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Le Séducteur de Jan Kjærstad,
une merveille romanesque venue de Norvège.

Fanny Ardant invite Monsieur Toussaint Louverture
à La Grande Librairie, irréel !

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C O M M U N I C AT I O N
D U   B U R E A U   P O U R
L A   V É R I F I C A T I O N   D E S
C H A N S O N S   P O U R   E N F A N T S
D E   L A   S O C I É T É   P R O T E C T R I C E
D E S   A N I M A U X

PAR SARAH B.

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Conformément à l’éthique de la Société Protectrice des Animaux, le Bureau de Vérification des Chansons pour Enfants a pour tâche d’écouter toutes les comptines, ritournelles et chansons destinées à un public enfantin (pour l’acceptation d’« enfantin » voir notre circulaire BVCE-11) et de lui apposer le label qualité, éthique et respect de la SPA. Nous rappelons que dans le cas où l’une de ces productions se trouverait en infraction avec le code de protection des animaux, le Bureau de Vérification a toutes latitudes pour procéder au rééquilibrage des productions audio incriminées.

Comptine A-1 : C’est la mère Michel

C'est la mère Michel qui a perdu son chat,
Qui crie par la fenêtre à qui le lui rendra.
C'est le père Lustucru qui lui a répondu :
— Allez, la mère Michel, votre chat n'est pas perdu !

Refrain :
Sur l'air du tralalala (bis),
Sur l'air du tradéridéra,
Et tralala.

C'est la mère Michel qui lui a répondu :
— Mon chat n'est pas perdu ? Vous l'avez donc trouvé ?
Et le compère Lustucru qui lui a répondu :
— Donnez une récompense, il vous sera rendu.

(Refrain)

Et la mère Michel lui dit : — C'est décidé,
Si vous rendez mon chat, vous aurez un baiser.
Le compère Lustucru, qui n'en n'a pas voulu,
Lui dit : — Pour un lapin, votre chat est vendu !

Reprenons donc, cette chanson parle d’une certaine mère Michel qui aurait perdu son chat et qui crie de désespoir par sa fenêtre « À qui le lui rendra ! » Sur ce, intervient un certain père Lustucru qui lui dit que le chat n’est pas perdu, ouf !, mais qu’il ne le lui sera rendu que contre une récompense.

Nous rappelons aux artistes pour enfants ainsi qu’à leurs producteurs que le kidnapping d’un animal est, au même titre que le kidnapping d’un être humain, passible d’une peine de prison, ainsi que d’une forte amende. De plus, c’est une pratique inacceptable, et on ne peut plus censurable.

De toute façon, ce père Lustucru semblait louche depuis le début, parce que les gens qui utilisent des pseudonyme aussi mauvais sont forcément louches. Le troisième couplet de la chanson nous donne raison, puisque la pauvre mère Michel consent à céder au chantage et à offrir à l’odieux père Lustucru un baiser en échange de son chat. C’est là qu’arrive l’inqualifiable, ce qui fait le pain quotidien de notre monde moderne, nous voulons dire, une fin malheureuse : le père Lustucru a, malgré la détresse de la pauvre mère Lustucru, échangé le chat contre un lapin. Nous ne prendrons pas le temps de revenir sur les réseaux de cette économie souterraine qui permet l’échange d’un chat kidnappé (c’est-à-dire sans présentation préalable des papiers de pedigree) contre un lapin (sans doute lui aussi victime d’un odieux kidnapping). Toujours est-il que la fin est tragiquement contemporaine, combien d’otages sont échangés contre d’autres otages une fois la rançon versée et pas rendus à leurs familles?

Nous proposons la variante suivante des deuxième et troisième couplets :

C'est la mère Michel qui lui a répondu :
— Mon chat n'est pas perdu ? Vous l'avez donc trouvé ?
Et le père Lustucru qui lui a répondu :
— Ne vous inquiétez pas, le voilà revenu.

(Refrain)

Et la mère Michel lui dit : — C’est décidé,
Pour l’avoir rapporté, vous aurez un baiser.
Le père Lustucru, qui en a bien voulu,
Lui dit : — Pour ce baiser, je traverse la rue.

Mais nous oublions la responsabilité de la mère Michel dans cette histoire : qu’est-ce que c’est que cette propriétaire d’un chat qui le laisse aller gambader sans surveillance aucune, je vous le demande ?

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Comptine A-2 : Passe Passe Passera

Passe, passe, passera
La dernière, la dernière,
Passe, passe, passera
La dernière restera.

Qu'est-ce qu'elle a donc fait
La p'tite hirondelle ?
Elle nous a volé
Trois p'tits grains de blé.

On l'attrapera
La p'tite hirondelle,
Nous lui donnerons
Trois p'tits coups d'bâton.

L’animal victime de cette chanson est une petite, toute petite hirondelle, qui après avoir volé 3 malheureux grains de blé se retrouve pourchassée par une horde sauvage et sanguinaire n’ayant pour objectif que sa capture et sa punition. Nous vous le demandons : qu’est-ce que cette chanson ? Sinon une ignominie capitaliste vantant le droit de propriété et les sanctions allant à l’encontre de ceux qui n’ont rien pour vivre ! Et puis, 3 petits grains de blé qu’est-ce que c’est sur une récolte ? Nous pouvons le dire :  un grain de blé pèse 7 à 8 milligrammes, alors autant dire RIEN !  D’autant plus qu’une petite hirondelle ne connaît pas encore bien la vie, n’a pas encore eu le temps de finir ses études et de trouver un emploi stable (par les temps qui courent qui peut le faire aussi jeune ?) Mais on peut être sûr, et les hirondelles sont très droites pour cela, que si on lui laissait sa chance à cette petite hirondelle, ce serait la dernière à essayer de resquiller quelques centimes au supermarché. De toute façon, cette comptine est calomnieuse pour les hirondelle, c’est une évidence, jamais une hirondelle n’irait se mettre dans le pétrin en volant 3 petits grains de blés. Nous savons très bien ce qui a dû se passer, l’hirondelle est venue gentiment demander s’il resté quelques grains pour sa famille (spécialement sa grande tante hirondelle qui a les deux ailes brisées), comme il n’y avait personne pour lui répondre (on se lève tard lorsqu’on a plein de blé), elle a prit 3 grains, en laissant sans doute un petit mot désolé du genre « Bonjour Monsieur. J’habite dans le nid au 4eme saule à gauche, je suis venu vous emprunté 3 petits grains de blés, vous n’étiez pas là, donc je n’ai pas laissé d’argent (vous savez par les temps qui courent), mais ne vous inquiétez pas, comme je viens régulièrement faire mes courses chez vous, je vous paierai ce soir, et si ce soir vous n’êtes pas là, je reviendrai demain, deux fois s’il le faut, même s’il vente ou neige, et si demain vous n’êtes pas là, je vous attendrai devant chez vous… », un petit mot qu’un malin aura sans doute aucun jetez dans une poubelle, sachant pertinemment le mal qu’il faisait. Parce que les hirondelles sont honnêtes, ne dit-on pas « droite et juste comme une hirondelle » ?

D’autre part, la première strophe nous semble ambiguë, comme déjà censurée pour faire « politiquement correcte ». Il y a une idée morbide dans la dernière phrase qui annonce le châtiment du dernier couplet, mais cette idée aurait été un peu « gommé ». En effet, il n’y a pas loin entre

Passe, passe, passera
La dernière passera
et
Passe, passe, passera
La dernière y passera

Enfin, et non des moindres, la disproportion du châtiment par rapport au larcin. Pour trois petit grains de blé, elle reçoit trois coups de bâton, autant dire trop de coups de bâton. C’est la justice à deux vitesses qui œuvre ici. Le grand banditisme en col blanc est protégé, mais la petite délinquance ornithologique est sévèrement punie. C’est l’escalade, tant qu’on y est, pourquoi pas chantonner :

On l'attrapera
La p'tite hirondelle,
Nous lui donnerons
Trente ans d’réclusions.

Voici notre proposition d’adaptation équitable pour les hirondelles, qui ne véhiculera plus cette image d’une hirondelle voleuse que l’on poursuit, immobilise à terre et passe à tabac comme Rodney king.

Passe, passe, passera
La dernière, la dernière,
Passe, passe, passera
La dernière s’amusera.

Qu'est-ce qu'elle a donc fait
La p'tite hirondelle ?
Elle nous a emprunté
Trois p'tits grains de blé.

On l'attrapera
La p'tite hirondelle,
Nous lui donnerons
Quatre gros bonbons.

Comptine A-3 : Quand le cheval de Thomas tomba

Version 1 :

Quand le cheval de Thomas tomba
Comment Thomas ne tomba-t-il pas
Thomas tomba-t-il ou ne tomba-t-il pas ?
Tomba-t-il à bas ou pâtit-il d'un tel ébat ?

Dans cette ritournelle très courte et très cruelle, un cheval tombe. Si vous êtes un amateur de courses hippiques, vous savez déjà qu’un cheval ne tombe pas par hasard, qu’il ne le fait que dans certaines conditions bien spécifiques, mais que lorsque cela arrive, le pauvre animal est bien souvent grièvement blessé et que son prochain week-end, il ne le passera pas sur un hippodrome mais à l’abattoir puis à la boucherie. Le vrai problème de cette chanson, c’est le petit et cruel Thomas. Sans doute un gosse de riches (pour pouvoir faire du cheval sans surveillance, il en faut) toujours prés à faire un vilain tour, ou à causer du tracas et bien entendu à torturer les petits animaux, puis quand les petits animaux sans défense ne suffisent plus, il passe aux chats puis aux chiens, puis quand ceux-là ne lui suffisent plus, il voit sa malignité en plus grand, bien plus grand. De la graine de psychopathe ces gosses de riches !

Parce que c’est simple : comment Thomas ne tomba-t-il pas ? alors que son cheval, lui, gît à terre les canons brisés, les ergots déchirés. Thomas ne tomba pas, parce qu’il n’était pas sur le cheval, sinon il serait lui aussi à terre et la question ne se poserait pas. Thomas le boutonneux cruel a dû pousser le magnifique animal, par cruauté et par jalousie, le tenant sans doute au bout d’une corde et le fouettant jusqu’aux sangs, si bien qu’à la fin le cheval tomba, traumatisé, bon pour la casserole. La cruauté envers les animaux est un crime grave, nous faudra-t-il encore et toujours le rappeler ? Nous ne pouvons pas laisser planer le doute dans l’esprit de nos enfants. Avant de procéder au rééquilibrage de la comptine, nous allons examiner une variante de cette chanson qui illustre à quel point nous sommes dans le vrai.

Version 2 :

Quand le cheval de Thomas tomba
Comment Thomas ne tomba-t-il pas
Mathieu dit qu'il n'a pas vu tomber Thomas
Thomas tomba-t-il ou ne tomba-t-il pas ?

Là, c’est manifeste, et personne ne pourra dire le contraire : il y a agression et violence en réunion. Le Mathieu en question est sans doute lui aussi un de ces gosses de riches pourris jusqu’à l’os et il est là pour s’amuser de la souffrance des plus faible. Lui et Thomas se retrouvant pour jouer de sales tours dans la plus grande impunité.

Nous proposons par conséquent la modification suivante :

Quand le cheval de Thomas cabra
Comment Thomas ne tomba-t-il pas
Thomas tomba-t-il ou ne tomba-t-il pas ?
Tomba-t-il à bas ou pâtit-il d'un tel ébat ?
(idem pour la variante)

 

La prochaine communication portera sur le martyr de la gentille alouette que l’on plume sans raison, malgré sa gentillesse.

 

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E