L A S C I E N C E F
O L L E :
L ’ É T R A N G E A F F A I R E
D U T R O U À É L
E C T R O N S
PAR THIERRY ACOT-MIRANDE
. . . . . .
Depuis les premiers jours de « l’ère
atomique », la science a de manière insistante, interrogé des
entités hypothétiques, et n’a aucunement validé leur
existence. Ce qu’elle a fait, c’est d’accumuler les
faits encore plus difficiles à expliquer, et qui sont plus ou
moins adéquats au type de théorie présentée :
par exemple, il n’y a pas longtemps il y a eu une grande découverte
scientifique, et cette grande découverte était essentiellement
l’introduction d’un nouveau candidat à l’existence
physique – une entité qu’on doit imaginer comme
n’ayant pas de masse et la capacité d’absorber des électrons.
C’est vraiment ce que la science a imaginé comme
explication. Je me demande si on peut imaginer quelque chose de plus
absurde qu’un trou à électrons ; imaginer
quelque chose comme un trou à électrons est aussi absurde
qu’imaginer le shekhina.
Le trou à électrons et le shekhina ont
de nombreux points communs. Le trou à électrons est la
réponse à la question suivante : comment se fait-il
que alors qu’on connaît tout sur les résistances électriques
de certaines substances, ces substances refusent de fournir les résistances
qui sont considérées comme étant convenables pour
elles. Dans le domaine de l’électricité, on imagine
des courants, et de ce point de vue, si l’on considère
les substances du point de vue de leurs réponses aux pressions
qui créent ces courants – si on les nomme, en un
sens, par leur capacité de transmettre ou de résister à ces
courants définis comme conducteurs et isolants – nous
nous apercevons qu’au cours de l’histoire de la théorie
scientifique de l’électricité, on a passé beaucoup
de temps à classer ces substances, à les hiérarchiser
de ce point de vue, et maintenant on se représente ces
flux – le courant – un flux d’entités munies
d’une charge électrique et on les baptise électrons… et
voilà qu’on connaît plein de choses sur l’arrangement
des atomes dans ces substances soumises à ces courants ;
on pense savoir beaucoup de choses à ce sujet, on est très
content de toutes ces choses qu’on sait, et quand on met deux
fils électriques de chaque côté de la substance
et qu’on crée ce qu’on appelle une différence
de potentiel – une différence de pression, de pression électrique – je
veux dire si l’on exerce une pression électrique plus
forte sur un côté que sur l’autre, – c’est
ce qu’on a envie de dire qu’on fait parce qu’on sait
tout sur les résistances à cette pression pour les différentes
substances – quand on met ces deux fils de chaque côté,
on sait exactement ce qui va arriver – du moins dans le cas de
nos substances préférées – qui sont certains
métaux, certains cristaux ; et en général
on ne mesure cette pression différentielle et ses effets que
pour la satisfaction légitime de découvrir ce qu’on
sait déjà, car on connaît toutes les habitudes
et mœurs de ces cristaux, et comment ils se comportent – et
on est très content de savoir tout ça – et voilà qu’on
applique la pression… et ça ne marche pas, alors tout
ce temps, tout cet argent… tous ces savants en théorie électrique
ont bâti tout ça, et on met deux fils et ça ne
marche pas ? Tout cet argent, tout ce temps – comme ils
disent – « et ça ne marche pas ? » Alors
ils ont dit : « il y a trop en jeu, il faut que ça
marche ».
Et voilà que survient Mr Wilson ; il dit : « trou à électrons ».
Et le trou à électrons, comme vous le voyez, a remis
tout en ordre… car si on suppose que la structure de la substance
décevante a été augmentée – ou on
ferait mieux de dire délestée – d’un trou
là où il n’y avait aucune raison qu’il y
ait un trou, et que ce trou est capable d’absorber des électrons,
alors la réponse qu’on obtient – peut-être
rendue équivalente à celle que l’on voulait – par
la simple intervention d’un trou à électrons.
Attention, c’était une tâche difficile ;
il fallait convaincre l’ensemble de la science car, jusqu’à aujourd’hui,
la science ne se contente pas de dire simplement « trou à électrons »,
il faut formuler cela en utilisant la structure d’un discours
approprié ; aussi ce que vous dites c’est : « vous
ne pouvez pas dire seulement : il y a un trou à électrons
et il s’est posé là ; tout le monde sait que
les électrons se distribuent plutôt au hasard dans l’espace
selon certaines lois de probabilité, et que, si l’on veut
attirer des électrons et faciliter leur passage à travers
la jungle du semi-conducteur, il vous faut fournir une distribution
correspondante au hasard de trous à électrons et leur
donner une distribution plus ou moins probable ainsi qu’une densité ;
et alors vous dites : « ça se fraie un chemin à travers
le semi-conducteur de telle manière que le résultat des
mesures est le résultat qu’on veut. »
Voilà la forme d’interrogation que le discours
scientifique, qui est un art sacré doté, d’une
grande valeur per se, a en fait pratiqué pour établir
l’existence d’une entité. Car la science est un
art ; c’est un art hiératique conduit à l’aide
d’une technologie de haut niveau, tel l’art du bronze au
Bénin ; il est essentiel au bon fonctionnement de la société,
et la société est en adoration – en fait complètement
mystifiée –, elle récompense ses représentants
immensément… et le collège sacré s’est
assis à une table et a trouvé cette réponse à cette
interrogation. Et bien que la réponse soit comique, elle est
loin d’être non caractéristique.
Et c’est pourquoi nous sommes en droit d’en
déduire qu’il existe une relation étroite entre
la poésie, la parole, et la science. Bien sûr, il y a
de sérieuses différences ; les modes d’expression
diffèrent. Dans la science, qui est un parler hiératique
et spécial – un parler hiératique et hiérophantique – qu’on
pourrait qualifier de « vertical » – on
conduit une sorte de dialogue oligarchique avec des matériaux
contraints et des personnes contraintes… et après cela,
ils trouvent exactement ce qu’on aurait trouvé de toute
façon ? La variable blablabla ? La variable blablabla
est toute grandeur, toute constante, tout nombre, toute équation,
tout ce que vous pouvez associer par n’importe quel moyen au
nombre que vous avez devant vous et qui vous permet d’obtenir
le nombre que vous voulez, pourvu que vous le proposiez de la manière
voulue dans le dialecte voulu. Voilà ce qu’est la variable
blablabla, et c’est un mode d’interrogation très
profond…