La voie ferrée la plus mystérieuse du monde

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Personne ne gagne de Jack Black
débarque en librairie !

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L A   V O I E   F É R R É E   L A   P L U S
M Y S T É R I E U S E   D U   M O N D E

PAR THIERRY ACOT-MIRANDE

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Vous aimez les voies ferrées ? Non, pas particulièrement... en fait vous ne vous y intéressez pas particulièrement et, dans une certaine mesure, vous avez tort. Je vais vous parler, aujourd’hui, d’un chemin de fer à voie étroite, dont l’assemblage remonte aux années 1870, autrement dit à la nuit des temps et d’ailleurs on a bien le sentiment qu’il y conduit à cette nuit des temps. Le rail se perd dans l’acacia en tirant sa ligne sur le Maragne. À charge de lignite, la locomotive a choisi la liberté. Le passé le plus éloigné décrit les inconvénients très lointains recouverts par les murmures et les rumeurs. La foule devient à tout instant plus dense, il est difficile d’avancer, de parler, d’entendre les annonces des trains, des retards, des messages. Dans les parages de la voie morte, les troènes continuent à sentir la pomme acide comme ils le faisaient quand j’avais seize ans, mais c’est là une exception très rare, une survivance. Juste au-dessus, il y avait un nuage en forme de griffe. La seule griffe dans le ciel. Le seul nuage. Cela avait, dans ce monde exubérant et indifférent, l’allure d’une invitation au luxe. Tout, à cet âge, semblait plus ouvert à l’analogie, à la métaphore. Il y avait plus de significations, plus d’interprétations, un plus grand choix de vérités disponibles. Il y avait davantage de symbolisme. Les choses étaient plus chargées de sens. J’aime l’anachronisme, car l’anachronisme m’a suivi dès ma naissance et m’a poussé du coude dès mon premier biberon, et m’a rendu la vie impossible pour bien des raisons à l’époque où je ne le choyais pas encore. La foule se mouvait doucement, les gens échangaient leur place, jeu clos où les règles seraient inconnues du spectateur (du voyeur). Au loin, le ciel se couvrait mollement, et du fond de l’océan une traînée de nuages noirs s’évacuait, s’évasait au nord et au sud, laissant sur nos têtes un lambeau presque circulaire de ciel bleu. Aucun langage ne parviendrait à atteindre ce double monde dont la fiabilité était absente. Ou le même éternel message, celui qui n’arrive pas, celui qui arrive trop tard, la cavalerie du bon droit et ses éternels dilemmes de communication latérale. Ici la gare a l’allure nostalgique d’une solitude qui bouffe des araignées. Des vaches en pâture pèsent sur les voyages. Un train passe rapidement le long des voies, les gares ne lui sont d’aucun secours, il ne peut s’arrêter, il va droit, sans hésitation, ne regarde ni à droite ni à gauche. Son cheminement est sans fantaisie. Dedans c’est le silence, c’est la nuit lourde du sommeil de tous ses passagers anonymes, le train ne les voit pas, les ignore et avance, cahotant de vitesse toujours plus grande. Un compartiment seul reste allumé, par le couloir du dernier wagon on aperçoit une lueur, lentement, silencieusement, on s’approche de la porte close dont les rideaux ne sont pas tirés. A l’intérieur, un homme est assis, dans le sens de la marche. Sur la banquette en face, à l’angle opposé, se trouve une jeune femme, belle, à l’allure vagabonde, elle se sourit, isolée dans cette solitude. Ils occupent toutes les places à eux deux, leurs paroles se mêlent, leurs regards se croisent, les gestes se délient, les voix s’amplifient, un rire ne les surprend plus, leurs mains se frôlent fugitivement. La lumière trop crue jusqu’à gommer les traits, modeler un faciès de spectre : une affaire de style pour peindre un trop plein de bonheur. Mots interdits dans la cité des nerfs. Peu importe notre rôle, c’est pure fiction n’est-ce pas ? Les mots courant dans l’image de nos corps. Fiction pure. Silence. L’envie du graffiti sur pare-brise. L’absence incarnée. L’intersection. La trace coupée par deux rubans noirs. Il faudra penser à déboulonner cette ferraille de notre forêt. Une valise est restée sur le quai, oubliée. Ronces, fougères, mûriers ; le pin brûle sa sève sur le travers de la voie. Pas de quoi perturber les années, ni la girouette et son clocher. S’il le faut, partir à pieds. Quant à la fin du monde mythique ou à l’épuisement de son retour beaucoup d’approximations sont en train de se former et continueront d’être élaborées. La fin de l’histoire implique des abus tous plus ou moins vérifiables. « Depuis l’aube d’Hérodote il n’existe plus de nuit au sens ancien. » Des éclairages avares et obliques. Circonstance banale de nos jours, mais qui, dans les premiers mois de l’éclairage au sodium orange, ne pouvait être qu’extrêmement troublante. L’orange sur le rouge produit un brun foncé. Il n’y a que dans les banlieues, pensai-je, qu’une chose pareille peut arriver. La banlieue ce n’est ni vieux ni tout neuf, les murs ne sont le plus souvent qu’un peu passés, juste assez pour ne pas attirer l’attention. C’est pourquoi, en banlieue, plus qu’ailleurs, nous nous abandonnons à nos pensées intérieures. La ville disparaît, les lumières s’éteignent. D’où je suis je les vois qui s’éloignent, eux ne le savent pas, demain encore, les mains plus unies, ils marcheront. Ne t’approche pas de ce que tu aimes. N’essaie pas de saisir ce que tu aimes. Pour gagner les choses qui requièrent ton attention, éloigne-toi, perds-toi en de longs détours.

 

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