leur tenues collantes –
pour ne pas entraver le geste – portent les marques de leurs sponsors
respectifs. Elles prennent le temps de se caler en position sur leur
chaise. Jambes croisées, serrées, écartées.
Toutes les techniques semblent représentées. Les concurrentes
sont maintenant sous les ordres du starter. Les aiguilles dans la main
gauche, elles se préparent à se saisir de la pelote de
laine qui leur est attribuée au signal de départ ...5,
4, 3, 2, 1, c'est parti ! Là-bas sur la gauche une concurrente
Allemande rate complètement son départ. Sa pelote roule
jusqu'au milieu de la salle. La pauvre se traîne à quatre
pattes pour la ramasser. Elle s'affole, relâche la pelote... elle
ne pourra plus rattraper son retard. Elle rejoint sa chaise en courant,
et courageusement se lance à la poursuite des autres concurrentes
qui ont maintenant de nombreux points d'avance. Le déroulement
de l'épreuve est assez difficile à suivre depuis les gradins,
même avec une bonne paire de jumelles. Toutefois, il semble évident
que la détentrice du record du Monde, Wendy Moorby, est en difficulté
: elle semble moins facile qu'à son habitude. Nerveuse, elle
surveille l'avancée de ses principales adversaires d'un air inquiet.
Là, sur ma gauche, emportée par son élan une concurrente
tire trop vite sur son aiguille : elle démaille. Ah la la, c'est
terrible pour elle. C'est fini. Elle s'écroule, en larmes...
La plus impressionnante à mi-épreuve est Olga Pobedeskaya.
Elle ne quitte pas un seul instant son ouvrage des yeux. Son rythme
d'une belle régularité devrait la mener dans la zone du
record mondial. Sur ma droite une Française abandonne victime
d'une crampe. A-t-elle participé à trop de compétitions
cette année ? Le bruit court que le calendrier est trop étoffé
et que l'état physique des compétitrices s'en ressent.
À moins que ce ne soit la faute d'un entraînement trop
intensif ou de toute autre chose qui ne me vient pas à l'esprit.
Comme dans les autres sports, des rumeurs de dopage circulent dans les
coulisses, mais aucune preuve n'existe. Tous les contrôles effectués
à ce jour se révèlent négatifs en produits
dopants, autre que la Théine, cette substance est autorisée
dans cette discipline, les concurrentes britanniques menaçant
de boycotter l'épreuve si le Five o’clock était
remis en cause.
Nous voici dans les derniers instants
de cette compétition. Comme je vous l'ai dit, il est très
difficile d'où je me trouve de vous faire un point très
précis de la situation. Rien à voir avec un grand prix
de Formule 1 où on peut prévoir sans se tromper la victoire
d'un Schumacher. Rien à voir non plus avec un match de foot où
il suffit de savoir combien de buts a marqué chaque équipe
pour savoir qui est le vainqueur. Il va falloir attendre le décompte
fait par les juges. Toutefois, je peux vous dire qu'une fois de plus
la Victoire reviendra sans doute à une britannique si j'en crois
l'état de fraîcheur des concurrentes de la perfide Albion.
L'arbitre siffle la fin de l'épreuve. Les juges ramassent les
tricots. Dans quelques minutes, les résultats s'afficheront et
nous connaîtrons le nom de la nouvelle Championne du Monde. Car
il semble bien que Wendy Moorby ne pourra garder son titre. En ce moment-même
elle discute avec son entraîneur et je peux vous dire que l'humeur
dans ce coin ne semble pas au beau fixe, je ne serais pas étonné
d'apprendre qu'elle se passera de ses services à l'avenir. Olga
Pobedeskaya semble confiante et attend calmement les résultats,
le regard toujours aussi bovin. Dans le camp français c'est la
désolation : victimes de pas de chance, nos représentantes
n'en ont manifestement aucune chance de figurer dans le haut du classement.
La Championne de France ayant pris le départ de l'épreuve
avec un sparadrap sur la troisième phalange de l'index droit
nous n'avions aucune illusion à nous faire et nous ne nous en
faisions pas. Si Maman avait participé, je ne dis pas. Mais voici
les juges arbitres qui s'avancent. Ils baragouinent des choses dans
le micro
...
c'est en anglais, j'ai du mal à comprendre. Je lis le panneau
lumineux. La troisième est l'ex-championne du Monde, Wendy Moorby
avec 207 mailles. Je vous avait bien dit que Wendy n'était pas
au mieux de sa forme. Ce résultat le confirme. Deuxième
avec 214 mailles : Olga Pobedeskaya, qui, malgré son nom à
consonance slave, est aussi londonienne que la Queen elle-même
et enfin, première, une autre britannique Hazel Tindall qui l'emporte
en établissant un nouveau record du Monde avec le total de 255
mailles en 3 minutes. La suprématie britannique est écrasante.
Le God save the Queen retentit et je file à l'anglaise
jusque dans les vestiaires pour y attendre la nouvelle Championne du
Monde afin de lui poser quelques questions.
P U B L I C I T É
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Vous retrouvez notre envoyé spécial dans les vestiaires
en compagnie de Hazel Tindall.
Me voici donc en compagnie de la nouvelle
Championne et recordwoman du Monde.
— Hazel... Can I poser to you some questions ? (Vous
remarquerez au passage que je fais l'effort de m'adresser à la
Championne dans sa langue maternelle...)
— ...
— Is your taylor rich ?
— ...
Hazel a l'air un rien désorientée par cette question....
— Can you déclared quelque chose ?
— Ah... you are french...
— Heu...Oui...Comment le savez-vous ?
— Votre accent, je dirais. Et bien pour tout dire, je n'arrive
pas à croire que j'ai gagné ce Championnat. La concurrence
très rude était.
— Pratiquez-vous ce sport depuis longtemps?
— Tricoter est une tradition dans la mienne famille. J'ai commencé
à 4 ans d'âge. Je suis maintenant 52 ans vieille.
— Comment vous entraînez-vous?(Je rappelle à
nos lecteurs que le tricot est encore un sport amateur)
— Tous les jours, pendant 8 heures. J'occupe un poste administratif
dans l'enseignement, ce qui me facilite grandement les choses....
— Pouvez-vous nous dire comment se déroule l'année
d'une championne de tricot ?
— C'est bien simple. Je m'entraîne toute l'année.
En été, je tricote les gilets et autres pulls légers
pour l'automne. En automne, les châles et gros pulls d'hiver,
en hiver ceux de printemps et au printemps, autrefois je tricotais des
maillots de bain pour l'été. Hélas cette mode
a disparu, aussi me suis-je rabattue sur la layette qui peut servir
n'importe quand...
— Que faites-vous quand vous ne tricotez pas ?
— Je suis de très mauvaise humeur. Comme vous dites, vous
autres français, "La moutarde me monte au nez".
Il n'y a que maille qui m'aille. Hihihi.
Là, je n'ai pas bien compris pourquoi, elle riait. Je l'ai donc
laissée à sa joie et vous engage à vous entraîner
sérieux si, comme moi, vous désirez que la France atteigne
le plus haut niveau dans cette discipline qui nous échappe encore.
Il ne fait pas de doute qu'avec le nombre de moutons et de fonctionnaires
dont la France peut s'enorgueillir nous ne devrions avoir aucun mal
à occuper la première place.