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Le Séducteur de Jan Kjærstad,
une merveille romanesque venue de Norvège.

Fanny Ardant invite Monsieur Toussaint Louverture
à La Grande Librairie, irréel !

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U N H A P P Y   E N D

PAR GUILLAUME DE LA CROIX

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Je n’ai pas peur de mourir. Non, en réalité, j’ai plutôt peur de mal mourir, de mourir dans la honte ou dans la souffrance, de mourir au mauvais endroit, au mauvais moment. À bien y rééchir, il y a des fins que je ne me souhaite pas.

Mourir étouffé dans mon vomi et encore moins dans le vomi d’un autre.

Être étranglé, car je suis extrêmement chatouilleux.

Succomber à une crise cardiaque dans le canapé de mon salon en sentant la femme de ménage me faire les poches au lieu de me porter secours.

Décéder d’un cancer du sein. J’aimerais, si possible, une mort un peu plus virile.

M’éteindre sous les hourras et les applaudissements de tout un pays. Cela m’emmerderait que mon décès fasse plaisir à tant de gens.

Partir avant mes parents. Cela ne serait pas très logique.

Mourir en ordonnant à mon chien d’arrêter de jouer avec ce pistolet chargé.

Crever sans avoir tué quelqu’un de mes propres mains. J’aimerais tellement connaître cette sensation que j’imagine enivrante et délicieuse.

Clamser en salle d’opération en entendant les chirurgiens se foutre de la taille de mon sexe.

Tomber à la renverse dans un gros congélateur chez Picard sans que personne ne s’en aperçoive et ne plus pouvoir en sortir.

Être assassiné par un type qui, juste avant de me tuer, m’annoncerait que je suis un homme mort. Je ne supporte pas qu’on gâche les surprises.

Mourir d’ennui, car les derniers moments doivent être vraiment très très chiants.

Sentir dans un dernier soufe l’haleine fétide de Jean-Marie Le Pen tentant de me sauver dans la rue en me faisant du bouche-à-bouche.

Mourir avec 30 ans d’avance.

Disparaître et ne jamais réapparaître lors d’un tour de magie raté de David Copperfield.

Mourir avec une bouteille de Coca ou pire avec un rat dans le cul. De quoi aurais-je l’air aux yeux de ceux qui découvriraient mon corps ?

Être tiré au sort et servir de repas aux autres survivants de notre avion écrasé en pleine montagne.

Mourir sur un échec, ça doit être très dur. Par exemple, être exécuté après avoir supplié à genoux qu’on ne me tue pas.

Crever seul comme un chien en regardant « 30 Millions d’Amis ».

Être électrocuté en changeant une ampoule les pieds dans mon bain. Moi, je préférerais éviter la bête et méchante rumeur du godemiché.

Être jeté dans le vide-ordure du dernier étage d’un immeuble.

Mourir de rire en écoutant une blague de Carlos aux Grosses Têtes. Personne ne mérite cela.

Rendre l’âme en entendant depuis un bon quart d’heure la sirène de l’ambulance coincée dans les bouchons à seulement 200 mètres de chez moi.

Crever en faisant l’amour. J’aime toujours finir ce que je commence.

Mourir à la place d’un autre. Quelle injustice de mourir à cause de la maladresse d’un tireur myope qui visait le type assis à côté de moi à la terrasse d’un café !

Claquer dans mon lit. Ça, c’est un vrai truc de fainéant.

Mourir sans jamais savoir qui m’a poignardé dans le dos.

Attendre la mort sur une chaise électrique bloquée par une panne de secteur.

Crever la gueule ouverte. Que l’on bâille ou que l’on meure, on m’a toujours appris à mettre la main devant la bouche. C’est une question de savoir-vivre.

Être bêtement écrasé par une voiture en traversant la rue juste après avoir gagné mon lent et douloureux combat contre le cancer.

Mourir le nez dans le caniveau, car j’ai une sainte horreur des microbes.

Être dévoré par un tyrannosaure. Avouez que cela serait vraiment manquer de chance que de tomber nez à nez avec le membre d’une espèce disparue il y a 65 millions d’années.

Mourir foudroyé. Je ne conteste pas le côté spectaculaire de la chose, mais quand même, cela doit faire vachement mal.

Recevoir une balle de revolver dans le trou de balle. La première impression ne doit pas être forcément désagréable – surtout si c’est un gros calibre – mais ensuite, on doit crier sa race.

Être guillotiné ou fusillé. Cela ferait quand même un peu ringard comme fin.

Disparaître en même temps et au même endroit que plein d’autres personnes. Par égocentrisme.

Décéder avant le 21 décembre prochain, car j’ai réservé un appartement à Courchevel à partir de cette date et mon contrat de location ne prévoit pas de remboursement des arrhes déjà versées en cas d’annulation.

Mourir l’estomac vide. Après tout, on ne sait pas quand aura lieu le prochain repas là-haut.

M’étouffer en avalant de travers un cachet de Prozac.

Tomber de tout mon poids sur un tapis de fakir dans une boutique d’articles orientaux.

Mourir très riche car on doit se sentir encore plus une merde devant la maladie.

Être assassiné le mois où Columbo est en vacances.

Mourir en m’en foutant royalement ou en me disant que c’est mieux ainsi.

Me faire bouffer par un requin aux îles Caïmans.

Claquer la veille d’un week-end bien mérité.

Mourir avant d’être allé à l’enterrement de tous mes ennemis.

Crever un vendredi 13. Par simple superstition.

Mourir sans savoir pourquoi.

Mais le pire, je crois, serait de mourir aujourd’hui.

 

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D ' A U T R E S   P E T I T E S   C H O S E S   À   L I R E ?

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E