L A L E T T R E D
É G U I S É E
. . . . . . .
[Votre opinion est importante : puisque
c’est la vôtre. Ne manquez pas d’humour, vous ne
manquerez pas de lecteurs. Envoyez votre opinion :
lettres@monsieurtoussaintlouverture.net
]
. . . . . . .
Afin de préserver l’anonymat
en général, les prénoms ou indications géographiques
ont été remplacées par des titres de films choisis
de façon aléatoire.
De
: Il était une fois dans l'ouest
À : Milou en mai
Objet : Erasmus à Greystoke (5/11/03)
Milou en mai, pour commencer,
j’aime bien le papier à lettre que L’Empire contre
attaque m’a donné et sur lequel je t’écris;
certes, l’espace est un peu réduit mais je trouve que (je
trouve que) ce genre de petites cartes rigides est d’un chic fou.
Passons aux choses sérieuses.
Je suis maintenant à Greystoke depuis presque une semaine
et on ne peut pas vraiment dire que la situation ait beaucoup évolué
depuis mon arrivée : je n’ai pas d’appartement et
Un cœur en hiver, avec qui je suis supposé colouer
a mystérieusement disparu de la circulation. Ce n’est pas
tellement que je tienne à partager mon logie avec un étranger
(au contraire) mais étant donné que je vais rester ici
seulement cinq mois (et lui plus), il sera plus facile de trouver un
logement car, paraît-il, les agences refusent de louer pour une
durée si dérisoire (quels connards soit dit en passant).
Bref, la situation est plutôt merdique mais j’essaie de
faire face avec autant de détachement que possible.
Par bonheur, il se trouve qu’une gentille Sue perdue dans
Manhattan (Le jour le plus long, que son nom soit béni)
m’a proposé de m’héberger (dans son génial
appartement de 70 m2 avec vue sur le Pont de la rivière Kwaï)
jusqu’à que je trouve un logis (c’est-à-dire
bientôt j’espère car Psychose arrive dans
4 jours).
Aujourd’hui nous sommes dimanche, j’ai mangé les
scones que j’avais préparés la veille (ils n’étaient
d’ailleurs pas très réussis) ce matin et à
midi, après une promenade sur le mont L’homme qui en
savait trop, j’ai ingurgité un menu bigmac. Rien de
bien dépaysant comme tu peux le voir... Il est maintenant pas
loin de 16h, je suis seul chez Le jour le plus long (qui dîne
chez ses parents pour le dimanche midi) et j’écoute “Les
plumes du cygne”, un groupe de Manhattan très populaire
que j’ai d’ailleurs vu en concert hier soir sur une grande
place de Greystoke en plein air (place Le testament du
docteur Mabuse) avec un ami du Jour le plus long nommé Les
aventuriers de l’Arche Perdue (encore un nom imprononçable).
Rencontrer tant de gens m’épuise, il me tarde de pouvoir
jouer les mites autistes dans mon appartement (seul si possible, mais
ne rêvons pas). Parmi les annonces, il y a un appartement de 42
m2, à côté du parlement (!) pour 28 M Je règle
mon pas sur le pas de mon père (soit un peu plus de 100 euros)
mais selon Le jour le plus long, pour une si grande superficie
et un prix si dérisoire il ne peut s’agir que d’un
trou infâme infesté de rats (ce qui est malheureusement
sans doute vrai).
Voilà deux jours que L’Empire contre attaque est
parti. Le séjour en sa compagnie et celle de Quand Harry
rencontre Sally s’est bien passé, si ce n’est
que Quand Harry rencontre Sally (bien que vraiment très
gentille et au moins un millier de fois préférable à
Backdraft) commençait très sérieusement
à me taper sur les nerfs avec ses : “c’est tout de
même très pauvre” ou “cette façade aurait
bien besoin d’un coup de peinture” ou “c’est
très très néogothique, non c’est plutôt
mauresque” (...ses deux nouvelles expressions favorites) ou encore
“Ah! (soupir), cette pauvreté, c’est le communisme!”
(le pire fléau que l’humanité ait connue selon elle).
Mais trêve de médisances (Ah! j’oubliais : “Quand
je pense que Sissi a emprunté cet escalier!”, quelle extase
en effet ! Sissi ! La meringue humaine a emprunté cet escalier
! C’est extraordinaire ! Nous avons d’ailleurs appris que
le belle Sissi était à 35 ans un véritable monstre
qui crachait ses dents – rien à voir donc avec Romy Schneider
– ce fut dur à avaler pour Quand Harry rencontre Sally,
tu imagines : la belle légende de la princesse choucroute ainsi
écronée ! C’était intloérable ! Quelle
sale langue de vipère ce guide de calomnier ainsi !
Bref, j’arrête pour de bon de médire cette fois.
J’ai commencé (et même bien entamé) le roman
de Trois couleurs rouge, Le pacificateur, c’est
vraiment bien. Ah! oui! lundi, normalement (si je ne suis pas en train
de visiter un appartement, j’aurai mon premier cours sur le thème
“Proust et ses contemporains” (quel rapport avec Manhattan
et Blow out te demandes-tu peut-être : je te rassure,
absolument aucun, c’est simplement que si je n’assistais
qu’à un seul cours – celui du vendredi, sur le thème
“comparaison des nations française et Manhattan”,
déjà plus en rapport avec mon thème de recherche
- je n’aurais qu’une heure et demi par semaine, ce qui serait
intolérable pour l’administration, donc, je dois assister
à ce séminaire pour lequel on me mettra une note qui ne
comptera absolument pas - Je m’en fiche, j’irai car ça
m’intéresse.
Bon, ma sœurette, ce sera tout pour cette fois.
Bye, bye.
Il était une fois dans l’Ouest.