Q : Combien de temps avez-vous eu ce travail ?
R : Hé bien, 6 mois, de septembre à février.
Q : Faut-il une formation spéciale ?
R : Je n’oserais pas dire qu’il faut être spécial,
mais il faut être un peu obstiné et endurant.
Q : Est-ce que c'est un travail d'équipe?
R : Absolument pas, j'étais le seul sur la ville. L'important
c'était que les gens voit bien le monde, alors j'avais ma doudoune
le monde, mes gants le monde, mon écharppe le monde et des
tshirts aussi.
Q : À l'époque, vous travailliez à vendre le
monde tous les jours ?
R : Non, en fait c’était plus une forme de présence
la plupart du temps. Le monde essaye de se vendre surtout le vendredi.
Par contre que ce soit un vendredi d’été, ensoleillé,
ou un vendredi d’hiver sous la neige, ça ne change rien.
Q : Est-ce que c’était bien payé ?
R : Oui, assez. Ma rémunération n’avait rien à
voir avec mes ventes, j’étais payé à la
demi-journée et le double sur les salons.
Q : On vend souvent le monde sur les salons ?
R : En tout cas on essaye, salon de l’agriculture, salon du
livre, fête de la tomate…
Q : Qu'est-ce que vous aimiez dans ce travail ?
R : Pouvoir voir des gens, faire le malin, la drague, en fait c'est
gratifiant, vous voyez les mêmes gens tous les jours, alors
on devient familié. Vous saviez qu'un vendeur du monde a écrit
un livre et qu'il est devenu célèbre?
Q : Vous l'avez lu ?
R : Non.
Q : Vous lisez le monde ?
R : Ça dépend, mais en général je préfère
le sud ouest au monde.
Q : Comment fait-on pour vendre le monde ?
R : Ça dépend des jours. Mais la plupart du temps on
ne le vend pas.
Q : Vous aviez des consignes particulières ?
R : Des jours on rajoute un DVD, d'autres, le Herald Tribunes,
un supplément économique et télé, mais
ça ne change pas grand chose. Ma chef ne me disait pas d'être
particulièrement souriant, elle était sympa, mais aujourd’hui
le monde est invendable.
Q : Pourquoi d'après vous ?
R : Hmm… peut-être que je ne suis pas un bon vendeur.
Q : Vendre le monde c’était peut-être beaucoup
pour un seul homme ?
R : Oui peut-être, surtout quand il fait froid et que les automobilistes
font comme si vous faisiez la manche ou vouliez à tous prix
nettoyer leurs pare brises. Mais entre nous, je n’aurai pas
préféré avoir à vendre l’humanité.
Q : Qu'est-ce que vous n'aimiez pas dans ce boulot ?
R : D'avoir tout le temps la chanson de Nirvana dans la tête,
vous savez The man who sold the world, je trouvais ça
bien au début, mais impossible de me la sortir de la tête.