Nous sommes arrivés séparés pour ne pas éveiller
de soupçon.
Je n’ai eu des infos qu'à 14 heures, l'agent éclaireur
Campredon devait être sur les lieux, son premier appel radio
avait été trés bref : je connaissais la réputation
de cette compagnie mais bon quand mème… Pas commode
le type, uniquement l'endroit avec un ton de reproche, terminé.
Conduire une voiture au-delà des limites de son filtre à
huile est devenu mon nouveau passe-temps. Je roule vers de nouveaux
horizons en écoutant à fond certaines radios incertaines,
puis je me branche sur la fréquence P.23 et j'attends
les informations. Il se peut, à l'occasion, que la secrétaire
du chef m'ait fait parvenir un dossier, mais la plupart du temps,
la partouze du freelance et de la haute confidentialité de
nos activités
ne le permettent pas.
Cette fois, il allait falloir la jouer trés pro, gagner et
surtout ne pas se laisser endormir.
Quand j'ai vu Campredon, j'ai compris que les hostilités
ne venaient pas juste de commencer, j'ai traversé le saloon
de la poèsie d'un pas rapide en prenant l'air pas concerné,
puis je me suis tapi derrière les tables. Les premières
heures avaient été difficiles et malgré
quelques assaults bien sentis, il avait les nerfs en pelotte: ça
n'avait pas marché. Le camp adverse maitrisait l'espace,
il avait fait diversion. La plupart s'étaient déguisés,
les fausses barbes, les cannes, les petites lunettes, les vestes
de nos anciens instituteurs: ils usaient de tous les artifices
pour ne pas aller à la guerre, se sentant bien à l'abri,
ils n'émettaient
pas un son, misant tout sur leur charisme.
Qu'il n’en déplaise aux elfes, la génération
nouvelle devait reprendre le pas.
Les heures qui suivirent furent d'une telle violence. Campredon
m'impressiona à de nombreuses reprises, la multitude de ses
assaults me fit comprendre le nom de code que lui avait donné
le chef, l'insoutenable faisait feux de tous bois, les victimes
devenaient plus nombreuses chaque minute, à force de tir
groupés
elles se contaminaient entre elles, une véritable hécatombe.
Les seuls survivants oublièrent peut-être mon t-shirt
bambi, mais aucun n'effacera la marque des blessures que nous leur
avons portés. S’ils sont encore vivants c'est juste
pour qu'ils puissent dire qui leur a fait ça, le nom de
la compagnie...