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Le Séducteur de Jan Kjærstad,
une merveille romanesque venue de Norvège.

Fanny Ardant invite Monsieur Toussaint Louverture
à La Grande Librairie, irréel !

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L A   S C I E N C E   F O L L E :
L ’ É T R A N G E   A F F A I R E
D U   T R O U   À   É L E C T R O N S

PAR THIERRY ACOT-MIRANDE

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Depuis les premiers jours de « l’ère atomique », la science a de manière insistante, interrogé des entités hypothétiques, et n’a aucunement validé leur existence. Ce qu’elle a fait, c’est d’accumuler les faits encore plus difficiles à expliquer, et qui sont plus ou moins adéquats au type de théorie présentée : par exemple, il n’y a pas longtemps il y a eu une grande découverte scientifique, et cette grande découverte était essentiellement l’introduction d’un nouveau candidat à l’existence physique – une entité qu’on doit imaginer comme n’ayant pas de masse et la capacité d’absorber des électrons.

C’est vraiment ce que la science a imaginé comme explication. Je me demande si on peut imaginer quelque chose de plus absurde qu’un trou à électrons ; imaginer quelque chose comme un trou à électrons est aussi absurde qu’imaginer le shekhina.

Le trou à électrons et le shekhina ont de nombreux points communs. Le trou à électrons est la réponse à la question suivante : comment se fait-il que alors qu’on connaît tout sur les résistances électriques de certaines substances, ces substances refusent de fournir les résistances qui sont considérées comme étant convenables pour elles. Dans le domaine de l’électricité, on imagine des courants, et de ce point de vue, si l’on considère les substances du point de vue de leurs réponses aux pressions qui créent ces courants – si on les nomme, en un sens, par leur capacité de transmettre ou de résister à ces courants définis comme conducteurs et isolants – nous nous apercevons qu’au cours de l’histoire de la théorie scientifique de l’électricité, on a passé beaucoup de temps à classer ces substances, à les hiérarchiser de ce point de vue, et maintenant on se  représente ces flux – le courant – un flux d’entités munies d’une charge électrique et on les baptise électrons… et voilà qu’on connaît plein de choses sur l’arrangement des atomes dans ces substances soumises à ces courants ; on pense savoir beaucoup de choses à ce sujet, on est très content de toutes ces choses qu’on sait, et quand on met deux fils électriques de chaque côté de la substance et qu’on crée ce qu’on appelle une différence de potentiel – une différence de pression, de pression électrique – je veux dire si l’on exerce une pression électrique plus forte sur un côté que sur l’autre, – c’est ce qu’on a envie de dire qu’on fait parce qu’on sait tout sur les résistances à cette pression pour les différentes substances – quand on met ces deux fils de chaque côté, on sait exactement ce qui va arriver – du moins dans le cas de nos substances préférées – qui sont certains métaux, certains cristaux ; et en général on ne mesure cette pression différentielle et ses effets que pour la satisfaction légitime de découvrir ce qu’on sait déjà, car on connaît toutes les habitudes et mœurs de ces cristaux, et comment ils se comportent – et on est très content de savoir tout ça – et voilà qu’on applique la pression… et ça ne marche pas, alors tout ce temps, tout cet argent… tous ces savants en théorie électrique ont bâti tout ça, et on met deux fils et ça ne marche pas ? Tout cet argent, tout ce temps – comme ils disent – « et ça ne marche pas ? » Alors ils ont dit : « il y a trop en jeu, il faut que ça marche ».

Et voilà que survient Mr Wilson ; il dit : « trou à électrons ». Et le trou à électrons, comme vous le voyez, a remis tout en ordre… car si on suppose que la structure de la substance décevante a été augmentée – ou on ferait mieux de dire délestée – d’un trou là où il n’y avait aucune raison qu’il y ait un trou, et que ce trou est capable d’absorber des électrons, alors la réponse qu’on obtient – peut-être rendue équivalente à celle que l’on voulait – par la simple intervention d’un trou à électrons.

Attention, c’était une tâche difficile ; il fallait convaincre l’ensemble de la science car, jusqu’à aujourd’hui, la science ne se contente pas de dire simplement « trou à électrons », il faut formuler cela en utilisant la structure d’un discours approprié ; aussi ce que vous dites c’est : « vous ne pouvez pas dire seulement : il y a un trou à électrons et il s’est posé là ; tout le monde sait que les électrons se distribuent plutôt au hasard dans l’espace selon certaines lois de probabilité, et que, si l’on veut attirer des électrons et faciliter leur passage à travers la jungle du semi-conducteur, il vous faut fournir une distribution correspondante au hasard de trous à électrons et leur donner une distribution plus ou moins probable ainsi qu’une densité ; et alors vous dites : « ça se fraie un chemin à travers le semi-conducteur de telle manière que le résultat des mesures est le résultat qu’on veut. »

Voilà la forme d’interrogation que le discours scientifique, qui est un art sacré doté, d’une grande valeur per se, a en fait pratiqué pour établir l’existence d’une entité. Car la science est un art ; c’est un art hiératique conduit à l’aide d’une technologie de haut niveau, tel l’art du bronze au Bénin ; il est essentiel au bon fonctionnement de la société, et la société est en adoration – en fait complètement mystifiée –, elle récompense ses représentants immensément… et le collège sacré s’est assis à une table et a trouvé cette réponse à cette interrogation. Et bien que la réponse soit comique, elle est loin d’être non caractéristique.

Et c’est pourquoi nous sommes en droit d’en déduire qu’il existe une relation étroite entre la poésie, la parole, et la science. Bien sûr, il y a de sérieuses différences ; les modes d’expression diffèrent. Dans la science, qui est un parler hiératique et spécial – un parler hiératique et hiérophantique – qu’on pourrait qualifier de « vertical » – on conduit une sorte de dialogue oligarchique avec des matériaux contraints et des personnes contraintes… et après cela, ils trouvent exactement ce qu’on aurait trouvé de toute façon ? La variable blablabla ? La variable blablabla est toute grandeur, toute constante, tout nombre, toute équation, tout ce que vous pouvez associer par n’importe quel moyen au nombre que vous avez devant vous et qui vous permet d’obtenir le nombre que vous voulez, pourvu que vous le proposiez de la manière voulue dans le dialecte voulu. Voilà ce qu’est la variable blablabla, et c’est un mode d’interrogation très profond…

 

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D ’ A U T R E S   T E X T E S   M . T . L .

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E