Cela faisait un petit moment que, en fait, ça
n’y était plus. Ou du moins que l’on ne savait plus
vraiment où c’était, du moins, ce que nous voulions.
Du coup nous sommes allés cherché ailleurs et nous y avons
trouvé autre chose ; du coup nous sommes revenus au point de
départ mais ça n’y était toujours pas. Alors,
nous avons repris notre route, fait tout ce que le manuel nous disait
de faire, c’est-à-dire remplir méthodiquement le
coffre, sapin de Noël et ses boules, sex-shop, inviter des amis
et participer à des souscriptions pour sauver des dauphins malades,
bref, la totale. La voiture avançait toujours, pareille à
un vieux diesel, un peu poussive avec le pot un peu troué et
la carrosserie écaillée, mais de loin les gens pouvaient
penser que nous avions retrouvé la sécurité d’une
Berline. Elle s’investissait dans son avenir professionnel et
moi, en saisonnier amoureux de l’été, je passais
mon hiver neurasthénique à jouer à l’ordinateur
et à regarder des émissions sur le tuning.
Me voyant dégénérer et moisir
sur pied, elle songea à se dédouaner de sa faible présence
en m’offrant un chien qui étrangement lui ressemblait beaucoup.
D’ailleurs il s’agissait d’une chienne. Cela a donné
un sens à mes journée désespérément
vide: je la nourrissais, l’engueulais, la faisais chier devant
le portail du couple de retraité dont la femme me crie dessus
quoiqu’il arrive: bref, je m’en occupais comme d’une
femme. Elle me faisait rire avec ses mimiques interrogatives, son air
innocent et ses pets furtifs. Elle me léchait la main, vomissait
sous l’escalier et aboyait dès que je tentais de faire
la sieste. Pourtant l’hiver persistait malgré les petits
mots attentif et toujours gentils que ma femme m’envoyait par
le biais de sa mailing list.
J’ai commencé moi aussi à me laisser
aller à de sournoises flatulences, à manger dans la gamelle
du chien et à chier devant la porte de la voisine. Puis après,
j’ai arrêté, je ne sortais plus trop de mon appartement,
ma copine faisant les courses et nettoyant nos déjections sous
l’escalier. Elle s’est montré relativement compréhensive
jusqu’au jour où j’ai mangé la chaussure de
son amant après avoir pissé sur son manteau. Alors, après
m’avoir corrigé avec un journal, elle m’a traîné
de force pour que je trouve un emploi. Bien que nous nous soyons séparé
depuis, je lui en suis très reconnaissant, car aujourd’hui,
je vis au grand jour ma passion pour cette chienne qui tout en véhiculant
toute la candeur de mon ex ne m’en rappele pas les mauvais côtés.
En plus nous travaillons ensemble maintenant, dans la sécurité.
Le vigile est un brave homme, du moins tant qu’on ne pisse pas
n’importe où.