Extraits du recueil de nouvelles n°3

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« Tous les hommes du roi commence
comme une comédie du pouvoir, emprunte les chemins
de la fresque historique et se conclut sur un entrelacs
de tragédies, la somptuosité de l’écriture le disputant
dans chacun de ces registres à la profondeur de la pensée.
Chef-d’œuvre ? Oui, dix fois plutôt qu’une. »
Les Inrocks

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N O T R E   R E C U E I L   D E   N O U V E L L E S   N ° 3
E S T   E N F I N   D I S P O N I B L E !

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U N   D E R N I E R   E X T R A I T
E T   C ' E S T   RI D E A U

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Mon bras gauche tenait un couteau dans la main
Alors j’ai dit à mon bras droit de ne pas avoir peur
Et il a fait celui qui n’entendait pas
Mais moi je le soupçonne de comploter pour avoir le couteau
En plus, j’ai vu ma tête lui parler
Quelque chose de mauvais se prépare.

*

Une fois
Je voulais faire du mal
Alors j’ai sauté sur une flaque d’eau pour la tuer
Mais elle a été plus rapide que moi
Et dès que je l’ai touchée
Elle a sauté de tous les côtés pour m’échapper.

*

Ce que j’ai vu du haut de ces arbres
Ça ne vous regarde pas
Et ce que j’y ai fait
N’en faites rien.

*

J’étais très en colère
Mais quelqu’un m’a joué un tour
Et chaque fois que je lançais un mot
Mes mâchoires le mordaient juste avant qu’il ne sorte
Si bien que tous les mots sont sortis en criant.

*

Dans la forêt.
Il y a là un crocodile.
À la surface on n’aperçoit qu’une paire d’yeux.
Mais moi je sais bien ce qui se cache
sous la surface.
La mâchoire entre-ouverte.
Alors, j’ai fait le vœu de faire disparaître
tout ce qui se cache sous la surface.
Depuis, une paire d’yeux erre sur le lac.
Mais moi je sais bien ce qui se cache
sous la surface de ces yeux qui voyagent.
Il y a des souvenirs de mâchoires qui claquent.

 

[Quelques-unes des petites histoires de SIMON GIRAULT-TÊTEVIDE que vous pourrez retrouver en vous plongeant dans notre dernier recueil ! !]

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U N   E X T R A I T   D E   P L U S
( C ' E S T   C A D E A U )

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I N T R O D U C T I O N / A V E R T I S S E M E N T

La première fois que Frédéric Legros m’a parlé de cette histoire, je crois, il devait y avoir encore des gens pour payer en francs dans les supermarchés. Il y a une chose que vous devez savoir sur Frédéric, c’est qu’il fait une thèse, parce que c’est quelque chose qui revient souvent dans sa conversation : il prépare une thèse. Alors, le jour où il m’a parlé d’autre chose, c’est dire si j’ai écouté. Il avait une histoire. Je lui ai immédiatement demandé s’il s’était remis à écrire (occupé qu’il était par sa thèse), non qu’il m’a répondu « j’ai trouvé une histoire qui pourrait t’intéresser ». Les histoires m’intéressent toujours, publier une revue, c’est ça aussi, être à la recherche (des ennuis ?) d’histoires. Après m’avoir tendu un petit paquet de photocopies et observé attentivement, il m’a dit quelque chose comme (même si ma mémoire me fait défaut, je suis presque sûr que c’était ça:) « Alors ? », sur ce, j’ai répondu en souriant que je ne lisais pas l’allemand dans le texte (là, il a été déçu) et que de toute façon, je ne souhaitais pas publier de textes ayant déjà fait l’objet d’une publication. C’est à ce point de cette introduction que je dois vous dire quelque chose d’important : Frédéric Legros prépare une thèse. Cela fait même plusieurs années qu’il la prépare, puisque ce jeune homme est du genre à travailler dur pour arriver à ses fins, il est aussi prêt à faire des sacrifices, et passer des journées et des journées dans de vieilles bibliothèques de la capitale fédérale de la Suisse en est un auquel il se plie avec assez de plaisir. Il s’est fait fort d’aborder les sulfureuses relations entre le IIIe Reich et les banquiers suisses sur la période d’avant-guerre. Pour se détendre, il s’autorise quand il séjourne dans cette bonne vieille Berne à pratiquer en amateur une forme d’anthropologie culturelle consistant à dresser à un moment donné de l’Histoire un tableau de tous les flux culturels et des producteurs de signes de masses en mesure d’influer sur les mœurs et les façons de voir le monde, pragmatiquement, il se plonge dans tout ce qui se réfère aux loisirs d’une époque et essaye d’en tâter le pouls. C’est comme ça qu’il a découvert le numéro d’août 1929 de la revue Amazing Swiss Tales. Malgré ses recherches, il n’a pas trouvé beaucoup d’informations sur ses fondateurs ; même en remontant assez loin, il n’est fait que très peu mention de ce magazine, considéré comme « très populaire » par certains journaux de l’époque. Les photocopies qu’il m’avait confiées ce jour-là n’étaient pas celles de l’intégralité du numéro, ce qui m’empêcha à mon tour de mener ma propre enquête, toujours est-il que le texte – l’histoire – qu’on pouvait y lire n’avait rien à voir avec son doctorat, hormis peut-être que Franz R. Bichett, son auteur, avait été le fils d’un banquier suisse.

Il est temps d’un second avertissement : ceux qui ne sont pas familiarisés avec l’ambiguë et toujours indémontrable existence d’un autre monde, souvent souligné comme les entrailles du nôtre, où les monstres et êtres y sont tellement monstrueux qu’indescriptibles, ceux-là auront l’impression d’avoir affaire à une fiction un peu grotesque. Pour ce qui est des autres lecteurs, je ne préfère pas y penser.

 

[Extrait de l'introduction de DOMINIQUE BORDES écrite pour
la polémique présentant l'effroyable et délicieuse traduction
de FRÉDÉRIC LEGROS : La forêt, elle se réveille.]

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V O I C I   U N   S E C O N D   E X T R A I T
D U   R E C U E I L   Q U I   S E R A I T   S I   B I E N
E N T R E   V O S   M A I N S

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Désormais, elle se souvenait. Le père qu’elle avait imaginé contait chaque soir une histoire à sa fille quand elle était encore enfant. Comme il voyageait beaucoup, il revenait parfois d’ailleurs avec un livre, ou une histoire, tout simplement. Certaines de ces histoires avaient été décryptées sur des monuments anciens. D’autres lui avaient été rapportées par quelques rencontres de fortune, avant qu’il ne les inscrive lui-même sur un feuillet par crainte de ne les oublier. Sans dire un mot, il s’installait près d’elle et sortait de sa poche un long coupe-papier qu’il brandissait devant elle à la façon d’un sabre. Elle sursautait, puis laissait éclater un rire empli d’amour pour son père. Celui-ci souriait puis commençait de détacher les reliures des pages, l’une après l’autre, au fil de l’histoire. L’histoire était ainsi libérée de son manteau à mesure qu’elle était contée. L’ensemble de ces gestes avait son importance car il permettait les retrouvailles entre un père et une fille trop souvent séparés. Trop longtemps séparés. Parfois, pourtant, son père rompait le rituel en lisant à sa fille une histoire qu’elle connaissait déjà et qu’elle affectionnait particulièrement. Cette histoire, indétachable de ses souvenirs d’enfance, la fascinait toujours autant : rien d’autre que le Roman d’une contrebasse de Tchekhov. Un conte de Noël.

Cette histoire avait été contée une première fois à son père par un souffleur de verre qui tenait son atelier dans quelque troquet au coin du monde. Son père parlait souvent de cet étrange personnage à sa fille. Mais dans les mots de ce père conteur d’histoires, le souffleur de verre se changeait en souffleur de rêves. On venait de loin pour consulter le souffleur de rêves car il avait le pouvoir de ressusciter les rêves échoués au fond des bouteilles vides : par un premier souffle, il brisait la bouteille en mille morceaux, myriades d’infimes particules de verre qui se soulevaient et gravitaient et dansaient comme chaos et constellations ; par un second souffle, il redonnait forme à la bouteille et insufflait de nouveau vie au rêve ; alors on re-capsulait la bouteille afin d’emprisonner le rêve : celui qui désirerait vivre ce rêve le libérerait quand il le souhaiterait.

 

[Extrait de la magnifique histoire de CYRIL PI :
La jeune femme et le violoncelle que vous pourrez retrouver dans notre nouveau recueil de nouvelles]

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V O I C I   U N   P R E M I E R   E X T R A I T
C H O I S I   A U   H A S A R D
( H M M . . . )

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On marche dans la rue en regardant ses souliers. On ne reconnaîtrait pas son voisin. On se sent seul. Terriblement seul. On sort de chez soi pour ne plus entendre les voisins au-dessus geindre de plaisir et ainsi impudiquement vous rappeler que vous êtes isolé. On croise plus loin tous les jours quelqu’un à qui l’on n’a jamais parlé. On aimerait connaître son nom pour le mettre sur son visage. On baisse les yeux vers ses souliers pour oublier son visage sans nom. On relève la tête et fixe l’horizon d’une rue maintenant déserte. On se sent seul. Terriblement seul… Ce n’est que sur le tard qu’on se découvre des voisins qui ont toujours avoisiné. Des gens que l’on croise, que l’on croisera toujours, que l’on a toujours croisés. Quelqu’un qu’on aurait pu connaître.

*

Je croise souvent à la supérette cet homme que l’on rencontre dans cinq toiles au moins (et pour autant que je puisse le reconnaître) du Caravage qui a dû, lui aussi, dans le temps, souvent le croiser : même nez retroussé, mêmes grandes oreilles décollées. Le cheveu court sur le crâne rond. L’air bête… On reçoit de partout des témoignages suite à la diffusion de son portrait-robot. On l’a vu à Rome. On l’a vu à Rouen. À Naples aussi. À Sverdlovsk pourquoi pas. À Prato. À Londres, peut-être. À la supérette. Je me demande quelle langue il parle : latin ? Ou italien ? Français ou anglais peut-être ? Araméen ? J’ai souvent croisé cet homme sans m’en apercevoir. J’ai souvent croisé cet homme sans m’apercevoir que je croise souvent à la supérette cet homme que l’on retrouve dans cinq toiles au moins (il y a bien des visages qui vous poursuivent. Des visages qui longtemps ne vous disent rien et qui vous sautent soudain au visage en poussant un cri) du Caravage qui a dû, lui aussi, dans le temps, souvent le croiser, le connaître et qui – Coronazione di spine, flagellazione di cristo ou bien encore martirio di san Pietro – le cantonne à des rôles de… tortionnaire ? On le rencontre en de terribles bibliques circonstances. Et à la supérette. Je me demande quel martyr il peut bien me réserver. Je tremble un peu en sentant son haleine lourde de menaces dans mon dos. À la caisse, je regarde ce qu’il achète, mon bourreau. Je ne m’inquiète pas trop : il boit de la Tourtel.

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Il y a des noms qui d’abord ne vous disent rien alors qu’ils devraient. Ensuite, il y a des visages dont on ne se souvient pas alors qu’on voudrait… Il y a des noms qui ne vous disent rien alors qu’ils devraient, tout comme il y a des noms tenaces. Il y a par exemple près de chez moi un certain monsieur Ravaillac qui vit dans la rue Henri IV et de qui on peut dire qu’il a vraiment la dent dure. Croyez-moi, si vous le voulez. Allez vérifier, allez vérifier… En tout cas, il y a des noms qui ne vous disent rien alors qu’ils devraient…

 

[Trop court extrait
des Notes relatives au doppëlganger...
de FRANCK ROUANES que vous pourrez retrouver dans notre nouveau recueil de nouvelles, plus d'infos ici]

 

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V O U S   Ê T E S   S U R   L E    S I T E   D E S   É D I T I O N S
M O N S I E U R   T O U S S A I N T   L O U V E R T U R E