1,416 maille / seconde

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Personne ne gagne de Jack Black
débarque en librairie !

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1 , 4 1 6   M A I L L E S / S E C O N D E

PAR JEAN VILAIN

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Nous avons le plaisir aujourd'hui de vous faire partager la rencontre de notre envoyé spécial avec La Championne Mondiale d'une discipline séculaire longtemps sous-estimée en tant que sport.

Il était temps que cette discipline soit reconnue au plus haut niveau ... La pétanque n'a-t-elle pas ses Champions du monde (individuel, par équipe, de tir, de consommation de Pastis et j'en passe) ? Or, qu'est-ce que la pétanque ? Un passe-temps d'après sieste pour retraités normaux, ou avant l'heure, qui en quelques décennies s'est métamorphosé en sport universellement reconnu, avec ses Champions, ses sponsors, ses circuits qualificatifs, ses fabricants de matériel spécialisé, ses supporters, ses buvettes et le soutien intéressé de Pernod-Ricard...

Certes la pétanque a ses Championnes, mais, il faut bien le reconnaître, les femmes sont très minoritaires dans ce sport presque exclusivement masculin (ainsi que dans certains autres tels que l'haltérophilie, la chasse à la Bécasse et le quatre vingt-et-un de bistrot...) Or pendant que ces pionniers de ce qui allait devenir un sport Mondial lançaient leurs boules pour occuper leurs loisirs, que faisaient leurs femmes lorsqu’elles ne les faisaient pas reluire? En ces temps de Pionniers, la femme, c'est bien connu avait un esprit pratique et utilitaire (je vous rappelle que nous nous situons avant l'apparition du MLF qui bouleversa quelques peu les données.) Pour occuper les loisirs, ces Dames tricotaient, joignant ainsi l'utile à l'agréable (l'utile étant le résultat de cette agitation digitale – pulls, chaussettes et autre cache-nez –, l'agréable étant les potins plus ou moins calomnieux qui se colportaient à cette occasion, car, comme la pétanque, le tricot se pratique en groupe plus ou moins important quoique rarement en équipe... sauf bien sûr quand plusieurs tricoteuses d'une même famille travaillent à un projet commun style couvre-lit en patchwork).

Quoi qu'il en soit, il n'est que justice que cette discipline typiquement féminine, et en voie de disparition, ait à son tour droit la reconnaissance par la création d'un Championnat du monde.

Pourquoi, me direz-vous, créer un Championnat du Monde de tricot au moment même où cette activité est en perte de vitesse (au moins dans nos pays dits civilisés) ? Je vous répondrai qu'il y a bien des Championnats de tir à l'Arc alors que ça fait un bon bout de temps qu'on ne se sert plus de cette arme, que ce soit pour la chasse ou même la guerre.

Je vous le dis tout de suite, pour ne pas vous faire attendre plus longtemps, vous n'êtes pas près de voir cette épreuve retransmise en direct et en eurovision. En effet cette épreuve, si elle est brève – puisqu'elle se déroule sur 3 minutes – est relativement peu spectaculaire.

Imaginez une salle de gymnase, une centaine de chaises sont placées en carré en son centre. Quelques panneaux publicitaires disséminés çà et là, peu nombreux, (Les aiguilles kipiq, quelques marques de laines, un fabricant de tisanes, une grande marque de Thé, une revue destinée aux ménagères de 50 ans.) Rien à voir avec ce qu'on peut observer sur un stade de foot pour une finale Mondiale. Pour l'instant nous attendons les concurrentes qui sont en train de s'échauffer dans les vestiaires. La plupart sont arrivées depuis quelques heures. Un massage des mains, des doigts et plus particulièrement de l'index servant à lever la maille. Le droit ou le gauche selon que la concurrente est droitière ou gauchère. Cette séance de massage est la plupart du temps suivi d'un échauffement d'une pelote de 50 grammes. Echauffement au cours duquel seront choisies soigneusement les aiguilles devant servir à la compétition et définis les derniers détails tactiques. La grande majorité des concurrentes a en effet un tableau de marche très précis. Certaines préfèrent commencer lentement puis accélèrent le rythme au fil de l'épreuve, d'autres choisissent la régularité. Certaines préfèrent calquer leurs performances sur celles de leur adversaires, prêtes à répondre au moindre démarrage, sûres de leur dextérité au moment du sprint. Mais les voici qui entrent. Leur tenues collantes – pour ne pas entraver le geste – portent les marques de leurs sponsors respectifs. Elles prennent le temps de se caler en position sur leur chaise. Jambes croisées, serrées, écartées. Toutes les techniques semblent représentées. Les concurrentes sont maintenant sous les ordres du starter. Les aiguilles dans la main gauche, elles se préparent à se saisir de la pelote de laine qui leur est attribuée au signal de départ ...5, 4, 3, 2, 1, c'est parti ! Là-bas sur la gauche une concurrente Allemande rate complètement son départ. Sa pelote roule jusqu'au milieu de la salle. La pauvre se traîne à quatre pattes pour la ramasser. Elle s'affole, relâche la pelote... elle ne pourra plus rattraper son retard. Elle rejoint sa chaise en courant, et courageusement se lance à la poursuite des autres concurrentes qui ont maintenant de nombreux points d'avance. Le déroulement de l'épreuve est assez difficile à suivre depuis les gradins, même avec une bonne paire de jumelles. Toutefois, il semble évident que la détentrice du record du Monde, Wendy Moorby, est en difficulté : elle semble moins facile qu'à son habitude. Nerveuse, elle surveille l'avancée de ses principales adversaires d'un air inquiet. Là, sur ma gauche, emportée par son élan une concurrente tire trop vite sur son aiguille : elle démaille. Ah la la, c'est terrible pour elle. C'est fini. Elle s'écroule, en larmes... La plus impressionnante à mi-épreuve est Olga Pobedeskaya. Elle ne quitte pas un seul instant son ouvrage des yeux. Son rythme d'une belle régularité devrait la mener dans la zone du record mondial. Sur ma droite une Française abandonne victime d'une crampe. A-t-elle participé à trop de compétitions cette année ? Le bruit court que le calendrier est trop étoffé et que l'état physique des compétitrices s'en ressent. À moins que ce ne soit la faute d'un entraînement trop intensif ou de toute autre chose qui ne me vient pas à l'esprit. Comme dans les autres sports, des rumeurs de dopage circulent dans les coulisses, mais aucune preuve n'existe. Tous les contrôles effectués à ce jour se révèlent négatifs en produits dopants, autre que la Théine, cette substance est autorisée dans cette discipline, les concurrentes britanniques menaçant de boycotter l'épreuve si le Five o’clock était remis en cause.

Nous voici dans les derniers instants de cette compétition. Comme je vous l'ai dit, il est très difficile d'où je me trouve de vous faire un point très précis de la situation. Rien à voir avec un grand prix de Formule 1 où on peut prévoir sans se tromper la victoire d'un Schumacher. Rien à voir non plus avec un match de foot où il suffit de savoir combien de buts a marqué chaque équipe pour savoir qui est le vainqueur. Il va falloir attendre le décompte fait par les juges. Toutefois, je peux vous dire qu'une fois de plus la Victoire reviendra sans doute à une britannique si j'en crois l'état de fraîcheur des concurrentes de la perfide Albion. L'arbitre siffle la fin de l'épreuve. Les juges ramassent les tricots. Dans quelques minutes, les résultats s'afficheront et nous connaîtrons le nom de la nouvelle Championne du Monde. Car il semble bien que Wendy Moorby ne pourra garder son titre. En ce moment-même elle discute avec son entraîneur et je peux vous dire que l'humeur dans ce coin ne semble pas au beau fixe, je ne serais pas étonné d'apprendre qu'elle se passera de ses services à l'avenir. Olga Pobedeskaya semble confiante et attend calmement les résultats, le regard toujours aussi bovin. Dans le camp français c'est la désolation : victimes de pas de chance, nos représentantes n'en ont manifestement aucune chance de figurer dans le haut du classement. La Championne de France ayant pris le départ de l'épreuve avec un sparadrap sur la troisième phalange de l'index droit nous n'avions aucune illusion à nous faire et nous ne nous en faisions pas. Si Maman avait participé, je ne dis pas. Mais voici les juges arbitres qui s'avancent. Ils baragouinent des choses dans le micro
...
c'est en anglais, j'ai du mal à comprendre. Je lis le panneau lumineux. La troisième est l'ex-championne du Monde, Wendy Moorby avec 207 mailles. Je vous avait bien dit que Wendy n'était pas au mieux de sa forme. Ce résultat le confirme. Deuxième avec 214 mailles : Olga Pobedeskaya, qui, malgré son nom à consonance slave, est aussi londonienne que la Queen elle-même et enfin, première, une autre britannique Hazel Tindall qui l'emporte en établissant un nouveau record du Monde avec le total de 255 mailles en 3 minutes. La suprématie britannique est écrasante. Le God save the Queen retentit et je file à l'anglaise jusque dans les vestiaires pour y attendre la nouvelle Championne du Monde afin de lui poser quelques questions.

P U B L I C I T É
(Monsieur Toussaint Louverture publie Numérista sa surprenante revue de littérature, vous pouvez la commander en ligne, paiement sécurisé, confort et bonheur de le technologie [ici des gens beaux qui sourient]) Vous retrouvez notre envoyé spécial dans les vestiaires en compagnie de Hazel Tindall.

Me voici donc en compagnie de la nouvelle Championne et recordwoman du Monde.
— Hazel... Can I poser to you some questions ? (Vous remarquerez au passage que je fais l'effort de m'adresser à la Championne dans sa langue maternelle...)
— ...
— Is your taylor rich ?
— ...
Hazel a l'air un rien désorientée par cette question....
— Can you déclared quelque chose ?
— Ah... you are french...
— Heu...Oui...Comment le savez-vous ?
— Votre accent, je dirais. Et bien pour tout dire, je n'arrive pas à croire que j'ai gagné ce Championnat. La concurrence très rude était.
— Pratiquez-vous ce sport depuis longtemps?
— Tricoter est une tradition dans la mienne famille. J'ai commencé à 4 ans d'âge. Je suis maintenant 52 ans vieille.
— Comment vous entraînez-vous?(Je rappelle à nos lecteurs que le tricot est encore un sport amateur)
— Tous les jours, pendant 8 heures. J'occupe un poste administratif dans l'enseignement, ce qui me facilite grandement les choses....
— Pouvez-vous nous dire comment se déroule l'année d'une championne de tricot ?
— C'est bien simple. Je m'entraîne toute l'année. En été, je tricote les gilets et autres pulls légers pour l'automne. En automne, les châles et gros pulls d'hiver, en hiver ceux de printemps et au printemps, autrefois je tricotais des maillots de bain pour l'été. Hélas cette mode a disparu, aussi me suis-je rabattue sur la layette qui peut servir n'importe quand...
— Que faites-vous quand vous ne tricotez pas ?
— Je suis de très mauvaise humeur. Comme vous dites, vous autres français, "La moutarde me monte au nez". Il n'y a que maille qui m'aille. Hihihi.

Là, je n'ai pas bien compris pourquoi, elle riait. Je l'ai donc laissée à sa joie et vous engage à vous entraîner sérieux si, comme moi, vous désirez que la France atteigne le plus haut niveau dans cette discipline qui nous échappe encore. Il ne fait pas de doute qu'avec le nombre de moutons et de fonctionnaires dont la France peut s'enorgueillir nous ne devrions avoir aucun mal à occuper la première place.

 

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D ' A U T R E S   P E T I T E S   C H O S E S   À   L I R E ?

La trace du calamar par Julien Campredon.
Lettre ouverte à H.B. Derwent par Michelle Martinelli.
Listes avortées par Pascal Lipp.
La vie ne présente jamais ses excuses par Guillaume de La Croix.
La Reine se meurt par Anna-Maria Bigot.

 

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E